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L?appel de la Grande île

25 juillet 2007, 00:00

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L?appel de la Grande île

On aime ou on n?aime pas. Certains lui trouvent un côté emprunté, beau parleur. D?autres le jugent insaisissable. D?autres encore préfèrent l?estimer à l?aune de ses créations et de son parcours, quitte à en être jaloux. Car l?homme est un être d?images, à la fois technicien, poseur (d?objectifs) et artiste. Et Selven Naidu, ancien directeur de la MBC, de la MFDC, et porteur du Rêve de Rico, fait encore parler de lui : il vient d?être nommé directeur de radiotélévision Analamanga (CRTA), la toute-puissante chaîne privée de Madagascar.

Pour Selven, cela s?appelle l?aventure. Guère surprenant pour cet ancien de l?Institut des hautes études cinématographiques, qui a fait ses premières armes à Channel Four et Antenne 2. ?Comme co-réalisateur. Mais c?est ainsi qu?un diplômé de l?Idhec se rode au métier.?

Dans la ruade d?objets entreposés dans les locaux portlouisiens de sa société de production, rue Odette Ernest, à quelques heures de son départ, Selven Naidu trouve en tout cas le temps de nous recevoir. Une affiche de Down by Law, de Jim Jarmusch veille sur son bureau. Il ne l?emportera pas plus que le Vade-mecum du réalisateur. Il n?a pas trop le temps d?être sentimental, Selven.

C?est qu?un sacré défi l?attend : à Antananarivo, la chaîne généraliste dont il va prendre les commandes programme 90 % de ses émissions en malgache (dont 40 % de productions locales). Comment va-t-il donc pouvoir communiquer ?

? J?y vais sans a priori, comme je l?ai toujours fait dans mes déplacements. Les Malgaches que j?ai rencontrés sont d?excellents professionnels. Ils sont jeunes et motivés.? La vivacité de la production locale est quelque chose qui le conforte. ?J?ai d?ailleurs l?intention de poursuivre mes propres activités de producteur là-bas. En ce moment même je travaille à deux productions de réalisateurs.?

?A 48 ans, Selven en a connu, des feuilletons. Mais c?est loin d?être le générique de la fin pour sa passion de réalisateur.?

Les choses se sont déroulées très vite : dépêché à Madagascar pour mener une enquête sur le paysage audiovisuel, il y apprend la démission du précédent directeur de la RTA. On lui demande d?assurer l?intérim et les choses se passent si bien qu?il est confirmé audit poste. C?est arrivé presque plus vite qu?un cyclone.

Et tout comme ce n?est pas l?homme qui prend la mer, c?est Mada qui a rendu Selven fou d?elle. Fou de son côté Asie, fou de son côté Afrique, de son peuple, de sa chaleur. Et rien à voir avec le réchauffement climatique.

Aussi est-il très attaché au cinéma autre, celui qui voit une réalité différente de celle aseptisée des standards, de la même (mal)façon : c?est par le grand écran que Selven a visité Beyrouth, Téhéran, points réputés chauds. Il y a ?rencontré des gens fiers, passionnants?. A l?image de cette jeune réalisatrice iranienne, Samira Makhmalbaf, fille du cinéma, fille de Mohsen, et de son premier film made in Iran primé à Cannes. ?Ce sont des cinéastes qui donnent une valeur inhabituelle au rythme de la narration.? C?est par ce même grand écran que Selven a été porté jusqu?à New York, où il s?est laissé porter par son Rêve de Rico, film qu?il a réalisé au tournant de l?an 2000.

?C?était avant l?épisode de la Mauritius Film Development Corporation.? Un épisode qui a laissé des traces. ?Je suis d?un naturel naïf. Comme pour la MBC, je me suis dit : pourquoi pas ? Après, cela a été l?ère de la désillusion.? L?histoire, on la connaît, elle a d?ailleurs connu de beaux épisodes. ?J?ai travaillé à former une équipe de gens qualifiés pour faire émerger la création locale. Un personnel qui d?ailleurs avait toute légitimité de créer eux-mêmes??

Mais notre homme ne se décourage pas ainsi. A 48 ans, Selven en a connu, des feuilletons. Mais c?est loin d?être le générique de la fin pour sa passion de réalisateur. ?J?ai moi-même négocié la possibilité de me réserver des plages pour ma propre production.? Pour celui qui ne croit pas au mythe de l?artiste à l?ego hypertrophié, le défaitisme n?est pas de mise. Il emportera juste le nécessaire à Antananarivo. Ce n?est pas pour rien.

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