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L?après-mondial...
Dès demain la fièvre du mondial redescendra. Et la politique reprendra ses droits dans la rue. Pour l?heure, le public se passionne encore pour le choc des bleus ; on se demande surtout si les trois « vieux », Zidane-Thuram-Makélélé, signeront en lettres d?or la fin de leur carrière internationale ; on s?interroge aussi sur la forme des redoutables Del Piero, Andrea Pirlo et autre Fabio Grosso qui feront tout pour offrir à l?Italie sa quatrième coupe du monde. Ce soir, au sifflet final de l?Argentin Horacio Elizondo (qui sera surveillé de près après les étonnantes bavures de ses collègues arbitres), les fans de La France ou de l?Italie iront grossir le groupe des désenchantés.
En football comme en politique, l?attente de bons résultats déclenche une inquiétude fébrile. Les âmes sont exaltées. Si les nombreux fans du Brésil n?avaient à aucun moment envisagé une élimination, surtout pas en quarts de finale, ceux de l?Alliance sociale ont cru, à tort évidemment, que leur vie allait tout bonnement changer du jour au lendemain ou, d?après le slogan, après 100 jours. Or, exactement un an après, le scénario est autre. Le changement n?est pas dans le sens souhaité. La réalité économique dément, jour après jour, la bande annonce de l?Alliance sociale.
Mais le public a toujours en tête les multiples slogans pré-électoraux, dont celui sur la démolition des cartels pour faire chuter les prix des produits de consommation courante. A deux jours des législatives, on demandait à Navin Ramgoolam s?il vendait du rêve à la population. Et sa réponse, ce 1er juillet 2005, est la suivante : « Le programme de l?Alliance sociale a été très travaillé. Il ne contient rien que nous ne puissions faire. C?est comme ma proposition de mettre le transport gratuit à la disposition des étudiants. Les membres de l?alliance gouvernementale (NdlR : MSM-MMM) disaient que cette mesure allait être irréalisable parce qu?elle mettrait les compagnies d?autobus en faillite et que c?était de la démagogie. Quatre semaines après, ils ajoutent cette proposition à leur programme. Cela veut dire que nos mesures sont réalisables. »
Dans l?exercice du pouvoir, le discours s?adapte aux dures réalités, évinçant les rêves de campagne. D'un ton déterminé, le pouvoir parle de plus en plus de « rupture», un terme qui ne figurait pas dans son programme gouvernemental, qui désormais est son leitmotiv.
Or la rupture, aussi nécessaire soit-elle pour relancer l?économie sur de nouvelles bases, doit être explicitée sans ambages.
Le transport gratuit, introduit en grade pompe, a connu un énorme cafouillage dans sa mise en application, obligeant le gouvernement à changer plus d?une fois de formule pour finalement aboutir à un système semi-gratuit. Et les opérateurs de ce secteur, face à la flambée de prix des carburants, ne décolèrent pas. Ce qui devait être une bonne nouvelle devient un litige.
Dans la même veine populaire, les boulangers menacent de nous priver de notre pain quotidien si une nouvelle hausse n?est pas entérinée. Ils s?estiment piégés car ils ont eu droit à une augmentation du prix de vente, après âpres consultations, alors qu?en même temps, ils se voient contraints de payer plus pour la farine, dont le prix n?est plus subventionné.
Pourtant Rama Sithanen s?évertue à dépassionner les débats. Le ministre des Finances trouve injuste que le public associe les augmentations du prix de l?essence, du diesel, du kérosène, de l?huile lourde, du ciment et du gaz au budget.
S?il est vrai que les prix de ces produits ont connu une hausse au niveau international et que le gouvernement mauricien n?y peut rien, il est non moins vrai que les illusions d?une vie meilleure s?envolent avec les roupies additionnelles requises pour acheter le riz, la farine et le pain.
Ces denrées de base ont bel et bien été affectées par le premier budget de l?Alliance sociale. Et Rama Sithanen aura beau expliquer que les subsides n?ont pas été enlevés mais réorientés vers les plus démunis, mais il ne pourra pas empêcher aux fans de l?Alliance sociale de se sentir trahis, en découvrant les nouveaux prix au lendemain du congrès annuel des rouges. Le « timing » des hausses ne doit plus être tributaire du calendrier politique.
Dans l?entretien qu?elle nous accorde (voir ci-contre), Nita Deerpalsing, consciente des critiques de la rue, tente de relativiser. La vice-présidente de la Commission de la démocratisation de l?économie estime qu?il faut juger le gouvernement au terme de son mandat. Le slogan « 100 jours » a sensiblement évolué dans la durée.
Nita Deerpalsing a sans doute raison de comparer l'action gouvernementale à un match de football. Mais en cette phase cruciale du match, il est important de dépolitiser la réalité afin de susciter l?adhésion qui est essentielle pour réussir les défis d?avenir. Il faut en finir avec ces slogans creux et revanchards qui donnent au public le sentiment d'être roulé dans la farine par toute la classe politique. La logique de rupture économique ne réussira pas s'il y a rupture avec le public.
Le rideau tombe ce soir sur la coupe du Monde. Allez Maurice !
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