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Le blues des petits planteurs

10 avril 2005, 00:00

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Laldeo Bissessur est un petit planteur endetté jusqu'au cou. Il n'a jamais pu rembourser un prêt de Rs 15 000 contracté auprès de la Banque de développement en 1998. Cette rallonge devait lui permettre de remonter la pente et redémarrer la culture dans les champs dévorés, à l'époque, par la sécheresse. Mais c'était mal connaître les caprices de la nature. Il se retrouve aujourd'hui avec une ardoise de Rs 130 381.

Selon la Mauritius Vegetable Planters Association (MVPA), ils sont environ 1 600 planteurs à s'être endettés depuis 1994. « Ils n'arrivent pas à honorer leurs dettes pour plusieurs raisons et risquent de voir leurs terres saisies. Beaucoup ne savent plus vers qui se tourner pour sauver leur gagne-pain », affirme Deenarain Lockee, le président de la MVPA.

La Banque de développement assure qu'il y a des solutions. « Il y a une possibilité de re-échelonner les dettes. Nous voulons leur donner toutes les chances de les rembourser. Ce n'est qu'en dernier recours que nous soumettons l'affaire en Cour », explique un préposé de la banque.

Il ne fait pas bon d?être un petit planteur ces temps-ci. Les cultures dépendent du bon vouloir du ciel. « C'est comme jouer à la loterie. On ne sait jamais sur quoi on va tomber. » En sus de cela, plusieurs obstacles viennent alourdir les coûts de production.

De nos jours, il faut investir un minimum de Rs 50 000 pour cultiver un arpent de pommes-d'amour. Les pesticides et les semences coûtent de plus en plus cher. « En cinq ans, le prix d'un pesticide couramment utilisé a connu une augmentation de plus de 100 % », explique Deenarain Lockee.

<B>« Le coup de grâce »

Les planteurs de légumes ont toujours eu à faire face à une cascade de problèmes, confie Dharmaraj Juggoo, le président de la Mauritius Agricultural Marketing Cooperative Federation.

« Pour beaucoup, les dernières inondations ont été le coup de grâce. Les cultures tardent à redémarrer car les champs sont encore trempés. Déjà endettés, ils doivent se débrouiller pour acheter les semences. En attendant, pas de revenus», affirme-t-il. Il demande au gouvernement d'effacer les dettes des planteurs.

La catastrophe attend les planteurs au tournant. C'est le sentiment de Shivduth Beechook, président de la Small Planters Association. Ces derniers récoltent, selon lui, les graines d'une mauvaise gestion.

« Après la sécheresse de 1998, beaucoup ont emprunté pour garder la tête hors de l'eau. Par manque de planification, tout le monde a planté des pommes d'amour, ce qui a résulté en une baisse de prix fatal pour beaucoup d'entre eux. » C'est la raison pour laquelle, ils ont peur d?emprunter.

Les petits planteurs ne prêtent pas foi aux mesures budgétaires annoncées lundi dernier. Pravind Jugnauth, le ministre des Finances promettait alors une aide financière de Rs 2 000 à Rs 3 000 à ceux touchés par les inondations.

Un prêt de Rs 30 000 maximum à un taux d?intérêt de 3 % sera accordé aux nécessiteux. Les associations de planteurs estiment que ce n?est qu?un miroir aux alouettes. « Les autorités avaient promis une aide à ceux affectés par le cyclone Dina. Des 5 196 planteurs de notre association, seuls 230 ont obtenu cette aide », fustige Deenarain Lockee. Quant aux prêts bancaires, presque personne n?ose s?y risquer.

Les petits planteurs n'attendent qu'une chose : que l?Etat reconnaisse leur contribution dans l?économie du pays. Et qu?on leur tende enfin une main secourable.

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