Publicité
La violence familiale
par Shirin Aumeeruddy-Cziffra
Un parent a tué un jeune enfant et un autre a ébouillanté le sien. Il semblerait que ces actes ont été commis dans un accès de colère ou par jalousie. Dans les deux cas, on apprend que les époux étaient en conflit.
Dans le cadre de notre campagne nationale sur la prévention de la violence contre les enfants, nous devons réfléchir ensemble à ce qui peut amener des parents à commettre l?irréparable. On se sent quelquefois démuni. Il est évident que les autorités ne peuvent protéger 350 000 enfants en se substituant à leurs parents. Tout ce qu?on peut faire, c?est proposer des mesures qui peuvent aider les parents dans leur tâche. Nous avons vu que la Child Development Unit peut aussi retirer un enfant de chez lui en vertu d?un Protection Order et le placer dans un foyer.
Des mécanismes existent, mais ce sont toujours des pis-aller. Il y a une multitude de units décentralisées pour s?occuper des problèmes du couple, de la famille et des enfants. Elles sont débordées et ne peuvent travailler en amont. Elles interviennent le plus souvent quand ça va vraiment mal. Mais il n?y a pas que le gouvernement qui doive agir dans de tels cas. Les amis, les parents et les voisins peuvent intervenir. Par ailleurs la loi impose aux enseignants et aux médecins le devoir de signaler toute violence à l?égard des enfants. Dans l?idéal, il faudrait qu?il y ait des psychologues scolaires, ou au moins des conseillers à qui les enfants peuvent s?adresser, plutôt que de souffrir en silence.
Le ministère a préparé un livret destiné au personnel médical pour le sensibiliser à la détection des signes de violence familiale. Prise en compte à temps, cette violence peut diminuer et la victime peut recevoir de l?aide.
Les mésententes et la violence au sein du foyer ont un impact négatif considérable sur les enfants. Deux adultes s?aiment et font des enfants. On espère toujours que cet amour, même s?il doit nécessairement se transformer au fil des années, ne disparaîtra pas totalement. Mais hélas, on constate que l?autre face de l?amour, c?est souvent la haine. Ce sentiment peut être tellement exacerbé, qu?il peut quelquefois friser la folie.
Nous avons déjà évoqué le fait que dans certains cas, les gens sont ?hors d?eux-mêmes?. Il est en tout cas impossible d?imaginer que des parents puissent décider froidement de blesser ou de tuer leur enfant. Ils agissent sous l?emprise de la haine, de la jalousie ou de la colère. Le moindre stress dû à des causes extérieures peut envenimer une situation déjà tendue. Et si ce couple qui est déjà en crise ne cherche pas de l?aide, la frustration s?accumulera forcément et ça finira mal.
Celles qui défendent la cause des femmes dénoncent la violence conjugale depuis plusieurs décennies. Ce problème, qui faisait partie du domaine privé est maintenant reconnu mondialement comme étant un délit répréhensible. De nombreux pays, y compris Maurice, ont légiféré pour assurer une protection juridique aux victimes, qui sont majoritairement des femmes et souvent les enfants de celles-ci ou des deux époux. Le Protection from Domestic Violence Act voté en 1997 a évolué et elle prévoit qu?un magistrat peut délivrer différents ordres : un Protection Order si un conjoint blesse l?autre conjoint ou son enfant, leur fait du mal ou les menace. La définition est suffisamment large pour couvrir tous les actes d?intimidation ou d?agression. Cet ordre impose à l?époux violent de changer son comportement, faute de quoi il commet un délit pénal passible d?une amende et éventuellement de la prison.
La loi prévoit aussi deux autres ordres qui concernent la résidence des victimes. L?Occcupation Order donne au conjoint victime le droit exclusif d?occuper le logement familial qui appartient au mari, à la femme ou aux deux. Le Tenancy Order a le même effet lorsque les époux sont locataires.
Il est vrai que ces mesures sont souvent indispensables. Mais si elles ne sont pas accompagnées d?un suivi thérapeutique, elles ne protègent pas la ou les victimes contre des actes irréfléchis. La peur de la sanction pénale n?est malheureusement pas toujours présente à l?esprit d?un père ou d?une mère qui ?perd la tête?. Nous l?avons constaté maintes fois quand des époux sont allés jusqu?à tuer. L?homme qui vient de tuer son enfant s?est constitué prisonnier. Il y en a qui se suicident, tellement ils souffrent. Malheureusement, toute thérapie doit être volontaire, sinon on n?en tire aucun bénéfice.
La violence familiale est néfaste pour les enfants. Chacun sait qu?ils ont besoin de grandir dans une atmosphère d?amour. Ils peuvent s?épanouir dans des familles modestes, mais conviviales et sereines. Le respect mutuel est indispensable entre tous les membres de la famille. Chacun doit avoir sa place et jouir de ses droits tout en assumant ses responsabilités. Les décisions doivent se prendre en consultation dans une famille et ne peuvent pas être imposées. Même les enfants doivent être consultés.
Tout cela s?apprend. A l?école certes, qui est le lieu par excellence de l?apprentissage de la vie. La vie associative, par exemple permet aussi de lutter contre l?isolement. S?engager dans un combat favorise aussi un épanouissement personnel tout en se rendant utile. D?ailleurs, s?occuper des autres permet a chacun de relativiser ses propres problèmes. On rencontre alors des personnes qui ont du c?ur et à qui on peut se confier.
Toutes les religions prônent l?amour de son prochain et la compassion. Elles condamnent toutes la violence. Malheureusement, même les enseignements religieux sont quelquefois pervertis par des fanatiques. Mais il ne faut pas baisser les bras et il faut faire appel à tout ce qui peut amener les hommes et les femmes à voir la vie de manière plus sereine et positive.
Il faut donc rechercher d?autres moyens pour cultiver l?empathie, surtout chez les jeunes qui peuvent peut-être éviter de tomber dans les mêmes pièges que les générations précédentes. Il faut inventer, réinventer une autre manière de vivre. Apprenons à contrôler le stress et nos sentiments négatifs, c?est possible. Cherchons les outils pour mieux identifier une crise au sein d?une famille avant qu?elle ne dégénère. Soyons plus à l?écoute des autres et tendons la main à ceux qui ont besoin d?aide et de conseils.
Une société est faite de ce que chacun y apporte. Elle est violente si tout le monde démissionne et si la violence a envahi les foyers. Elle est pacifique si la paix règne dans les maisons et si la vie citoyenne est riche et participative.
Publicité
Publicité
Les plus récents