Publicité

LA Voix de LA république Populaire

23 juillet 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Entre les lignes du visage buriné du vieil homme, l?actualité a écrit en toutes lettres les maux d?une vie. Assis derrière le petit buffet qui lui sert de comptoir, Ng Kee Siong est comme un roc immuable face aux vents violents des heures de soumission. Soixante ans à construire des premières pages. à refaire la maquette par souci du détail.

Patiemment, les doigts du vieux journaliste ont assemblé les caractères en plomb. Le mandarin compte près de 3 000 caractères. Obstinément, il a traduit des nouvelles entendues sur les ondes de la radio nationale ou reprises de la chaîne CCTV. Vérifie les rumeurs, confirme les nouvelles et répercute la vie de la communauté. Les mariages, les décès, les inaugurations, rien ne lui échappe. L?équipe n?est pas grande pour alimenter les quatre pages de The Mirror, hebdomadaire qui sort tous les jeudis.

«Nou lor soleil couchant»

Et puis, les années ont passé. Les plaques offset ont remplacé la typographie. Entassés pêle-mêle dans le dos de Ng Kee Siong, les morceaux de plomb s?oxydent dans le capharnaüm de son imprimerie. Débordant de montagnes de tiroirs, ils appuient leur poids contre des chutes de papier et des vieux tubes de colle.

Les locaux sont exigus. Les partitions en bois frôlent le haut de la tête. Fondé en 1975, The Mirror, c?est de prime abord une porte étroite à la rue Emmanuel Anquetil à Port-Louis. Quand le passant prend la peine de s?y arrêter, c?est pour tomber nez à nez avec Ng Kee Siong, le vieux journaliste.

Impassible face à l?agitation qui règne dans Chinatown, il est tranquille dans son petit monde où les mots en créole sont rares. Sa langue est restée le hakka, malgré ses 68 années passées à Maurice.

Pour communiquer : Lioung Poon Yow Tse vient à la rescousse. Unique journaliste en activité de The Mirror, c?est lui qui traduit nos questions et les réponses de Ng Kee Siong. De cette conversation à trois, il ressort que Ng Kee Siong est né en 1918 en Chine, qu?il est arrivé à Maurice en 1937 comme commerçant et professeur de mandarin. Dix ans après, il entrait dans la presse.

«J?ai consacré mon temps à faire la promotion des relations entre mon pays natal et mon pays d?adoption», traduit l?indispensable Lioung Poon. Après nous avoir expliqué que l?édition parue jeudi consacre sa une à la visite d?une délégation de la ville de Fo Shan, il confirme que The Mirror soutient la politique de la Chine réunifiée de «manière pacifique avec Taiwan.»

Quand nous évoquons la relève, Ng Kee Siong secoue la tête et pointe vers la presse qui roule dans son dos. Geste qui désigne son fils David. Lioung Poon, lui, n?y va pas par quatre chemins. «Nou lor soleil couchant.» Sans fausse pudeur, il dit : «Ng ena 87 an, moi mo ena 77. Comme dit l?anglais, ?too old to work, too young to die?».

«china times» en rénovation

Pas de fatalisme chez les voisins. Juste en face, de l?autre côté de la rue, China Times est en rénovation. Racheté en mars par Lim Kian Siang, OSK, propriétaire de l?usine Esko, c?est une nouvelle ère qui commence pour le quotidien. Des locaux en bois, il ne reste que deux salles peintes en vert. Les murs sont noircis par le temps, le plancher est sans âge.

Sur l?étagère derrière la réceptionniste, les ?uvres complètes de Kim Il-sung reliées en bleu. «Non, ce n?est pas moi qui m?en sert, j?en ai hérité», dit Lo Kui Soo, directeur de publication. Dans la pièce en bois, cela se voit. On n?a pas bougé les meubles depuis longtemps. China Times existe depuis 1953.

Autant d?années à faire entendre la voix de la République de Chine populaire.

L?édition de mercredi montre en une, une photo du président George Bush avec son homologue chinois Hu Jin Tao. Plus loin, on reconnaît David Beckham, en visite avec le Real Madrid.

La cour du journal grouille de maçons et de peintres. «Dans un mois environ les nouveaux locaux seront prêts.» En attendant, l?un des ouvriers lave à grande eau la vieille presse toute rouillée par l?inaction. Les caractères en plomb sont jetés dans un coin, en «attendant d?être dans le petit musée qu?on va aménager.» Pour que les voix populaires continuent de résonner.

NOUVEAU PORTE-VOIX DE LA CHINE UNIFIEE

«Hua Sheng Bao», littéralement «Voice of China» sera distribué à partir de demain. Quotidien de huit pages en mandarin, il compte aussi une page en anglais et une en français. Journal partisan de la Chine réunifiée, il consacre sa dernière page aux nouvelles locales. «Hua Sheng Bao» construit ses pages en mandarin à partir de son accord avec l?agence de presse chinoise «Xin Hua Net». «Nous reprenons leurs nouvelles, dépendant du degré d?intérêt pour nos lecteurs.» Le doigt sur le titre de la une, Noo Lam Cham Kee, journaliste, décortique la maquette préparée trois jours avant la sortie du premier numéro de «Hua Sheng Bao».

Des inondations dans la province de Guangzhou partagent l?espace avec les récents attentats à Londres. Plus loin, des cas de paris illégaux. Le nouveau journal reprend aussi une information selon laquelle une étude montre que 90 % des plages chinoises sont sans danger pour les baigneurs. Nouvelle positive avant de replonger dans le drame, celui d?une mine de charbon qui s?est effondrée à Xin Ning, toujours dans la province de Guangzhou.

L?équipe est constituée d?une dizaine de personnes, employéesà mi-temps pour la plupart. Parmi : trois journalistes et un photographe, placés sous la direction de Lim Yew Seng, rédacteur en chef. Après plus de vingt ans à exercer chez «China Times», c?est à 60 ans qu?il prend les rênes de «Hua Sheng Bao».

Tirage prévu par les responsablesde cette publication : «400 copies par jour pour commencer qui seront vendues à Rs 7 l?exemplaire.»

Publicité