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L?appartenance meurtrière
Le labyrinthe identitaire peut mener droit vers Icare qui, parce qu?il n?a pas su modérer ses ardeurs, verra ses ailes de plumes et de cire fondre jusqu?à ce qu?il aille choir dans la mer. L?aventure peut aussi avoir une autre dimension. Comme celle que nous vivons à Maurice. Des réalités, des spécificités, un contexte qui commandent la patience.
Nos trois interlocuteurs à la table ronde sur la créolité privilégient cette approche. C?est celle de la raison. L?identité n?est pas un projet programmatique. C?est plutôt un processus évolutif dont la particularité est de ne pas connaître d?aboutissement. Les définitions fixistes n?y servent à rien. L?ambition ontologique n?a de sens que dans son itinéraire personnel. Nous vivons dans des groupes, dans des communautés, dans des classes sociales, dans des religions? Ce qui fait l?individu n?est qu?un rêve d?absolu.
Tout cela tient d?une belle rationalité. Le réalisme contraint de prendre en compte les éléments tangibles. Quels sont-ils ? Dans un monde idéal, Danielle Palmyre-Florigny vivrait sa mauricianité comme un principe universel. Issa Asgarally fait l?éloge de l?individu. Par défaut, Vinesh Hookoomsing est Mauricien. Ce sont des postures que nous adoptons tous indistinctement selon les expériences et parcours personnels. Mais au-delà de cette réalité identitaire, il y a une soif profonde d?autre chose.
Pour l?instant, nous ne sortons pas des antiennes connues. L?identité religieuse et l?identité sociale restent imbriquées. L?exercice définitoire renvoie la créolité à une ethnie tout comme la lascarité ou la malbarité convergent vers d?autres ethnies. Même lorsqu?on fait ressortir les principes universaux de ces concepts, on se fait taper sur les doigts. Tant il faut avant tout célébrer les particularités d?une appartenance. On n?est certes pas dans le seul cadre restrictif de l?ethnicisation mais on est dans l?enfermement dans le groupe pour que l?individu ne s?abandonne pas à l?errance identitaire.
Osons sortir de ces classifications convenues pour une fois. Et affirmer qu?il y a longtemps que la créolité a quitté les sphères du monde chrétien, que la ?lascarité?, de même, n?appartient plus au monde musulman tout comme la ?malbarité? ne se résume au monde hindou. C?est le processus d?émancipation des identités religieuses pour une ouverture vers l?individu. Non pas un individu érigé en totem dont on ferait le culte. Mais un individu complexe dans sa mixité. Souvent déchiré. Parfois perdu. Mais toujours libre. Un individu plein et entier dans son humanisme.
Nos interlocuteurs à la table ronde font remarquer à juste titre que le problème surgit des inégalités. Que le problème est d?abord et avant tout politique. Toutefois, s?il ne peut pas y avoir une politique de l?identité, il peut exister une identité de ?l?âme mauricienne?. Autrement on continuera à le dire avec un mélange d?amertume, d?hypocrisie et de duplicité qui se gonfle à l?occasion jusqu?à la raillerie.
Il nous est possible de sortir de cette aporie. Nous le vivons déjà dans notre quotidien. La créolité, la lascarité et la malbarité n?appartiennent plus aux faisceaux religieux chrétiens, musulmans et hindous respectivement. Il nous est possible de sortir de ce culturellement correct, de cette veulerie qui nous éloigne de cette nouvelle idée de nation qui n?est plus emprisonnement mais passage vers l?universalité de l?être.
Dans les faits, se battre contre les inégalités au nom d?un groupe n?est au mieux qu?une autre forme de cloisonnement. Il n?y a qu?une autosatisfaction ramollie dans les batailles qu?on livre à ce registre. Faire voler en éclats les répertoires, c?est une autre ambition. Notre fierté vient du fait que notre créolité, notre malbarité ou notre lascarité ne nous appartiennent plus en tant que groupes religieux ou sociaux. Ce qu?il y a de beau et de noble en nous s?est libéré de nous pour composer d?autres vibratos. Car ce qui ne nous appartient plus est ce que nous avons su le mieux exalter. Enfin nous quitterions cette identité carte postale pour nous réinventer dans la renonciation de nos fameuses appartenances.
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