Publicité

A l?abordage !

9 octobre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

On ne le dira jamais assez. Les personnes trouvées coupables de piratage sont passibles, à la première condamnation, d?une amende ne dépassant pas Rs 300 000 et d?une période d?emprisonnement de deux ans maximum. En cas de récidive, l?amende passe à Rs 500 000 maximum et une période d?emprisonnement pouvant aller jusqu?à huit ans.

Pourtant, le phénomène ? qui a depuis longtemps pris les proportions d?un fléau ? se pratique à toutes les échelles. Du gros bonnet à l?ado qui veut s?offrir une compilation de tubes. ?Eh, pass moi sa CD la mo fer enn kopi mo rann toi.? Un réflexe passé dans le langage courant. Une phrase devenue anodine, banalisant en quelques mots inconscients ce qui fait tourner toute une industrie : la créativité.

Pire, il se chuchote que les pirates se trouveraient au sein des équipages eux-mêmes. Une ?master? copie est si vite dupliquée. Il ressort de témoignages anonymes que des seconds couteaux de certains groupes populaires, impatients de récolter leur dû, n?hésitent pas à faire des copies des ?uvres fraîchement enregistrées. Et de les écouler sur le marché avant la sortie officielle de l?original. Alors qu?ils ont eux-même contribuer à l?élaboration du produit. Rouleau compresseur de l?argument financier au détriment de l?avancement de la capacité d?imagination.

Faut-il être au bord du désespoir pour en arriver là ? Pendant ce temps, les consommateurs s?échangent les ?bonnes? adresses où, pour pas cher, l?on peut saccager des années de travail, voire l??uvre de toute une vie. Sans état d?âme. Sans une seule pensée pour les mois de réflexion, les semaines de discussions pour refaire le monde, les crises d?angoisse devant la page blanche et les séances d?improvisation, tous ingrédients des albums à succès.

Les comptes rendus de saisies eux, sont édifiants. A intervalles réguliers, l?Anti-Piracy Unit interpelle des citoyens chez qui les officiers ont trouvé jusqu?à 3 000 CD vierges, des multi-graveurs pouvant copier jusqu?à 11 CD à la fois, des imprimantes, des scanners, des guillotines et des emballages de CD.

Un fléau qui ronge pas seulement l?univers de la musique mais aussi celui des films. Les DVD piratés ? surtout ceux des long métrages pas encore sortis dans nos salles ? sont prisés des ?amateurs?. Ce qui les arrêtent, ce n?est pas le prix de la marchandise ni sa qualité, mais le fait que de nombreux modèles de lecteurs DVD sont ainsi conçus qu?ils refusent de lire les copies contrefaites.

Serait-ce là la réponse ? Saborder le piratage en passant par l?angle de la technologie ? La démarche semble déjà bien enclenchée. Le temps est venu d?agir autrement. Certes, les artistes ont bougé. Ils ont crié leur colère dans la rue. Ils ont voulu vendre eux-mêmes leurs CD au Jardin de la Compagnie. Ils le font d?ailleurs régulièrement dans le circuit des fancy fair, concerts et autres fêtes publiques. Mais ce n?est pas assez.

Ils ont voulu aller plus loin. Stopper toute création, faire grève. Ne plus produire d?albums pendant deux ans. Mais la solidarité étant ce qu?elle est dans ce milieu, la consigne n?a pas été respectée. ?Nou bizin gagn nou la vi?, étant l?argument qui revenait le plus souvent. ?Gagn la vi?, même si cela veut dire nourrir les pirates. Allez, du nerf. Les artistes sont capables de mieux que cela. N?est-ce pas là l?un des buts de l?art, faire avancer le monde. D?imaginer un univers où les droits d?auteurs ne sont pas quotidiennement bousculés.

Publicité