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Le ?Basdeo Bissoondoyal Trust Fund Bill? ranime le souvenir d?un grand tribun

20 février 2005, 20:00

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Les débats entourant l?examen du Basdeo Bissoondoyal Trust Fund Bill par l?Assemblée nationale nous offre l?occasion de nous remémorer son décès, le dimanche 23 juin 1991, de ses funérailles populaires et combien émouvantes et de l?hommage public que lui ont rendu ces patriotes et admirateurs qui ont pour noms Anerood Jugnauth, le pandit Seewooduth, le Pr Dev Ramnauth, Hurryparsad Ramnarain, Dyanane Cohyea, Jean Georges Prosper et Hossenjee Edoo. Voici l?essentiel de ces souvenirs qui redisent si bien tout ce que l?île Maurice doit à Basdeo et à Sookdeo Bissoondoyal.

Basdeo Bissoondoyal meurt à cinq heures du matin, le dimanche 23 juin 1991. Il est âgé de 85 ans. Depuis quelque temps, sa santé décline graduellement. Il avait dû, l?année précédente, subir une intervention chirurgicale. Le lendemain, son convoi mortuaire quitte son domicile à la rue Sookdeo-Bissoondoyal (ex rue Vallonville) pour se rendre au lieu de crémation au Tranquebar. Deux mille amis et disciples accompagneront sa dépouille jusqu?au lieu d?incinération.

Le Speaker, Iswardeo Seetaram, lève la séance parlementaire plus tôt que prévu pour permettre aux membres de l?Assemblée législative de rendre un dernier hommage au défunt. Le Premier ministre se rend de nouveau à la maison mortuaire, avant la levée du corps. La veille, accompagné de son épouse, Sarojini, il s?est rendu à la rue Vallonville et il a exprimé aux parents du défunt sa profonde tristesse à l?idée que le Pr Basdeo Bissoondoyal ne soit plus physiquement de ce monde. Il sait que son décès plonge l?île Maurice dans la tristesse. Il salue sa forte personnalité qui laisse une empreinte indélébile dans l?histoire des Mauriciens. Il n?oublie rien de la lutte des frères Bissoondoyal et de leur mouvement dont il a été un des militants dans les années 1950 et 1960.

Le Dr Prem Nababsingh, leader du MMM, vient presque en voisin car il est originaire de Camp-Diable alors que les Bissoondoyal le sont de Tyack, Rivière-des-Anguilles. Le deuil est conduit par le fils du défunt, Surendra Bissoondoyal, le directeur du Mauritius Examination Syndicate, et par son neveu, Uttama Bissoondoyal, le directeur de l?Institut Mahatma-Gandhi.

Après les prières de circonstances, animées par une douzaine de prêtres de l?Arya Samaj, la longue procession se met en marche pour se rendre au lieu de crémation, empruntant successivement les rues Jacob, Saint-Denis, Mahatma-Gandhi, Langlois. De nombreuses personnes se tiennent en bordure de la voie publique, au balcon ou aux fenêtres des maisons pour rendre un dernier hommage au pandit vénéré. A l?avant, défilent les élèves du DAV Collège dont le Professeur a été un des fondateurs. Ils portent drapeaux et bouquets. Ils rappellent quelque peu l?âge d?or du mouvement Jan Andolan.

Au crématorium, le pandit Seewooduth rappelle à grands traits les principales qualités du défunt, sa contribution au combat incessant pour éradiquer la pauvreté. Il rappelle sa devise : ?Vivre et laisser vivre?. Le Pr Dev Ramnauth et un de ses anciens élèves, entonnent deux chants de ralliement de prédilection du Pandit. ?On quitte Dieu pour venir sur terre. On retourne vers Lui après avoir accompli son devoir?. Le second cantique évoque les regrets de ceux quittant la terre des hommes sans avoir accompli la volonté de Dieu. Ces deux chants clôturaient chaque sermon du missionnaire. Dev Ramnauth exprime le souhait que l??uvre entreprise par le défunt, sa lutte pour la sauvegarde des cultures ancestrales, perdurent et ne disparaissent pas avec lui. Un souhait qui s?adresse désormais plus particulièrement aux membres du Basdeo Bissoondoyal Trust Fund à naître.

Les témoignages affluent dans la presse

Anerood Jugnauth parle de lui comme d?un grand visionnaire, un grand tribun mais aussi de quelqu?un resté très proches des pauvres, des humbles. Il a passé sa vie à promouvoir l?émancipation des masses populaires. Il se souvient enfant avoir assisté à ses sermons et avoir été marqué par les valeurs intrinsèques et fondamentales qu?il enseignait sans cesse. Il sait sa vie, sa carrière politique, sa manière d?assumer ses fonctions de Premier ministre fortement influencées par ses enseignements. Il classe le Professeur parmi les pionniers de l?éducation des masses et de l?émancipation politique des masses.

Hurryparsad Ramnarain, président de la Marine Authority, fait la connaissance de Basdeo Bissoondoyal, en 1940, au théâtre de Port-Louis, à l?occasion d?un meeting du Dr Maurice Curé. Il se joint à son mouvement qui culmine avec un Maha Yanna ayant attiré des milliers de personnes, accourant à pied, en voitures, en autobus, en charrettes, par train. Il est un savant qui a beaucoup fait pour les démunis.

Pour Dyanane Conhyea, la date du 23 décembre 1939 marque d?une pierre blanche l?histoire des Mauriciens. C?est celle du retour de Basdeo Bissoondoyal, après des études supérieures à Lahore et à Calcutta. Il connaît la mission qui l?attend en son île natale : conduire ses compatriotes sur le chemin de l?indépendance et de l?émancipation des masses. Pour cela, il multipliera les sermons, semaine après semaine, dans les différents villages de l?île.

Conhyea est alors un adolescent de Montagne-Blanche, travaillant aux ateliers ferroviaires de Plaine-Lauzun, à cinquante sous par jour. Il se sait privilégié. Il a obtenu une bourse de formation industrielle. Comme des centaines de jeunes de sa génération, il adhère au mouvement Jan Andolan. Il est de tous les sermons du Professeur mais n?ose approcher un savant de son calibre qui fascine son auditoire en raison de sa maîtrise des philosophies, entre autres hindoues, et de plusieurs langues (anglais, français, sanskrit, hindi, bhojpuri).

Un jour, cependant, il ose surmonter sa timidité et demande au Professeur un exemplaire d?un livre qu?il vient de publier sur la participation de soldats indiens, des cipayes, à la conquête de l?île Maurice. Le Professeur lui offre spontanément l?exemplaire qu?il tient en main. L?émotion est tellement forte que le jeune Dyanane oublie de demander le prix du livre. Mais déjà le Professeur s?éloigne, sans avoir à aucun moment réclamé le moindre sou à l?enfant voulant connaître la participation des cipayes à la conquête de l?Isle de France.

Il le considère comme une encyclopédie vivante. Il se demande si l?île Maurice pourra un jour produire un autre savant de son calibre. Cela ne lui évitera pas plusieurs emprisonnements. Il soutient en cour que ses sermons sont de nature essentiellement religieuse. La Justice est d?un autre avis. La prison raffermit sa détermination à lutter jusqu?au bout. Raffermissement qui n?exclut pas des grèves de la faim. Ses partisans se mettent aussitôt en grève. Le gouverneur Mackenzie-Kennedy perd patience et prévoit le pire si l?on ne parvient pas à vaincre la détermination de l?irréductible missionnaire.

Dyanane Conhyea garde un souvenir particulièrement précis de la campagne dite ?contre les courses malbar? de 1947. La tradition voulait que les usines sucrières chômaient un samedi, chaque année, au début de septembre, pour permettre à leurs employés de pouvoir assister à une journée de courses au Champ de Mars. Cette affluence extraordinaire donnait lieu à des épreuves dont les vainqueurs étaient acclamés tandis que les perdants et autres malchanceux, de beaucoup les plus nombreux, faisaient l?objet des quolibets les plus blessants de la part de la foule sans pitié.

La plus connue de ces épreuves était sans conteste le mât de cocagne. Cette journée de courses donnait lieu aussi à des excès débridés notamment en beuveries, en jeux du hasard et en des dépenses effrénées aux dépens du bien-être des femmes et des enfants. Cela se situe, bien sûr, aux antipodes de l?enseignement habituel du Professeur, d?où sa détermination d?en mettre un terme par une série de sermons sur le thème du boycott des courses malbar. On n?entendit plus parler par la suite de cette appellation particulièrement péjorative et injurieuse.

?La lumière de Maurice s?éteint?

Dev Ramnauth fait savoir qu?il perd en Basdeo Bissoondoyal, un père et un guide spirituel. ?La lumière de l?île Maurice s?éteint?. Il fait honneur à ses ancêtres.

Jean Georges Prosper salue en lui un modèle à la fois d?excellence et de modestie. Son abnégation tranche sur une société artificielle et trompeuse. Son destin est celui de l?île Maurice, celle promise à l?Indépendance. Il rend hommage à sa vie de labeur, de sacrifice, de combat, d?engagement sans répit au service du peuple mauricien, vie d?études, de recherches, de réflexions, de pensées motivant l?action, de réalisation de projets téméraires, de défis à relever. Des défis, sinon des obstacles, qui ont pour noms colonialisme, racisme, impérialisme, conservatisme, réaction, exploitation, asservissement. Des fléaux que seuls peuvent guérir l?indépendance, la démocratie, la liberté.

Seewoosagur Ramgoolam et Jugnauth peuvent être considérés, estime Prosper, comme les pères des indépendances politique et économique. Nous devons, en partie, notre indépendance culturelle, linguistique, philosophique et religieuse au Pr Basdeo Bissoondoyal. Ils n?ont pas toujours été du même bord politique mais ils sont tous des chefs charismatiques de temps héroïques. L?indépendance politique et économique aurait été incompréhensible aux masses s?il n?y avait pas eu précédemment un missionnaire, sillonnant l?île de part en part, pour annoncer aux masses et à chacun la bonne nouvelle de l?existence de leurs droits, droits à conquérir au prix des plus grands sacrifices, droits à défendre au péril de sa vie, droits à la préservation de sa langue, de sa culture, de sa religion, de ses traditions, de ses coutumes.

La mission de Pr Bissoondoyal est la plus grande opérée à Maurice car s?adressant à une communauté numériquement la plus grande. ?Encore plus grande doit être notre admiration pour elle et pour lui?, précise Prosper.

Il rend hommage au sens de l?accueil à Vallonville. Il fait allusion à un récit autobiographique dont il est chargé de rédiger la préface. La santé du Pr Bissoondoyal pouvait décliner, la maladie pouvait l?affaiblir mais dans ses yeux brillait toujours la lucidité rayonnante qui était la leur lors de son retour de Calcutta le 23 décembre 1939, investi de la mission sacrée que l?on sait. Dans ses yeux, brille toujours la satisfaction du devoir accompli, de la mission accomplie.

Hossenjee Edoo se laisse aller à un poème en l?honneur de son guru :

?Master, you will forever live in the country of the mind

In the garden of nation memory

Your sweet voice shall echo with wisedom :

?Learn to do well

Seek judgement

Relieve the oppressed

Plead for the exploited

Seek your roots?? 

Master you walked on thorns

While others garlanded the oppressors

Forgive them, the petals of history are yours today

			***

Vasudev, when the head was sick

The heart was faint

Wounds and bruises

With putrefied sores

Humiliated the sons and daughters of Ganges

In the land of cucumber

You kindled the fire of the life for a better tomorrow.

		***				

To the rulers laden with iniquity

You cried to hear the law of God

Fearlessly, Vasudev condemned the multitude of sacrifices by hypocrites

The Master was against the burnt offerings of rum

The fat of fed beasts

The blood of bullock, lambs or goats

He stood for clean shinning hands

Through the Maha Yamna

			***

 The Master has taught us never to refuse to rebel

Against man?s injustice to man

If not, we shall be devoured with sword of tyrants

			***	

Master, we shall no more hear your sermons

Once the ashes have filled the eloquent lips

But we rejoice that generations yet unborn

Will feel the warmth of your noble soul

Through the pages of your books

On one of our greatest sons

In the state of immortality

Always hangs the canopy of light

May his soul rest in peace. 

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