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Laura, une Ecossaise chez les Chagossiens
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Laura, une Ecossaise chez les Chagossiens
Dès qu?on parle anglais avec Laura Jeffery, Ecossaise de 24 ans, étudiante en anthropologie sociale à l?université de Cambridge en Grande-Bretagne, elle change subtilement de langue pour revenir à celle qui est la sienne en ce moment, à savoir le créole. Si son créole est émaillé d?un léger accent anglais, son vocabulaire est presque aussi riche que celui d?un îlien.
Il faut dire que cette jeune femme a tout fait pour maîtriser cette langue aussitôt sa décision prise d?axer son doctorat sur l?identité nationale et culturelle des Chagossiens. Ainsi, à son retour à Maurice en octobre 2002 ? elle était venue pour la première fois en l?an 2000 pour son mémoire de licence sur l?influence des films indiens sur les jeunes mais à l?époque, elle ne parlait qu?anglais et français ? Laura a dévoré tous les écrits en créole.
Et comme elle et son petit ami Andrew se sont installés à Pointe-aux-Sables, non loin de la cité Ilois où vivent de nombreux Chagossiens, le créole est devenu encore plus familier à leurs oreilles. « Dimoune ine montré moi coz créole. Quand ban Chagossiens fine trouvé ki mo fer zefforts pou cause are zot, zot fine bien accueillir moi», explique Laura.
Comme ses recherches portent sur l?identité et la citoyenneté chagossiennes, Laura a rencontré des milliers de déracinés mais aussi leurs enfants et petits-enfants, nés à Maurice. Elle a évité la question politique pour aborder davantage l?aspect social. «Mo pou obligé aborde l?aspect politique comme toile de fond de mo doctorat et pou ça, monne zoine les trois groupes chagossiens ki existé. Mais ceki intéresse moi surtout, c?est micro-level, par exemple, céki dimoune pensé lor souveraineté, lor citoyenneté, lor pauvreté, lor compensation ek droit de retour. »
Fêtes et célébrations
Après un an à faire du porte-à-porte et à frayer avec les Chagossiens, Laura est presque certaine d?avoir fait le tour de la question. « Mo pé gaigne mêmes réponses partout ces derniers temps, malgré ki mo ban questions différentes. Cela démontré ki mo travail ine presque fini. »
Laura s?est particulièrement intéressée à la double identité des Chagossiens. «Pou moi, l?endroit cotte mone né ek grandi li pareil. Par contre, la plupart ban Chagossiens ine né là-bas, zot fine passe zot premiers l?années la vie là-bas. Mais après zot fine envoyé Maurice ène l?âge correspondant à zot première communion. Monne senti ça double identité là », confie-t-elle.
Les Chagossiens lui ont non seulement ouvert leurs esprits mais aussi leur c?ur, si bien qu?elle est de toutes les fêtes et célébrations. « Zot pas invite moi zis pou travay. Mo aussi invité pou ban fêtes familiales. Zot envie mo reste dans zot lacase. »
Laura a même appris comment cuisiner le seraz, curry à base de lait de coco, spécialité propre aux Chagossiens mais aussi aux Seychellois et aux Agaléens, îliens qu?elle comparera aussi dans la thèse qu?elle rédigera dès son retour en Grande-Bretagne à la fin de janvier 2004. « Ce ki important pour ène anthropologue en devenir, c?est pas zis étudier ban croyances, coutumes ek traditions mais vive li à fond. Et c?est séki monne fer.»
Laura n?en est pas à sa première immersion dans un environnement étranger. Elle était toute gamine lorsque ses parents, eux-mêmes anthropologues, ont posé leurs valises dans l?Uttar Pradesh en Inde, le temps pour eux de compléter leurs recherches. Laura y a même été scolarisée.
Ce qui explique sa connaissance de l?hindi, son végétarisme et son amour pour les plats indiens, en particulier les sept currys et les «pharatas». « Mo content manze are mo lamain aussi », précise la jeune femme. Cette expérience a été si enrichissante qu?elle est retournée en Inde pour enseigner la musique pendant une année dans l?école qu?elle avait fréquentée.
Une fois son doctorat en poche, Laura compte faire de la recherche sociale son métier. «Ça même mo plis content, cause ecque dimoune, appran, étudier, écouter, tant lézot dimoune raconte zistoires. En fait, c?est psychologue ki mo ti bisin fer mais ça mo pas pou capav fer li », déclare-t-elle en riant.
Une de ses craintes en rentrant en Grande-Bretagne est de perdre son créole, comme cela a été un peu le cas avec l?hindi qu?elle parlait couramment. Mais elle se console comme elle peut. « Mo fiancé ine appran créole li aussi quand li ti Maurice. Nou pou pratiqué ensemble. Et si mo perdi créole, mo pou retourne Maurice. » Allez ! Chiche!
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