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L?ampleur des désaccords Nord-Sud met l?OMC en échec
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L?ampleur des désaccords Nord-Sud met l?OMC en échec
La nouvelle est tombée, dimanche 14 septembre à 15 heures, provoquant des cris de joie et des applaudissements des ONG (organisations non gouvernementales) et des délégués du Sud. Le ministre kenyan, Mukhisa Kituyi, a, le premier, annonce l?échec de la conférence ministérielle de Cancun. Il a fallu plus d?un quart d?heure pour que l?information soit confirmée, laissant la foule entre stupeur et incompréhension. Très vite, les ministres du Sud sont arrivés pour expliquer les raisons de cet échec. Ce ne sont pas les désaccords sur l?agriculture qui ont directement précipité la rupture mais les sujets plus obscurs dits ?de Singapour? : investissement, concurrence, facilitation des échanges et transparence des marchés publics.
?Le fossé d?incompréhension entre nous, les pays en développement, et les pays industrialisés était énorme. Nous leur avons dit et répété qu?il était impossible d?engager des négociations sur ces sujets. Ils ont insisté, et n?ont pas voulu comprendre que nos économies ont de grosses difficultés?, a expliqué la ministre malaisienne du Commerce international, Rafidah Aziz. ?A quoi bon continuer des rounds de négociations si nos préoccupations de survie ? je ne dis même pas de développement ? ne sont pas prises en compte ?? a déclaré la ministre sénégalaise des PME et du commerce, Aichatou Agne Pouye.
A Cancun, l?Organisation mondiale du commerce (OMC), contestée depuis sa création en 1995, a essuyé un nouveau revers même si la rencontre n?était qu?un rendez-vous d?étape sur l?agenda du cycle de négociations lancé à Doha. A Seattle, en 1999, les pays en développement avaient dit ?non? au lancement d?un nouveau round de négociations multilatérales. Ce sont encore eux qui, à Cancun, ont mis en échec la cinquième réunion ministérielle de l?OMC.
Dans cette institution où la règle du consensus fait qu?un seul pays peut bloquer la machine, ce n?est pas un ou deux pays qui ont empêché les 146 pays-membres d?atteindre un compromis, mais une coalition de 21 pays en développement. Ce ?Groupe des 21? (G21), conduit par les nouvelles puissances émergentes, Inde, Brésil et Chine, a été appuyé par un front solidaire formé de 90 pays pauvres à dominante africaine.
?Nous avons été capables de montrer qu?une alliance entre les pays en développement était possible, non sur une base idéologique mais sur des problèmes concrets?, a déclaré Celso Amorim, ministre brésilien des Affaires étrangères, au nom du ?G21?. ?Ce n?est pas un groupe rhétorique mais un groupe professionnel, qui veut construire un système commercial ouvert et juste.? Il répondait indirectement au secrétaire américain au commerce, Robert Zoellick, qui n?avait eu de cesse, comme son collègue européen Pascal Lamy, d?ironiser sur la supposée fragilité de cette alliance.
?Insulte?
C?est peut-être sur ce défaut d?appréciation, que d?aucuns qualifieront de manque de sens politique, qu?ont failli l?Américain et l?Européen, les deux plus gros joueurs de l?OMC. Quand ils se sont rendu compte que les pays en développement n?étaient pas prêts à reculer et qu?il leur faudrait faire des concessions, il était déjà trop tard. L?entêtement de l?émissaire bruxellois à défendre son mandat sur les sujets dits ?de Singapour? a fini d?exaspérer les pays qui avaient été d?emblée les plus catégoriques, comme l?Inde et la Malaisie.
Les pays les plus pauvres, jusqu?à présent toujours marginalisés dans les négociations en raison de leur faible poids dans les échanges mondiaux ? moins de 1 % ?, ont tenu tête. La gestion désastreuse du dossier du coton a certainement conforté cette alliance, qui s?était ébauchée il y a quelques mois à Genève.
Après avoir fait miroiter une réduction des subventions pratiquée par les Etats-Unis sur ce produit vital pour les pays du Sahel, le texte proposé n?en disait pas mot. Cela a été perçu par l?ensemble des nations en développement comme une ?insulte?. Les Etats-Unis ne se sont pas ralliés à la proposition européenne d?éliminer totalement les subventions. L?OMC aussi porté sa part de responsabilités dans cet échec. Le président de la conférence, le ministre mexicain des affaires étrangères, Luis Ernesto Derbez, a été critiqué pour n?avoir pas produit un texte reprenant les préoccupations des uns et des autres. ?Vous avez négligé délibérément les positions d?un grand nombre de pays en développement. C?est une tentative d?imposer les vues de quelques pays sur le plus grand nombre?, a dénoncé le ministre indien du Commerce, Arun Jaitley.
Le Dr Supachai Panitchpakdi, directeur général de l?institution, a paru très en retrait. Sur le dossier du coton, dont il s?était saisi personnellement, il n?a fait preuve d?aucune influence. L?OMC aura du mal à se relever de cet échec. L?absence de résultat sur ce rendez-vous intermédiaire rend quasiment impossible de parvenir à boucler les négociations d?ici fin 2004.
L?accord sur l?accès aux médicaments pour les pays en situation d?urgence sanitaire, signé à Genève, n?a pu être ratifié par l?ensemble des membres. Il pourrait ainsi être remis en question.
En dépit des mines défaites qu?affichaient les négociateurs, dimanche soir, l?issue de Cancun n?est un drame ni pour les Etats-Unis ni pour l?Europe. L?un et l?autre peuvent continuer à nouer des alliances bilatérales et régionales sans l?OMC. A l?inverse, pour les pays les plus pauvres, c?est une vraie occasion manquée d?ouvrir une brèche dans le protectionnisme des pays riches
Laurence CARAMEL et Babette STERN
© Le Monde
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