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La voix du pèlerin

2 juillet 2005, 00:00

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Le chanteur était jeudi au Centre Culturel Indira Gandhi pour la Culture Indienne et a proposé un récital d?une heure, en présence du président de la République de Maurice, Sir Anerood

Jugnauth. L?homme, autant que le musicien, est respecté, admiré, pour son dévouement, sa générosité, sa simplicité, son talent, sa force intérieure. D?une approche facile, naturelle, il arrive un peu avant le concert et salue les spectateurs déjà présents.

A moitié aveugle, il marche lentement, aidé par Shri Mati Devi son épouse depuis près de cinquante ans. Elle l?accompagne depuis près d?un demi-siècle, dans la vie, dans les voyages, dans la musique. « Ma force, notre force », dit-il. Quelques mots prononcés avec essoufflement et avec beaucoup d?émotion dans la voix. «C?est une grande compositrice, danseuse et chanteuse. Elle a 65 ans et moi 85 ans, mais l?âge n?a pas d?importance ».

Qu?est-ce qui est alors important ? «L?énergie, l?amour, le bonheur». Il se dégage de leur couple une image du bonheur et de sérénité, de fusion. Image qui prend d?autant plus d?ampleur sur scène, lorsque leurs voix et leurs instruments se mêlent en harmonie.

Rythmes colorés

Shri Pithukuli Murugadas est assez impressionnant, charismatique, bien qu?apparaissant comme un homme très simple. Avec ses lunettes noires, son bandeau sur la tête, son épaisse barbe blanche, voix grave, agréable et envoûtante, il a une aura particulière.

Il arrive sur scène, vêtu de couleurs lumineuses, ensoleillées. Installé à son harmonium, ses amis musiciens à ses côtés, il trouve soudain le souffle qui lui manquait pour parler quelques minutes auparavant. Sa voix est grave, rauque, puis de plus en plus claire et chaude. Les prières qu?il chante sont très rythmées, très colorées.

L?harmonium accompagne la voix chaude de Shri Pithukuli Murgadas. Sri Mati Devi, fait sonner de petites cymbales proposant une couleur musicale très délicate. Au tabla, le musicien ne dépareille pas non plus. Leur trio s?entend à merveille et s?écoute agréablement.

Le plaisir qu?ils prennent à jouer et à chanter se ressent et leur musique, très joyeuse, pleine d?espérance, tend à faire partager leurs sentiments avec le public. N?attendant pas les applaudissements entre les morceaux, il enchaîne, avec entre chaque prière, un petit sourire, toujours un peu caché. Il a beaucoup à raconter, à partager. Une vie digne d?une légende, d?un héros dévot. Né en 1920 à Coimbatore, dans le Sud de l?Inde, on dit qu?il a été destiné à chanter les louanges du dieu Muruga. Ses parents et grands parents, sont très pieux et lui enseignent les traditions religieuses et les valeurs humaines. « J?ai commencé à chanter vers neuf ans, se souvient-il. Aujourd?hui, à 85 ans, je ressens encore, et à chaque fois, quelque chose d?incroyable, quand je chante ».

Grand voyageur

Très jeune, il pratique le yoga, suit les enseignements d?un grand maître spirituel qui le baptisera Pithukuli. Patriote, il participe à la Marche du Sel, il est emprisonné, il participe à la lutte pour l?accession à l?indépendance de l?Inde. Après cette période, il devient Sanyasi et commence un pèlerinage. Le grand chanteur est aussi un très grand voyageur. Il part là où l?on a besoin de lui.

Un jour, raconte sa biographie, il fait un pèlerinage à pied à travers toute l?Inde, du Sud, jusqu?au Népal. Là, l?apparition d?une divinité lui dit que l?on a besoin de lui dans le Sud. Il est donc parti au Sud, visitant tous les centres spirituels sur sa route.

Après l?indépendance de l?Inde, il s?est dévoué au travail social tout autant qu?à la prière et est devenu le directeur d?un orphelinat à Walajapet, alors qu?il commençait à devenir populaire dans les chants dédiés au dieu Muruga. Le grand voyage se poursuit toujours, puisque le chanteur présente des récitals à travers le monde. Il en est à son deuxième passage à Maurice, son troisième en Afrique du Sud, son troisième à Paris. Il a notamment participé en 1994 à la World Hindou Conference à Durban et a été applaudi par Nelson Mandela. En Inde, il a reçu le Sangeetha Nataka Award, en 1998, le Guru Surajananda Award, en 1999 le Thiagarajar Award, au Tansen festival.

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