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L?Assemblée de Dieu : La mission se poursuit
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L?Assemblée de Dieu : La mission se poursuit
«Quand en 1972, le gouvernement d?alors expulsait Aimé Cizéron de Maurice, l?Assemblée de Dieu ? Mission Salut et Guérison ? n?avait que neuf églises et quatre pasteurs à Maurice. Aujourd?hui, 35 ans après, nous avons 142 églises et plus de 100 000 membres.» Le pasteur Lindsay Blackburn, qui a pris la relève des quatre Français expulsés en 1972, parle sans jubilation.
Assis dans une petite chambre d?une maison convertie en quartier général de l?église Mission Salut et Guérison, il ne nous donne que des faits. Calmement. La conversion de presque un dixième de la population à son église ne semble guère l?étonner. On a vu mieux ailleurs. Il cite la Corée du Sud, pays bouddhiste à presque 100 % dans le passé et dont la population appartient aujourd?hui à 50 % à l?Assemblée de Dieu.
Le bureau du pasteur Blackburn, pauvrement meublé, est envahi par une forte odeur d?encre d?imprimerie. Des milliers de tracts, fraîchement imprimés, sont entreposés ça et là. Des tracts qui invitent les fidèles à un rassemblement national dimanche après-midi au stade de Rose-Hill.
«Dans le passé, on associait notre église avec des fidèles venant des cités ouvrières, dit-il. Cela a changé. Nous comptons de hautes personnalités dans notre église. Nos fidèles se trouvent dans toutes les sphères du gouvernement comme du secteur privé. Les enfants des premiers fidèles constituent aujourd?hui une élite.»
Cyril Palan, directeur de l?agence de publicité Logos, ex-anglican converti à l?église Mission Salut et Guérison, il y a 23 ans confirme. «Parmi nos membres, on compte le magistrat Pritiviraj Fekna, l?architecte Jay Sooredoo, l?auteur de notre hymne national, Philippe Gentil, des speakers de la Mauritius Broadcasting Corporation, et des personnes travaillant au bureau du Premier ministre, entre autres, et la plupart des policiers, qui assurent l?ordre et la sécurité lors de nos rassemblements, sont de notre église.»
Qu?est-ce qui attire tant dans cette église alors que ses détracteurs l?accusent de berner des personnes dans le désarroi, malades ou désorientés ? Krit Munohur, de Voice of Hindu, parle d?abus de confiance. «Ils profitent de la souffrance des gens et surtout des pauvres. Ils promettent la guérison et ils donnent de l?argent mais ils exigent, ensuite, que les convertis contribuent à la gestion de l?Assemblée.»
Chez les membres de l?Assemblée de Dieu, c?est un autre son de cloche. Philippe Gentil raconte. «J?ai accompagné ma femme, atteinte d?un cancer, qui avait été invitée à l?Assemblée pour trouver la guérison. Elle a été guérie. Quand je suis allé avec elle, j?ai été impressionné, en tant que musicien, par les chants et les cantiques auxquels toute la congrégation participait. Ma femme et moi avons pris le baptême .»
Cyril Palan confie qu?il a lui aussi été ému par les chants. «Je me rappelle avoir pleuré comme un enfant. J?étais anglican et ma fiancée était catholique mais nous nous sommes convertis pour nous marier à l?Assemblée.»
Les messes et les prêches ont une grande part dans la conversion des membres de Mission Salut et Guérison. Comme Brinda Pydannah, convertie en 1980 alors qu?elle était frappée d?une maladie «incurable». Il paraît que le magistrat Fekna s?est converti à un jeune âge alors qu?il était très malade.
Toutefois, tous ceux qui se rendent à Mission Salut et Guérison ne sont pas conquis. Les deux enfants de Philippe Gentil ont quitté l?Assemblée pour devenir adventistes. «Nous assistons aujourd?hui à un retour à la religion d?origine de certaines personnes converties», explique Somduth Dulthumun.
Bon nombre va vers d?autres mouvements pentecôtistes, souvent issus de la mouvance Salut et Guérison, dont La Voix de la Délivrance. «Mais on ne peut dire qu?il y a hémorragie de nos membres», soutient Cyril Palan. L?Assemblée de Dieu poursuit donc lentement mais sûrement sa mission.
<B>Scission et financement </B>
L?Assemblée de Dieu, également appelé Mission Salut et Guérison s?est scindée en plusieurs différentes églises depuis des années. Des membres de cette église ont créé d?autres églises et se sont proclamés pasteurs.
Le pasteur Lindsay Blackburn, haut responsable de l?Assemblée de Dieu, dit que les églises ainsi formées sont aujourd?hui tellement nombreuses qu?on ne peut plus les compter.
Pourquoi ces scissions ? «Parce que ces nouvelles églises, dont certaines ne comportent qu'une dizaine de membres, obtiennent facilement des financements de l?étranger, des Etats-Unis, de l?Afrique du Sud et de plusieurs autres pays. Maurice est considérée comme un champ missionnaire par certains organismes étrangers», explique Lindsay Blackburn.
Souvent ceux qui font sécession puisent dans le réservoir des fidèles de l?Assemblée et se font passer pour l?église Mission Salut et Guérison. Ainsi, l?Assemblée de Dieu se considère aujourd?hui victime de ces schismes à répétition et demande à l?Etat de légiférer. «N?importe qui peut, aujourd?hui, fonder une église avec la loi associative. Or, une église ne peut être régie par une telle loi car dans une église, c?est le clergé qui dirige et prend les décisions, et non le comité exécutif et l?assemblée générale. Or la loi actuelle nous impose ce type de fonctionnement et permet la mise sur pied de ces innombrables églises.»
Selon le pasteur, son église n?obtient aucun financement étranger et aucune aide du gouvernement. «Nous n?avons pas besoin de financement étranger ou de l?argent de l?Etat. Nous nous finançons à travers les dons de nos fidèles. Nos comptes sont ouverts et sont remis régulièrement au Registrar of Association.»
<B> «Une cellule anti-mission» </B>
La Mauritius Sanathan Dharma Temples Federation, qui regroupe 270 temples hindouistes du pays, est un autre organisme qui dénonce, depuis des années, les méthodes de l?église Mission Salut et Guérison à Maurice. Son président, Somduth Dulthumun, demande aujourd?hui au gouvernement de légiférer pour rendre illégal toute forme de prosélytisme à Maurice, comme c?est le cas en Inde. «Maurice est un pays démocratique où on a la liberté d?expression et de foi mais les pasteurs et missionnaires de l?Assemblée de Dieu et d?autres sectes dépassent les bornes.»
De fait il accuse l?église Mission Salut et Guérison de «profiter de la faiblesse d?une certaine catégorie de Mauriciens dont particulièrement les pauvres et les gens sans grande éducation». «Ils passent pendant la journée, profitent de certaines situations, imposent leurs vues et idéologies. Une idéologie souvent blessante pour certains croyants. Ils promettent monts et merveilles pour exploiter les moments de faiblesse des gens. Cela donne souvent lieu à des tragédies.» Ainsi, explique-t-il, son organisation a mis en place une cellule pour contrecarrer sur le terrain, les missionnaires des sectes à la campagne.
<B> «Un manuel de... pharmacie» </B>
Le mouvement pentecôtiste, particulièrement la Mission Salut et Guérison, n'a jamais été en odeur de sainteté auprès de l'église catholique. Les historiens estiment que le Vatican a, de fait, lancé le mouvement Renouveau Charismatique pour contrer l'hémorragie de ses fidèles vers les églises pentecôtistes.
A Maurice, le père Henri Souchon, curé de l'Immaculée-Conception, reste un des plus farouches opposants au mouvement Mission Salut et Guérison. «C?est une religion panadol, soutient-il, même si la Mission Salut et Guérison a perdu son rayonnement d'antan auprès de la masse, parce qu'elle s'est scindée en plusieurs petites églises, chacun voulant être le chef.» Pourquoi religion «panadol» ? «Ce que je reproche à la mission Salut et Guérison, c'est d'utiliser la bible comme manuel de pharmacie. Ils disent ?si vous êtes malades, venez chez nous et vous serez miraculeusement guéris. Mais il n'y a rien de miraculeux dans ces guérisons. La médecine, la science et tout le monde savent, aujourd'hui, que les maladies sont psychosomatiques. (...) La prière pour la guérison existe, mais elle ne peut être la base d'une religion.»
Selon lui, le Mouvement Renouveau Charismatique a freiné les départs des catholiques vers l'église Mission Salut et Guérison. «Ils recrutent ailleurs, dans d'autres religions dont chez les hindouistes. La plupart de leurs pasteurs de la région Nord sont aujourd'hui des ex-hindouistes.» Il ne dit pas que du mal de la Mission Salut et Guérison. Il évoque le dévouement des membres, leur unité et leur solidarité. «Sous certains aspects, ils sont fort sympathiques.»
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