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L?abbé Philippe Goupille désarme le conflit
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L?abbé Philippe Goupille désarme le conflit
DÈS l?avant-propos du Conflit désarmé, l?abbé Philippe Goupille annonce le contenu : c?est la période de 1963 à 1993 qui l?intéresse, parce qu?il coïncide avec l?épiscopat du Cardinal Jean Margéot, le premier vicaire mauricien de l?Eglise catholique qui sera nommé évêque pour succéder à un spiritain irlandais, c?est-à-dire, le premier fils du sol à devenir chef de l?Eglise catholique à Maurice et qui sera projeté au-devant de la scène par une série d?événements qui soulèveront à chaque fois un conflit entre l?Etat et l?Eglise.
L?objectif principal consiste, à travers ce livre-document, à analyser ces relations conflictuelles qui ont existé entre ces deux protagonistes pendant cette période de trente ans. Ces conflits que l?Eglise catholique va désamorcer, avec l?aide de l?Etat, vont de la loi sur la contraception à l?admission dans les collèges confessionnels, en passant par la prise de position des fidèles sur la question de l?indépendance et l?engagement politique des religieux, entre autres ? autant dire, essentiellement ceux qui, selon l?auteur, menaçaient ?les valeurs humaines?.
Tous ces conflits sont analysés et expliqués à la lumière des lunettes sacrées de l?abbé Philippe Goupille qui, s?appuyant sur des faits précis de l?époque, montre comment l?Eglise intervient pour les désamorcer. Dans cette entreprise, les deux principaux protagonistes ont eu une influence positive l?un sur l?autre. Et c?est en ce sens que ces conflits ont, selon lui, contribué au progrès de l?île Maurice.
Même si on laisse de côté l?aspect religieux de l?ouvrage de l?abbé Philippe Goupille (et toutes les polémiques qu?il peut susciter) qui, comme dans le cas de tant d?autres ouvrages, ne prêtent pas à la déontologie de cette page, pour revoir cette ?uvre dans sa dimension proprement historico-littéraire, puisqu?elle a pour fondement une tranche de l?histoire de Maurice et puisqu?elle est écrite dans un style soutenu, on ne peut s?empêcher de constater la prédominance d?une stratégie littéraire déployée par son auteur pour mener à terme un plaidoyer en faveur d?une institution religieuse.
Comment montrer l?apport positif de l?Eglise dans les affaires de l?Etat ? Telle est certainement l?interrogation maîtresse qui a orienté le parcours de l?auteur, car tout son discours, à bien y voir, se place sous le signe de la disparité qui sépare l?Eglise de l?Etat ? d?où la présence du terme ?conflit? plutôt que celui de ?relation? (même si elle est conflictuelle) dans le titre. A n?en plus douter, la dialectique entre les deux protagonistes ?uvre en faveur de l?un plutôt que de l?autre : l?auteur est membre de l?Eglise et voue une grande admiration au Cardinal Jean Margéot qu?il place au centre de son ?uvre.
Si son entreprise se veut objective, elle n?est pas impossible mais reste toutefois difficile. Déjà, parce qu?elle ne peut s?empêcher de contribuer à l?émergence d?une image toute particulière de l?Etat. Celui-ci est décrit comme une institution qui ?joue un rôle moteur dans le processus du développement?. C?est à lui de ?mobiliser les ressources?, parce que c?est lui qui ?dispose des moyens puissants?. Et s?il a un rôle, l?Eglise, elle, a une mission. C?est à elle qu?il appartient de promouvoir la vie des hommes en faisant des propositions et en ?invitant le pouvoir politique à élaborer un plan de développement économique et social?. Nul doute, l?Etat est présenté comme une institution passive. Une idée sous-jacente, mais non dissimulée, car elle refait surface de manière encore plus éclatante dans la formulation suivante : ?Puisque l?Eglise catholique était à même de proposer une alternative [?.] Le gouvernement put aller de l?avant [?].?
Reste qu?on doit admettre cette part de flexibilité de l?Eglise dans sa démarche pour se rapprocher à la fois du monde et de l?Etat. Quand elle découvre une valeur que lui transmet l?Etat, elle la fait sienne pour mieux la défendre. C?était le cas, lorsqu?il était question d?accepter l?indépendance, et la démocratie comme valeur. Il y avait une résistance de la part de l?Eglise face aux pressions qui émanaient de ses fidèles qui refusaient l?indépendance. Ce combat dans lequel s?était engagée l?Eglise l?avait amené à être en confrontation avec ses propres fidèles.
C?est sans doute là un détail qui vient quelque part contredire et le titre et la dialectique Eglise-Etat sur laquelle est construite l??uvre. Le conflit n?est pas uniquement entre l?Eglise et l?Etat, mais aussi entre elle et ses fidèles. Ce qui veut dire que les relations au sein même de l?Eglise sont souvent conflictuelles. Mais rassurons-nous, l?histoire à l?appui et jusqu?à preuve du contraire, il s?agit de toute évidence d?un autre type de conflit? désarmé.
?Le Conflit désarmé?, de l?Abbé Philippe Goupille, Editions Diocèse de Port-Louis, disponible au Bookcourt, Caudan Waterfront.
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