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Le Boeing 777-200LR rétrécit le monde

17 février 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

James Cook s?est retourné dans sa tombe et fait la moue. Le lancement du dernier bébé de Boeing mardi à Seattle est loin de lui plaire. L?explorateur britannique avait pris 20 mois pour rallier l?Australie en bravant vents et marées. Avec le Boeing 777-200LR, il ne lui faudrait que 19 heures pour voyager entre Londres et Perth. Sans escale mais avec le confort.

Lancé en grande pompe dans le hangar de Boeing, le dernier-né de la famille 777 fait sensation. La version 200 LR (pour Longer Range) est entrée dans l?histoire comme l?avion ayant le plus grand rayon d?action. Cet appareil peut effectivement voler 14 600 kilomètres (km) en non-stop. Il peut donc rallier presque n?importe quelles paires d?aéroports du globe sans escale. Par exemple, cet avion peut effectuer un vol direct entre Maurice et n?importe quel autre pays sans s?arrêter en chemin. Toutefois, Air Mauritius n?a aucune intention d?acheter cette version du Triple 7 pour l?instant.

?Le Boeing 777-200LR ne nous intéresse pas car il a une portée supérieure à nos besoins?, explique Megh Pillay, directeur général de la compagnie nationale d?aviation. Air Mauritius lorgne plutôt du côté du B777-200ER pour ses vols moyen-courrier et du B 777-300ER pour le long-courrier. Airbus reste en lice pour ce contrat.

?Nous accepterons le choix que fera Air Mauritius mais ce serait fantastique d?arriver à un accord avec eux?, soutient Lars Andersen, vice-président de Boeing et responsable du programme 777.

Le dévoilement du B 777-200LR est un véritable acte de foi du géant américain. Airbus, son féroce rival, estime que l?avenir réside dans des gros porteurs pouvant transporter davantage de passagers tout en décongestionnant les aéroports. Boeing n?est pas du même avis : les compagnies aériennes auront besoin d?avions plus petits qui pourront néanmoins effectuer des vols long-courrier. Cela devrait faciliter la rentabilité des opérations en augmentant les taux de remplissage.

<B>Plus loin, plus vite</B>

?Les passagers veulent pouvoir voyager quand ils le désirent mais à tarifs bas et par le biais de vols directs. Si la demande est forte sur certains créneaux, les transporteurs n?ont qu?à augmenter leurs fréquences?, affirme Randolph Baseler, vice-président (marketing) de Boeing. Selon lui, les compagnies aériennes et leurs clients ne veulent plus passer par les goulots d?étranglement que sont les hubs comme Londres-Heathrow, Paris-Charles de Gaulle ou Tokyo-Narita. Ce qui explique la création du Boeing 777-200LR, aussi baptiseéWorldliner.

Cet avion ne se contente pas d?aller plus loin mais aussi plus vite (840 km/h) que son plus proche concurrent, tout en consommant jusqu?à 25 % de carburant en moins. Ainsi, le coût d?un trajet peut baisser d?au moins 5 % pour le passager. Avec deux moteurs General Electric de la dernière génération, le Boeing 777-200LR peut transporter 301 passagers mais aussi 170 m2 de fret. Une superbe performance dans le monde aéronautique. Le résultat a séduit Pakistan International Airlines (PIA) et la compagnie taïwanaise EVA Airways. Toutefois, ces deux transporteurs n?ont commandé que cinq appareils. Les deux premiers seront livrés à PIA en 2006 après une série de tests et de vols de demonstration à travers le monde.

?Les ventes vont accélérer graduellement. Nous comptons vendre 300 B777-200 LR au cours des 20 prochaines années?, déclare Lars Andersen. Le nouveau produit de Boeing est effectivement un produit qui ne convient qu?à un créneau spécifique de transporteurs. Ces derniers ont toute une gamme d?avions dans les catalogues d?Airbus et de Boeing.

Les deux constructeurs se regardent en chiens de faïence et leurs stratégies diffèrent grandement. Toutefois, leurs prévisions s?accordent : d?ici 2023, 25 000 nouveaux avions seront acquis par les compagnies aériennes de par le monde. Une considération spéciale est toutefois accordée à l?Asie, et notamment la Chine. Depuis la libéralisation du transport aérien entre la Chine et les états-Unis, l?an dernier, il y a eu 400 nouveaux vols hebdomadaires entre les deux pays. Qui dit nouvelles dessertes, dit aussi nouveaux avions?

Fidèle a sa stratégie, Boeing a déjà initié le programme B 787, aussi connu comme le Dreamliner. Après tout, le portfolio de la famille 777 tire à sa fin. Le dernier dérivatif sera la version cargo. Le slogan restera le même : couvrir la distance. Mais au cas où Airbus aurait raison et qu?il y aurait effectivement un marché pour les gros porteurs, le gratin de Boeing étudie la possibilité de lancer un énième B747. La reine des airs, qui date des années 70, pourrait subir un lifting qui lui permettrait de transporter jusqu?à 450 passagers.

Les constructeurs d?avion sont sur leurs gardes. Leurs boules de cristral ne font pas la même prédiction mais une chose est sûre : le marché bouillonera au cours des 18 prochaines années.

<B>Ryan COOPAMAH </B>de Washington

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