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L?art urbain serait-il devenu architecture ?

9 octobre 2005, 20:00

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Une réflexion partie d?une rencontre avec un graffiti artiste toulousain. L?art des rues, celui qui s?approprie l?espace, serait-il devenu une seconde nature de l?art mauricien ? Puisqu?il est à la portée de tous, milite-t-il pour la promotion de l?art contemporain ? Des artistes déboutonnent cette ère d?expression populaire.

Rencontre inattendue avec des ?uvres d?art éphémères, en grand format qui s?amourachent sur des murs ou des véhicules. L?art urbain transpose l??uvre à l?extérieur.

En bombe, en fresques murales, en tag, en graffiti ou en mots vulgaires que la population gribouille sur les murs. Il n?est plus simplement esthétiquement correct, il s?exprime surtout par toutes les ouvertures. Il se livre à une ivresse culturelle magnifiée.

Le principe est ainsi parti d?une rencontre. Un lundi après-midi, au soleil couchant, un Toulousain est à l??uvre à Quatre-Bornes. Ceet, comme il aime se prénommer. Un ?graffeur? qui foule le monde, de la Chine à Singapour en passant par la France. Il laisse sa griffe indélébile sur les murs. C?est entrelacé, entre-enjambé, émaillé, qu?il tient entre ses paroles, un discours charmeur et claqueur sur le ?graffitisme? comme on aurait pu travestir ce nouveau concept d?art contemporain.

L?objectif se pose sur l?artiste, aux idées désaxées et aux envies démembrées. Des mots, il en extrait le jus de passion pour les doubles sens. Des sprays, il en extirpe la moelle épinière du criard. Ceet baigne dans l?art urbain depuis plus de 18 ans.

Le bombage des murs a toujours été sa manière de s?exprimer. ?L?art des rues, ça me permet de mieux communiquer avec la population. Je sors tout dernièrement de Hong Kong, où je travaille avec de grosses boîtes sportives qui me demandent de faire des designs personnalisés. Les jeux de lettres et l?expression par les mots, c?est ce qui fait le graffiti.? Le graffiti se fait usurper parfois, à travers le vulgarisme de la langue mais s?intègre de plus en plus au sein de la société.

Une transposition poussée de la réflexion

Comme l?affirme Ceet, pour certains artistes-peintres, l?art se fait plus capricieux et plus difficile à être accepté. ?Ce qui fait notre identité, c?est notre façon propre de graffer en nous exprimant jusqu?au bout des sens?, renvoie encore Ceet. On l?aperçoit sur les murs à Quatre-Bornes, à la gare de Curepipe, de Rose-Hill, à Chebel, sur les autobus. Il gagne en importance.

Très souvent, l?art urbain se conjugue au masculin. Le graffiti ; une histoire d?hommes ? Ce n?est que pour une courte période. Dev Chooramun, artiste-peintre avoue qu?il existe encore ?un peu de retenue chez les filles qui hésitent à faire le pas?. Mais cela ne saurait tarder.

L?art urbain débute dans les années 1950, Jacques Villeglé et Raymond Hains du mouvement réaliste en sont les précurseurs. Ce même mouvement prend de l?ampleur à partir de Jean-Michel Basquiat né un 22 décembre 1960. Artiste-peintre de Brooklyn, il peignait avec les mains.

C?est lorsqu?il rencontre le graffitiste Al Diaz en 1976 à la City-As-School que Jean-Michel Basquiat décide de peindre au spray. Son graffiti à lui, épousait les courbes de la poésie. Il se faisait mot. Il se faisait vivant. Sa signature à lui, c?était, ?SAMO? qui signifie : ?Same Old Shit?.

De l?impertinence dans les couleurs qu?il finissait par vider sur ses tableaux grands formats. Cet art en apparence simple, s?est métamorphosé en une transposition plus poussée de la réflexion. C?est cela aussi que l?art urbain, notamment le graffiti, apporte comme subversif dans le monde parfois inerte et cliché de l?art mauricien. En sus des paysages, en sus des portraits, l?art urbain s?attaque lui, au concept du renouveau.

?Ceux qui pratiquent le graffiti sont généralement des bandes qui bougent ensemble. Ils sont une voix, un souffle, pour dire ce qu?ils pensent sur les murs?, explique Said Anif Hossanee, artiste-peintre que l?on ne présente plus. Il retrace son expérience à Paris il y a longtemps, où même s?il n?a pas adopté ce style, il l?a aimé.

Nous lui connaissons un amour pour les couleurs, et c?est bien cela qui l?a attiré chez l?art urbain. ?ça égaye la vision. Ce que j?ai surtout aimé à Paris, c?est que même dans les quartiers défavorisés, les couleurs étaient là. Sur des grands panneaux de cinq à six mètres ?, dit-il.

Pouvons-nous dire que l?art urbain se limite seulement à une catégorie de couche sociale ? Serait-il lui aussi victime de la mondialisation ? Ou sommes-nous dans une période artistiquement démocrate ?

S?exposer aux yeux et à la critique de tous

Tant de questions que suscite cet art, ?pas dérangeant?, affirme Said Hossanee, ?tant que l?on respecte certaines règles?. Encore des limites, mais dans un but sain. Si l?art urbain se transforme en agression verbale ou imagée, elle devient rebelle, clandestine. La recherche du beau se retrouve aussi dans le graffiti.

Pour Krishna Luchoomun, chargé de cours au Mahatma Gandhi Institute, cet art ?n?est pas quelque chose de banal?. Il s?expose et s?impose aux yeux et à la critique de tous. ?Je sais qu?il y a des gens qui sont quelque peu réticents par rapport à cette façon de s?exprimer, mais l?art des rues vous donne envie de réfléchir, vous fait voyager et anime la ville.?

L?art se fait donc géographie. Il voyage à travers l?île, habille les murs d?atours colorés et embellit ainsi l?environnement. Plus expansif dans ses idées, mis à nu et étalé au grand jour aux yeux de la populace.

L?art des rues permet aux artistes de traduire leurs frustrations et d?afficher leur talent ouvertement. Il devient art des rues lorsqu?il se laisse remplacer. Comme l?affirme Said Hossanee, l?art urbain devient ?l?architecture ? des villes.

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