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L?angoisse des licenciés de Bata

27 mai 2007, 00:00

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Le temps où Ruby Johnson voyait la vie en rose est bien révolu. À 47 ans, elle a vu les trente années passées à l?usine de confection de chaussures Bata partir en fumée. Cette usine, qui ne s?était pas acquittée de sa franchise, a dû mettre la clé sous le paillasson, privant du coup une centaine d?employés de leur gagne-pain. La manufacture a été rebaptisée Fit In.

Et depuis, c?est l?angoisse pour les em-ployés. « Nous n?avons obtenu que deux semaines de paye, vendredi, lors de l?arrêt du travail », explique Ruby Johnson, pour qui les procédures en cas de licenciement sont encore floues. Elle soutient également que la somme contribuée au fonds de la Sécurité sociale ne leur sera reversée que dans trois à cinq mois, selon le préposé qui les a informés.

La question qui la tenaille aujourd?hui est comment faire pour joindre les deux bouts. Son mari, qui est maçon, se retrouve souvent, hélas, au chômage technique.

« Auparavant cela ne nous gênait pas vu que moi je travaillais » , confie Ruby. Mais avec un fils qui est en Form VI, les choses risquent d?être encore plus difficiles s?il souhaite poursuivre des études plus tard.

Ils ne savent plus vers qui se tourner

Une réunion qui devait avoir lieu jeudi entre les actionnaires pour identifier un liquidateur permanent a été renvoyée à une date ultérieure. Ce qui va encore retarder la liquidation des actifs de la compagnie. Reaz Chuttoo, négociateur auprès de la Federation of Progressive Unions, affirme que d?après certains, les actifs avoisineraient les Rs 30 millions.

La somme due aux salariés s?élève, quant à elle, à Rs 3,7 millions. « Je comprends l?angoisse des travailleurs, mais d?après la loi qui est en vigueur, il faut attendre que les actifs de la compagnie soient vendus avant qu?ils ne soient remboursés », explique Reaz Chuttoo.

En attendant, beaucoup ne savent plus vers qui se tourner. Le plus gros problème, poursuit Ruby Johnson, est l?âge avancé des ex-employés. « Il sont plusieurs à avoir passé leur vie à Bata. À plus de quarante ans; qui va nous embaucher ? » L?expérience, une de ses collègues l?a déjà vécue lorsqu?elle a frappé à la porte d?une usine de confection de chaussures. « Ils lui ont carrément fait comprendre qu?elle était trop vieille », soupire notre interlocutrice. Une autre a tenté sa chance dans une usine de boîte de carton, sans succès. À 47 ans, elle ne pense pas à la reconversion. Du moins, pas pour le moment.

Elle se dit encore que l?usine aurait pu continuer ses activités. « Nous savions que l?usine essuyait des difficultés, mais nous ne pensions pas qu?elle allait nous licencier. Le marché des sandalettes avait régressé en raison des produits importés de Chine en masse. Mais l?usine excellait dans le marché des chaussures industrielles que nous fournissions aux travailleurs des chantiers, aux employés du CEB, de la CWA, ou encore de la poste. Ce produit aurait même pu s?exporter, vu sa qualité.» Un triste constat.

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