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L?avenir de l?archipel des Comores entre les mains des bailleurs de fonds
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L?avenir de l?archipel des Comores entre les mains des bailleurs de fonds
Demain se tient, à Grand-Baie, la conférence des bailleurs de fonds en faveur de l?Union des Comores. Il est bien rare que l?avenir d?un pays, en temps de paix, dépende aussi inéluctablement de l?issue d?un événement tel que cette conférence. Son objectif : récolter plus de 250 millions d?euros (Rs 8,75 milliards) pour le financement de son plan d?action 2006-2009, intitulé Stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté (SCRP).
Les enjeux sont donc énormes pour cet archipel composé de quatre îles principales : Grande Comore, Mohéli, Anjouan et Mayotte. Celle-ci est reconnue par la Constitution comme faisant partie de l?Union des Comores, même si elle est sous administration française. Située à la 132e place (sur 177 pays) du Rapport mondial sur le développement humain 2005, l?Union des Comores accumule des taux de croissance négatifs du produit intérieur brut (PIB) par habitant depuis 20 ans. Les Comores sont accablées par une myriade de problèmes économiques ? à l?instar de l?écroulement du prix de la vanille ? et politiques, illustrés par la proclamation unilatérale, en août 1997, de l?indépendance d?Anjouan, suivie de Mohéli, par les séparatistes. Mais les difficultés de la jeune union ne s?arrêtent pas là. En effet, elle est également vulnérable aux caprices naturels. Dernier en date, l?éruption, en novembre, du volcan de Karthala sur l?île de Grande Comore a privé 120 000 personnes d?eau potable.
L?engagement de Maurice
Il est donc légitime pour la capitale comorienne, Moroni, d?entretenir de grandes espérances dans la conférence de Grand-Baie. Coprésidée par le président sud-africain, Thabo Mbeki, et Navin Ramgoolam, la table ronde est organisée sous l?égide de l?Union africaine. Elle accueillera aussi le commissaire au développement de l?Union européenne, Louis Michel et l?assistant secrétaire général de la Southern African Development Community, Sindiso Ngwenya. Des représentants de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, de la Banque africaine de développement, du Kuwait Fund, du Fonds de développement islamique et de l?Unesco, entre autres, ont également répondu présents à l?appel.
Cette table ronde n?est toutefois pas la première tentative de la communauté internationale de sortir l?archipel de son bourbier socioéconomique. La Conférence des amis des Comores, qui s?est déroulée à Paris en juillet 2001, s?était soldée par des engagements financiers à hauteur de $ 11,5 millions. Maurice s?était engagée à débourser $1 million pour la période de transition de 12 mois qui avait vu la création d?une nouvelle Constitution en décembre 2001 et, en avril 2002, l?élection d?Assoumani Azali en tant que président de l?Union. Mohame Bacar, Mohamed Said Fazul et Abou Soulé Elbak ont été élus présidents d?Anjouan, de Mohéli et de Grande Comore, respectivement.
Cependant, ce n?est qu?en juillet de l?année dernière qu?un gouvernement d?union est formé avec Anjouan et Mohéli. Au niveau fédéral, c?est le président de l?Union, assisté de deux vice-présidents originaires de deux îles différentes de la sienne et d?un gouvernement nommé par lui, qui exerce le pouvoir exécutif. Le président est élu pour quatre ans selon un principe de présidence tournante entre les îles. Par exemple, le président fédéral Assoumani Azali, originaire de Grande Comore, devra céder sa place à un candidat d?Anjouan en 2006.
L?Assemblée nationale, qui détient le pouvoir législatif, est composée de députés élus au suffrage direct et de députés désignés par les Parlements des trois îles autonomes. Le pouvoir exécutif de celles-ci est exercé par leurs présidents qui sont élus pour cinq ans.
Malheureusement, cet accord complexe n?a pas été une réussite totale, comme l?explique une journaliste comorienne. ?Quoique démocratiquement élu, Azali est très contesté par les présidents des autres îles. On le soupçonne de vouloir se maintenir au pouvoir et de déstabiliser le système.? Elle qualifie la situation de ?conflit de compétences? engendré par une Constitution qui ne définit pas clairement les pouvoirs du président fédéral et de ceux des îles. Donc, comme le souligne cette journaliste, l?argent seul ne suffira pas à sortir les Comores du gouffre du sous-développement. ?Il faut qu?il y ait un changement intérieur pour que cet argent soit vraiment utile.?
La stratégie de l?espoir
Elle cite l?éducation, le développement économique et, pour les fonctionnaires, le paiement régulier de leurs salaires comme les principales préoccupations des Comoriens. Mais le gouvernement n?est pas le seul fautif dans cette affaire. Une sorte de ?désespoir systémique? de la population freine aussi le développement.
La journaliste locale explique toutefois que la conférence suscite ?un certain espoir, surtout à Moroni?. Bien médiatisée, la SCRP est peut-être à l?origine de ce léger engouement. Elle a été conçue en consultation avec la population et compte sept axes prioritaires : la création de conditions favorables à un développement économique durable ; la relance du secteur privé ; le renforcement de la justice et de la sécurité ; l?amélioration de la santé des habitants ; la promotion de l?éducation et de la formation professionnelle ; la promotion de valeurs environnementales ; et, finalement, le renforcement de la sécurité et la lutte contre le terrorisme.
Dans une récente interview, le commissaire général à la SCRP, Younoussa Ben Imani, a déclaré que le financement du plan d?action ne représente rien de moins que l?occasion pour le pays de ?renouer définitivement avec la croissance, de créer des emplois, de réduire la pauvreté, donc de renouer définitivement avec la paix sociale et la stabilité?.
Depuis son indépendance, l?archipel a souvent été, pour reprendre une analogie bien connue, au bord de l?éruption politique. Ses déboires économiques ont aggravé cette situation. La SCRP représente un enjeu considérable pour un pays au bord du gouffre. L?Union compte donc sur cette conférence pour redonner vie au secteur privé, et notamment l?agriculture, la pêche, le tourisme. Par ailleurs, les nouvelles institutions créées dans le sillage de la réconciliation nationale se sont montrées prodigues et nécessitent une importante injection d?argent. Si les bailleurs de fonds souhaitent que l?Union des Comores reste unie, ils devront ressortir de leurs poches des mains bien pleines. Toute avarice sera lue comme un signe d?indifférence envers un pays qui risque l?implosion.
ECONOMIE
<B>Des exportations ébranlées</B>
■ Le secteur agricole génère 40 % du PIB de l?Union, ainsi que presque toutes ses recettes d?exportation (clou de girofle, ylang-ylang et vanille). Il emploie, en outre, plus de 75 % de la population. Sa dépendance des cultures de rente a été cruellement punie par l?effondrement des cours mondiaux de la vanille et par l?arrivée des produits de synthèse qui font concurrence aux huiles essentielles, tel l?ylang-ylang. Le tourisme est terriblement sous-exploité avec seulement 19 000 entrées en 2003.
<B>Coups d?Etat, assassinats et tentatives de sécession</B>
■ Décolonisation bâclée oblige, la ?paix sociale? et la ?stabilité? sont des denrées plutôt rares depuis le référendum sur l?indépendance, en décembre 1974. Le ?oui? avait remporté 95 % des voix (à l?exception, bien sûr, de Mayotte). A l?aube de l?indépendance, les coups d?Etat pleuvent avec régularité.
En juin 1975, Ali Soilih prend le pouvoir après? un coup d?Etat. Seulement pour être renversé en mai 1978 par l?énigmatique Bob Denard (il a renversé le gouvernement pas moins de quatre fois !) et ses mercenaires. En octobre de la même année, Ahmed Abdallah est élu président. Rien de plus normal? il est le seul candidat en lice. Bob Denard occupe le poste de commandant de la Garde présidentielle. La République fédérale islamique des Comores voit le jour. Par ce qui peut être qualifié de miracle de la longévité, Ahmed Abdallah règne sur les Comores jusqu?au 26 novembre 1989, date à laquelle il est assassiné.
Said Mohamed Djomar devient président jusqu?en mars 1996, quand Mohamed Taki Abdoulkarim lui succède. En août 1997, les îles d?Anjouan et de Mohéli font leur tentative de sécession. Le colonel Assoumani Azali profite de la faiblesse du gouvernement central pour perpétrer un coup d?Etat. La réconciliation nationale est assurée grâce aux accords Fomboni, en février 2001, et Moroni, en décembre 2003, même si une forte tension persiste entre les îles autonomes.
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