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La «manne» touristique ombe-t-elle tous azimuts ?
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La «manne» touristique ombe-t-elle tous azimuts ?
L?industrie touristique connaît une croissance régulière, ce qui amène les acteurs du secteur à dire leur certitude d?atteindre les 900 000 visiteurs prévus pour cette année et leur optimisme pour les deux millions pour l?année 2015.
On ne peut nier l?ampleur des retombées sur le développement économique du pays en général et sur les activités commerciales en particulier. Au premier plan des bénéficiaires de cette «manne» touristique, l?on peut penser au transport, à l?hôtellerie, à la restauration, aux agences, aux commerçants.
Mais les affaires d?importance moyenne ou petite ? tels certains restaurants, hôtels, taxis, commerces d?artisanat ? profitent-elles aussi du portefeuille du touriste qui séjourne à Maurice?
«L?artisanat bénéficie de façon excellente des répercussions de la croissance de l?industrie touristique», souligne Vijay Ramgoolam, directeur général de la Small Enterprise and Handicraft Development Authority. «Grâce à l?expertise que nous apportent des spécialistes de la Malaisie et de Madagascar, grâce aussi à la créativité féconde des artisans mauriciens, nous arrivons à élargir la gamme de nos produits. Nous introduisons de nouveaux articles pour le bonheur des touristes qui tiennent à emporter des souvenirs de notre île. L?amélioration remarquable que nous apportons à la qualité de nos articles et l?accroissement de l?effectif touristique expliquent ce bien-être que nous souhaitons durable», explique-t-il.
«A chacun son métier»
Chez les petits et moyens hôtels, chez les restaurateurs de même envergure, les résultats sont très satisfaisants. Patrice Legris, Chief Executive Officer de l?Association des hôteliers et des restaurants de l?île Maurice, explique : «Nous avons pu constater que quand le tourisme va bien, ça va bien pour tout le monde, pour les grands comme pour les petits hôtels et pour tous les opérateurs de ce secteur d?ailleurs. Pour le mois de décembre, où nous attendons 100 000 touristes, les petits et moyens hôtels et les bungalows hébergeront approximativement 47 000, soit 47% des touristes, contre 52 000 pour les grands hôtels.»
Mais chez les chauffeurs de taxi, c?est un autre son de cloche. «Les grands hôtels nous retirent le pain de la bouche», déclare Rafick Bahadoor, président de la Taxi Proprietors? Union. «Ils ont inscrit, dans leurs services, un package deal, qui inclut le service de transport du touriste dans l?île. C?est tout à fait inconcevable. A chacun son métier. Le nôtre consiste à assurer le déplacement du touriste. Le leur est de l?héberger. Ces hôtels empiètent impunément sur nos attributions. Nous ne gagnons rien du boom touristique dont vous parlez, au contraire», dit-il, amer.
«Depuis que les grands hôtels se sont découverts une vocation de transporteur, c?est la catastrophe pour les chauffeurs de taxi. Pourtant, nous payons des impôts et des taxes», renchérit Asras Aly Ramdin, secrétaire général de la General Taxi Owners? Union. «Parfois, nous passons une longue semaine sans le moindre client. Déjà, nous adoptons un système de rotation qui ne nous autorise qu?à une ou deux sorties par semaine, compte tenu de l?effectif des chauffeurs de taxi. Si en plus, nous devons subir la concurrence déloyale des grands hôtels, alors c?est complet», ajoute-t-il.
Les «grands hôtels» n?ont pas commenté ces remarques. Mais certaines sources estiment que l?initiative des hôteliers de transporter eux-mêmes leurs touristes découle de leurs préoccupations à mieux assurer la sécurité de ces clients et, par conséquent, à préserver la bonne image du pays.
S?il est certain que l?incidence touristique sur Maurice est salutaire pour certaines parties, elle ne semble cependant pas profiter à tout le monde. Les chauffeurs de taxi, par exemple, ne nous démentiront pas.
Nico PANOU
● Quel est le nombre de boutiques vendant de l?artisanat qui tombent sous l?autorité de votre structure, la SEHDA. Quels genres d?articles offrent-elles aux touristes ?
En ce moment, la SEHDA a cinq boutiques à son actif : deux à Caudan, une à l?aéroport, une à Chamarel et une à Grand-Baie. Nous avons également une boutique du même genre à l?aéroport de Rodrigues.
Elles offrent des produits textiles, des objets en bois sculptés, de la vannerie, des objets en céramique, etc.. Nous avons la chance que beaucoup de jeunes Mauriciens s?intéressent à l?artisanat de nos jours. Chaque artisan apporte sa particularité, sa personnalité, sa créativité et c?est un phénomène que nous ne pouvons que saluer, car cela nous permet de diversifier notre offre.
Nous insistons beaucoup sur l?amélioration de la qualité des produits. A cet effet, nous avons des formateurs qui interviennent pour dispenser des cours spécifiques, que ce soit en vannerie, en broderie, en sculpture, etc. En outre, nous travaillons beaucoup sur l?emballage de nos produits. Vous n?êtes pas sans savoir que l?emballage est un élément très déterminant dans la qualité du produit. Le meilleur textile ou le meilleur produit céramique n?a aucun attrait si son emballage n?est pas raffiné. En insistant sur ces aspects, parmi d?autres, nous arrivons à offrir aux touristes de très bons articles qui reflètent notre identité mauricienne.
● Certaines critiques estiment que le touriste se voit surtout offrir des objets venant de pays voisins et que des articles locaux sont plutôt difficiles à trouver. Que répondez-vous ?
Je ne dirai pas que nous sommes parfaits. Mais nous faisons beaucoup d?efforts pour offrir aux touristes nos meilleurs articles. Malheureusement, certains touristes n?arrivent pas jusqu?à nos boutiques. Ils passent beaucoup plus de temps dans les hôtels. Je crois que ce sont surtout ceux-là qui ratent l?opportunité de découvrir les vrais objets d?artisanat de Maurice. Nous sommes en pleine négociation avec les opérateurs touristiques, les responsables d?hôtels afin qu?ils veuillent bien nous aider à rendre nos produits plus accessibles aux touristes. Notre situation est assez difficile. Nous réfléchissons à la possibilité de donner des gratifications aux personnes qui amènent des touristes dans nos boutiques. Cela ne se fait pas pour l?heure, il est vrai, comme cela se fait dans le secteur privé étant donné que notre structure est étatique.
● Ne pensez-vous pas créer une section d?objets d?artisanat local dans chacun des grands hôtels les plus visités ?
Oui, ce serait souhaitable. Mais comprenez que nous ne pouvons rien forcer. A moins que ces hôtels nous le permettent, nous n?avons absolument rien à leur imposer. Nous sommes en démocratie. Je voudrais saisir cette occasion pour lancer un appel aux responsables d?hôtels et à toutes les structures pouvant nous aider à faire connaître nos produits aux touristes, à ne pas hésiter, dans l?intérêt même du pays.
Propos recueillis par Nico PANOU
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