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L?aide dispensée s?accompagne d?objectifs politiques
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L?aide dispensée s?accompagne d?objectifs politiques
L?administration Bush cherche, depuis quelques jours, à transformer ses hésitations initiales à s?engager auprès des pays victimes des tsunamis en bénéfice politique.
En décuplant l?aide financière aux pays sinistrés, en mobilisant des moyens militaires importants, en incitant les Américains à se montrer généreux et en recrutant pour cela les anciens présidents George Bush et Bill Clinton, Washington se veut exemplaire.
Le gouvernement américain a déjà réussi à faire taire la plupart des critiques sur son incapacité, dans les jours qui ont suivi la catastrophe, à en mesurer l?ampleur et, plus encore, l?émotion planétaire qu?elle a suscitée.
L?autre objectif de l?administration est plus ambitieux : prouver au monde que la superpuissance est capable de générosité.
Les images des hélicoptères américains acheminant les vivres et les médicaments aux populations isolées y contribuent.
«Notre réponse à ce désastre mondial peut avoir un réel impact sur la perception des politiques américaines un peu partout dans le monde. Les gens voient les hélicoptères américains acheminer des vivres et des médicaments aux populations isolées. Personne d?autre ne le fait ou ne peut le faire», souligne Ibrahim Hooper, du Conseil des relations américano-islamiques.
LA PUISSANCE MILITAIRE AMÉRICAINE
Sydney Jones, l?un des responsables de l?International Crisis Group, est plus sceptique. «L?aide peut être aussi interprétée comme ayant pour seul objet d?acheter de la reconnaissance. Ce serait désastreux. Avec ceux qui, pour des raisons idéologiques et religieuses, ont fait de la haine des Etats-Unis leur fonds de commerce, rien ne changera. Mais face à une opinion très défavorable dans le monde depuis la guerre en Irak, il n?y a pas grand-chose à perdre à montrer le frère du président des Etats-Unis, Jeb Bush, venir à l?aide de l?Indonésie, le pays musulman le plus peuplé. Cela ne peut pas faire de tort non plus de voir la puissance militaire américaine se déployer pour une action humanitaire.»La démonstration de force est d?ailleurs loin d?être terminée.
Le nombre d?hélicoptères mis en service par le porte-avions Abraham-Lincoln en Indonésie devrait doubler dans les prochains jours. Un autre groupe naval mené par le navire d?assaut amphibie Bonhomme-Richard se trouve proche des côtes du Sri Lanka.
LOGISTIQUE DE L?AIDE INTERNATIONALE
Autre symbole, le centre opérationnel des forces américaines a été établi sur la base aérienne d?Utapao en Thaïlande d?où partaient les B-52 bombardant Hanoï pendant la guerre du Vietnam.
«Bien sûr, les Etats-Unis sont indispensables pour mettre en place dans l?urgence la logistique de l?aide internationale et l?administration a fini par le comprendre», explique Ellen Laipson, ancienne vice-présidente du Conseil national du renseignement, qui dirige aujourd?hui le centre de réflexion Henry L. Stimson.
«Mais je ne pense pas que ce soit un facteur déterminant pour changer en profondeur l?image des Etats-Unis. Ce que nos forces militaires font en Irak et notre manque d?énergie pour résoudre la question palestinienne importent plus pour l?opinion musulmane», ajoute-t-elle.
Pour le sénateur démocrate Carl Levin, il existe une «opportunité politique à saisir afin de prouver que l?ensemble du monde nous concerne».
L?administration semble en tout cas décidée à montrer que la guerre contre le terrorisme n?est pas sa seule préoccupation. Colin Powell, le secrétaire d?Etat, ne l?a pas caché, mardi 4 et mercredi 5 janvier, en Indonésie.
«C?est une occasion pour le monde musulman et le reste du monde de voir la générosité américaine, les valeurs américaines en action. L?Amérique n?est pas contre l?islam, n?est pas contre les pays musulmans», a-t-il déclaré. Après avoir rencontré Hassan Wirayuda, le ministre des affaires étrangères indonésien, il a ajouté que l?offre de coopération des Etats-Unis «est dans l?intérêt de ces pays et dans le nôtre. Cela assèche les zones de mécontentement qui peuvent susciter des activités terroristes».
LA STRATÉGIE DE LA MAISON BLANCHE
De façon pragmatique, le Pentagone a déjà amélioré ses relations avec l?armée indonésienne et espère en faire un allié contre les réseaux terroristes en dépit d?un embargo américain sur les armes après les violations des droits de l?homme au Timor-Oriental à la fin des années 1990.
La coopération entre les marines américaines et indiennes s?est également renforcée lors des derniers jours alors qu?elle n?a jamais été facile dans le passé.
Mais pour que la stratégie de la Maison Blanche ait une chance de réussir, il faut rapidement mettre en place une aide efficace et une présence à long terme aux côtés des populations sinistrées.
Dans un éditorial, le quotidien Los Angeles Times demande à George Bush «de mettre en place l?équivalent d?un plan Marshall pour la région qui lui apporterait des milliards de dollars pour des programmes à long terme comme la purification de l?eau et les infrastructures sanitaires. Une aide américaine massive à l?Asie du Sud coûtera seulement une fraction des 225 milliards de dollars ? près de 173 millions d?euros ? qu?a coûté jusqu?à aujourd?hui la guerre en Irak et, sans aucun doute, il s?agirait d?un investissement nettement plus judicieux dans la guerre contre le terrorisme?.
Eric LESER
2004 -Distribué par Le Monde News Service
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