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L?agenda du dialogue
Le pays ne peut que se réjouir de l?apaisement en cours avec la rencontre prévue entre, d?une part, le PM et son équipe, qui ont la responsabilité de diriger le pays, et d?autre part, les dirigeants d?entreprises, qui produisent les richesses du pays. Maintenant que la nécessité du dialogue est à l?agenda, il faut s?assurer que ce dialogue porte ses fruits, tout en ne sous-estimant aucunement la complexité de ce qui est en jeu.
Surveillons d?abord la nature du discours des protagonistes : le discours « attaque » qui consiste à dire « Ma Vérité c?est La Vérité » est stérile. Le discours manipulateur et subversif qui fait croire à l?auditoire que tout est simple et que si ce n?est pas ainsi, il n?y a qu?à chercher un bouc émissaire, est tout aussi stérile, voire dangereux et irresponsable.
Le dialogue, le vrai, exige d?abord que tous les protagonistes prennent le recul nécessaire pour être capables d?être à l?écoute de l?autre. Sans a priori et sans idées préconçues. Il s?agit de reconnaître la légitimité de la pensée de l?Autre. Dorénavant, on s?attend à ce que tous les responsables directs réfléchissent deux fois avant de parler. Quant aux leaders d?opinion, qu?ils se gardent de réduire les questions complexes tantôt à la personnalité des acteurs, tantôt à une lecture purement idéologique ? lecture qui alimente les courants ethno-populistes.
Le blocage actuel est entre l?État et le Grand Capital. Il renvoie à des problèmes de fond provenant d?un télescopage de deux grandes dynamiques de changement que connaît le pays ? celle d?origine externe imposée par la mondialisation et celle interne, d?un projet de société de l?Alliance gouvernementale.
Le pays ? tant le secteur productif que le monde de la consommation ? est en train de subir les logiques de la mondialisation : financiarisation de l?économie, nomadisation du capital, ouverture, conformité aux exigences des marchés internationaux, avec tout ce que cela implique comme compétitivité ? des capitaux, du travail ?, réduction de la marge de man?uvre de l?État-nation.
Quant à la réforme initiée par le gouvernement, elle vise à préparer l?économie mauricienne à faire face à la mondialisation, tout en développant un modèle de développement reposant sur de nouveaux piliers et une reconfiguration du paysage des entreprises opérant dans le pays dans le sens de l?ouverture et de la démocratisation.
Tout changement suscite la peur de l?inconnu et provoque résistance et repli. Aussi, avec le télescopage de ces deux changements d?envergure, toutes les composantes de la société mauricienne sont sous pression et ressentent des peurs, des frustrations. Toutes, des différentes factions de la bourgeoisie ? historique, nationale et d?État ?, en passant par les élites dans les différentes sphères d?activité, les salariés et la population « at large », se demandent : « What?s in it for me ? ».
La réponse n?est pas simple après une décennie où l?individualisme, la démission des élites qui a nourri des populismes dangereux, et le « bouc émissarisme » ont modelé le paysage idéologique mauricien. Pour réussir le changement, il faut de nouvelles règles du jeu qui impliquent un changement radical de « mindset ». Mais il faut d?abord intégrer pleinement la dimension nouvelle des enjeux sociétaux.
En lieu et place d?une mobilisation de toutes les intelligences, ressources et savoir-faire pour gagner la bataille sur le front de la mondialisation, on est en train d?assister à une guérilla interne opposant l?État, le Capital, le Travail. Avec comme facteur clivant, le mode de répartition et de distribution des richesses entre les partenaires du développement.
Or, loin d?être incompatibles, la stratégie pour relever les défis de la mondialisation et le projet de démocratisation, sont indissociablement liés si la finalité est un processus de développement durable et équitable. L?existence d?une forte bourgeoisie historique, moyennant qu?elle fasse son « long overdue » aggiornamento et « ki li get inpe plis loin ki so but nene » pour s?ouvrir et développer des partenariats avec des forces émergentes, est un atout dans toute stratégie de développement porteur d?avenir.
À travers le dialogue, tous les partenaires du développement devraient arriver à une « shared vision » sur les objectifs et les moyens pour les atteindre. Ce n?est pas avec la posture simpliste, manipulatrice et irresponsable des communautés des « Yaka » (Il n?y a qu?à), des « Fokon » (Faut qu?on) et des « Tirerplan », qui ne se posent pas la question du comment, qu?on construira l?avenir. C?est plutôt sur la communauté des « Kifon » (Ceux qui font) qu?il faut s?appuyer, car eux se posent la question fondamentale du comment parce qu?ils sont tenus par l?obligation de résultats.
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