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A l?autre bout de? Marie-Thérèse Humbert

31 janvier 2007, 20:00

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Marie-Thérèse Humbert a beau se dire ?vieille? mais il est impossible de lui mettre un âge sur le visage. Elle apparaît telle qu?elle a été photographiée en quatrième de couverture de son premier roman, A l?Autre bout de moi, paru en 1979. Ce qui a changé depuis, c?est sa coupe de cheveux. Elle les porte au carré. Les yeux dans le vague, elle revient sur son passé.

Cette aînée de six enfants est une grande émotive. De ce fait, elle souffre des déménagements répétés que la famille est contrainte d?effectuer en raison de la santé de son père. Cet avoué fait une première crise cardiaque alors qu?elle n?a que six-sept ans. Il faut alors se rapprocher de son lieu de travail à Port-Louis. Lorsque le malade se rétablit, la famille regagne le plateau central, Beau-Bassin d?abord, puis Quatre-Bornes.

L?écriture, un besoin

La bourse qu?elle obtient en fin d?études secondaires chez les Dames de Lorette lui ouvre les portes de l?université de la Sorbonne, à Paris, où elle étudie les lettres. C?est là qu?elle rencontre son mari, professeur de philosophie, aujourd?hui à la retraite. L?enseignement constitue pour elle une suite logique mais aussi une nécessité car elle a donné naissance à cinq filles dont des jumelles. Elle tire beaucoup de plaisir de son contact avec les élèves mais déteste devoir corriger leurs copies.

L?écriture qui se révèle ?un besoin?, chez elle, finit par occuper une place prépondérante dans sa vie. À tel point qu?elle a du mal à concilier ses multiples rôles de femme. La pression a raison d?elle. C?est l?effondrement. Ce qui explique le silence entre son premier et deuxième roman.

À cet état s?ajoute la douloureuse expérience d?une rupture familiale. Elle doit alors élever seule trois de ses enfants. Elle finit par abandonner l?enseignement qui lui donne juste de quoi obtenir ?une petite retraite? et se fier aux gains de son travail d?écrivain.

Elle s?achète une maison à la campagne dans le Berry. Son quotidien, dépourvu de téléviseur ou d?ordinateur, est simple. Au réveil, elle lit la Bible car elle est ?très croyante?. Bien qu?elle ait grandi dans la religion catholique, la réception, alors qu?elle est en pleine remise en question au niveau de sa foi, d?une croix huguenote ayant appartenu à son arrière-arrière grand-mère, la fait se ranger du côté de l?église réformiste de France. Mais elle se dit ?profondément ?cuménique?, consultant après la Bible, des textes d?autres religions.

?Je vois la beauté partout?

Elle consacre les trois heures suivantes à l?écriture avant de faire une demi-heure de vélo elliptique. Pratique toute nouvelle car jusqu?à l?an dernier, elle effectuait des marches dans la nature avec pour seul compagnon Tao, son épagneul breton. ?J?avais un besoin absolu de contact avec la nature. Je me sentais faisant partie du grand tout.?

Une agression grave sur sa personne la traumatise. Elle est alors en panne d?écriture. Outre les thérapies, ce qui l?a sauvée, c?est de jouer du piano.

En l?an 2000, elle s?essaie à l?autobiographie, ne modifiant que les noms des personnes connues. Ecrit qui plaît à un éditeur voulant acheter les droits d?auteur. Au final, elle se ravise. ?À l?époque où je l?ai écrit, j?étais en révolte. Je ne suis pas là pour juger les gens, quoi qu?ils aient fait. Je ne connais pas leurs souffrances, les plaies qu?ils portent en eux. J?ai eu peur de blesser.?

Bien qu?elle ait passé les trois quarts de sa vie en France, elle se sent Mauricienne dans l?âme. ?Quand je suis en France, Maurice ne me manque pas. Une fois à Maurice, c?est un déchirement quand il faut repartir. J?ai toujours mes attaches ici. Les Mauriciens sont des gens de ma famille. Nous avons sucé le même lait et nous sommes frères et s?urs de ce pays.?

Elle est ravie quand un écrivain mauricien est publié à l?étranger. Elle est d?ailleurs ?fascinée par la beauté? d?Ananda Devi, qu?elle a rencontrée une fois, de même que par son talent. ?Je vois la beauté partout. La beauté me séduit.?

En ce moment, elle relit ses classiques. Pour elle, la lecture est indispensable car ?le chant du monde passe par les livres. C?est en eux que nous découvrons la complexité de l?âme humaine. Ensuite, il y a la magie de la langue. C?est un art comme regarder les tableaux, écouter de la musique, aller au cinéma.?

Ce sont ses enfants et ses quatre petits-enfants qui la retiennent en France. Autrement, elle serait rentrée.

L?écriture de son dernier roman est en bonne voie. Mais cette gagnante du Prix Femina pour A l?Autre bout de moi n?est pas intéressée par les prix littéraires. ?Je veux juste continuer mon ?uvre??

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