Publicité
Manière de voir
L’art de rater l’essentiel | Notre chère bureaucratie prise en flagrant : Délitou… délire?
Par
Partager cet article
Manière de voir
L’art de rater l’essentiel | Notre chère bureaucratie prise en flagrant : Délitou… délire?
Pour ne pas sombrer dans l’immobilisme, notre pays envisage de nouvelles orientations et une réforme de notre Constitution. Prendre par exemple l’initiative d’attirer notre diaspora alors que plus de la moitié des 18 à 35 ans rêverait d’aller voir ailleurs, selon un sondage. Nous venons de cracher sur du cousu main qu’on proposait au pays.
⚫ Conte de fée
Maurice souhaitait un tel miracle. Deux anciens boursiers, par patriotisme, soumettent une proposition irréfutable. Le professeur Patrick Yu Wai-Man et sa sœur, le Dr Cynthia Yu Wai-Man (photos), devenus experts en ophtalmologie en Angleterre, se mettent temporairement à la disposition du pays. Sans réclamer le moindre sou, ils proposent de s’occuper de patients qui souffrent de glaucome. Une maladie chronique de l’œil, qui endommage le nerf optique et qui, sans traitement, entraîne une perte de la vision, voire la cécité.
Bénévolement, ils procéderont à un dépistage suivi par l’adoption de nouvelles techniques médicales. Ils pourront même former le personnel capable de les encadrer. Cynthia apportera dix implants, à £1 000 l’unité, destinés à ces patients. Patrick, son expertise et du matériel. Ce dernier s’intéressera surtout aux complications oculaires dues au diabète en utilisant l’intelligence artificielle. Tout est bien dans le meilleur des mondes. Il ne reste plus qu’à leur donner le feu vert. Fin de la fake news !
⚫ Dé... compte des faits
Patatras ! Malgré les sollicitations de nos deux généreux compatriotes, le projet traîne en longueur. La réponse du ministère de la Santé se fait attendre. Le temps passe et… repasse. Pourtant, tout est clair comme de l’eau de roche.
Le dossier tourne dans les bureaux ; les responsables se renvoient la balle à la manière d’un match de ping-pong ; il voyage dans les couloirs, les signatures tardent... des cas de glaucome, peut-être ? Des fonctionnaires restés fidèles à l’ancien régime bloqueraient le projet ? Qui donc mettrait des bâtons dans les roues ? Le conte de fée se transforme en cauchemar.
Contactée à plusieurs reprises, une ancienne responsable qui connaît cette administration par cœur aura essayé de reprendre son poste pour mettre de l’ordre et aboutir au pilotage du projet. Mais elle a vite déchanté avec un verdict sans appel : «rampant bureaucracy». On ne sait même pas qui doit prendre une décision. Le serpent se mord la queue.
Le Premier ministre, averti de ce blocage inexplicable, pique une colère. Il demande à ceux qui ne veulent pas travailler de prendre leur retraite. Saine réaction, mais qui nous semble insuffisante. Qui était chargé de ce dossier ? Qui sont les vrais responsables de ce cafouillage ou… sabotage ? Personne n’est pointé du doigt et on décide finalement de mettre sur pied une Medical Health Commission pour examiner les réalités de cette gouvernance ni verticale, ni horizontale, ni transversale. D’un simple OK, on passe à un… K.-O. ! Du chaos. Ça dépasse la simple lourdeur administrative quand on connaît l’enjeu. Tout allait être servi sur un plateau. Pe badine ?
⚫ «Ki ena lot kote dilo?»
Comment s’étonner alors du non-retour de certains membres de la diaspora hautement qualifiés dans des domaines où le pays manque de matière grise ? Jadis les parents encourageaient les jeunes partis entamer de hautes études à revenir pour aider la famille, voire le pays, si besoin. De nos jours, le pays a besoin d’ingénieurs de haut niveau pour relever le défi des nouvelles technologies, de climatologues pour affronter le changement climatique, d’experts financiers pour consolider cet important secteur pour l’avenir du pays. Entre autres.
De nos jours, les parents recommandent à leur progéniture après de hautes études de ne surtout pas revenir au pays pour faire carrière. Cause première : l’absence de méritocratie, donc frustration. Dans bien des cas, il faut d’abord s’assurer d’un backing solide. Soutien de politiciens bien placés, membres du même clan, autrement dit, le népotisme exercé à ciel ouvert. Nous en payons le prix. Une baisse généralisée du niveau ?
Si le patriote veut quand même revenir sans backing, soit il compte sur les finances de la famille (aret reve), soit des problèmes financiers l’attendent. Fonder une famille en retardant l’arrivée d’un premier enfant, achat d’un terrain et construction d’une maison en s’endettant jusqu’au cou sur une longue période. Vaudrait peut-être mieux viser moins haut au lieu de s’endetter dès le départ quitte à servir un suppôt qui lui est nettement inférieur. Notre fameuse classe moyenne qui fait tourner l’économie est criblée de dettes vis-à-vis des banques et des assurances. Profiter de la mer ? Ki kote lamer? Dimann Shakeel.
Après s’être échiné à se forger une carte de visite bardée de diplômes, voilà le revenant face à nos tares notoires comme la discrimination. Pur hasard que l’évêque de Port-Louis, Mgr Durhône, lui si diplomate, soit parti en croisade contre cette discrimi… nation viscérale qui nuit à tous les échelons.
Cependant, notre île attire pour son cadre de vie, sa société marquée par une tolérance (sauf quelques têtes brûlées minoritaires) reconnue sur le plan international, son mode de vie hélas en voie de disparition, une démocratie qui tient debout malgré ses imperfections. Comment expliquer alors pourquoi plus de 52 % de nos compatriotes âgés de 18 à 35 ans des deux sexes désireraient quitter le pays selon l’Afrobarometer de StraConsult.
Ce n’est qu’un sondage, mais il reflète un état d’esprit. Notre herbe (pa nou gandia) serait moins verte qu’ailleurs malgré tout ce qui se passe… ailleurs. Drogues, hausse de la criminalité – qui gagne même les plus jeunes –, nos cimetières de détritus ou les meutes de chiens errants ou de rats obèses dans nos marchés pour la carte postale. Ki ena lot kote dilo?
Ne perdons pas de vue nos deux ophtalmologues patriotes. Pourquoi ne pas d’ailleurs dresser une liste régulièrement mise à jour de ceux et celles de la diaspora qui pourraient revenir servir le pays en leur accordant certaines facilités en retour ? Bizin get so kara avan ? Adressons-nous aux... fées qui seraient en fonction.
Ris kales ale do!
Lizie... pwason frir!
Publicité
Publicité
Les plus récents