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La vieille dame Abandonnée
L?odeur âcre du bois brûlé est encore tenace. Le mobilier, les lambris et le plancher calcinés témoignent de la fureur des flammes qui ont ravagé une partie de l?aile gauche de l?hôtel du gouvernement le 16 février. Une épreuve de trop pour ce vieux bâtiment à colonnes qui sombre chaque jour un peu plus dans le délabrement.
Les deux étages sont à l?abandon. C?est le moins que l?on puisse dire. Une grande bâche verte jure avec le toit en bardeaux du deuxième étage, construit en bois. Elle cache le trou béant du toit abîmé par le sinistre. Les escarbilles ont recouvert une grande partie du plancher.
C?est ici qu?étaient remisés d?anciens documents de l?hôtel du gouvernement, c?est aussi à cet en-droit que les travaux de reliage étaient faits. L?ancienne bibliothèque, qui occupe toute la partie faisant face à la mer, tombe aussi en ruine. On se croirait dans un vieux débarras. Le plancher pourri par un manque d?entretien a été débarrassé de sa moquette moisie laissée sur place.
<B>Des tableaux de reines et de rois en décrépitude</B>
On devine dans la pénombre la présence de vieux meubles entassés les uns sur les autres. Le faux plafond gorgé de l?eau utilisée pour circonscrire l?incendie menace de s?effondrer. Cela fait d?ailleurs longtemps que le toit en bardeaux laisse filtrer l?eau de pluie. Des amas de papiers complètent ce décor pour le moins sinistre.
Tous les livres, textes de loi et autres documents de la bibliothèque ont été transférés dans l?ancienne salle qui accueillait auparavant les reporters. Les ouvrages partiellement abîmés par les flammes s?entassent sur un bureau. Le désordre qui y règne est encore une fois indescriptible? Et que dire de la galerie qui court le long du deuxième étage ? On y trouve toutes sortes de détritus, allant des bouteilles en plastique aux bancs sans dossiers.
La situation n?est guère plus reluisante au premier étage en pierre. Le parquet de la galerie et les luminaires sont souillés de fientes de pigeon. En dehors des bureaux rénovés du Chief Whip, qui occupent tout un pan de l?aile droite, les autres pièces sont négligées. Comme l?ancienne salle du Trône où des bals étaient organisés au temps de Mahé de Labourdonnais. Aujourd?hui, elle ressemble à la salle d?attente d?un cabinet médical, avec ses fauteuils en maroquin disposés en rang d?oignons.
Les lustres, très anciens, ont encore de l?allure mais demandent à être astiqués et remis à neuf, comme les lames du parquet. Et que dire de l?état déplorable du mobilier, dont deux consoles et un ensemble de fauteuils en bois sculpté de la Compagnie des Indes ? Le rembourrage des fauteuils est défraîchi et le bois sculpté porte les cicatrices du temps.
Dans le cabinet room, situé à l?aile gauche du premier étage, des tableaux d?illustres rois et reines d?Angleterre tombent en décrépitude. Certains sont abîmés par le temps et d?autres troués par, semble-t-il, une mauvaise manipulation. Une chose est sûre, ces tableaux d?une valeur historique ont bien triste allure. Le lourd lustre à six branches menace de s?effondrer à tout moment car le faux plafond auquel il est fixé est éventré sur plusieurs centimètres.
Le rez-de-chaussée qui abrite la section coopération étrangère du ministère des Affaires étrangères ainsi que les bureaux du Sargeant at Arms sont les seules salles à être passablement bien conservées.
S?il voyait cela, Mahé de Labourdonnais se retournerait dans sa tombe.
<B>Une restauration qui se fait attendre</B>
L?hôtel du gouvernement n?a, à vrai dire, jamais été restauré comme il se doit. « Au fil des années, on a paré au plus urgent en réparant certaines parties, comme un toit qui coule par exemple. Mais le bâtiment n?a jamais été réhabilité », affirme un officiel. Ce dernier assure cependant que la rénovation de l?hôtel du gouvernement est une des priorités de l?État.
Le 25 janvier, un comité comprenant les différents ministères concernés et présidé par le chef du service civil, s?est réuni pour aborder le sujet. Lors d?une deuxième réunion, la décision de lancer un appel d?offres pour retenir les services d?un consultant a été prise. « C?est à la lumière des recommandations du consultant que nous connaîtrons le montant des travaux. »
À quelles fins seront utilisés les locaux rénovés ? Tout semble indiquer que c?est le secrétariat de l?Assemblée législative qui y sera relogé.
<B>270 ans d?histoire vous contemplent</B>
L?hôtel du gouvernement a été construit en 1735 par Mahé de Labourdonnais. Le rez-de-chaussée en pierre était appelé « La loge ». Un étage, également en pierre, avec des galeries longeant les deux ailes fut aussi ajouté. Le second étage, construit en bois en 1807, à la demande du général Decaen, fut achevé trois ans plus tard. Un étage contenant une vaste salle fut aussi construit sur l?aile gauche arrière. Cette salle était utilisée pour les fêtes mais vers 1875, c?est là que se réunissait le Conseil législatif. Depuis, l?hôtel du gouvernement a connu plusieurs transformations, comme l?installation d?un mât nanti d?un paratonnerre en 1841 sur le toit. En 1910 on ajouta, dans la cour d?honneur, un perron en pierres de taille donnant accès au premier étage. Le bâtiment a connu plusieurs utilisations, dont la tenue de plusieurs expositions de 1934 à 1953. De nombreuses commissions d?enquête y ont aussi siégé à partir de 1901. La première pierre du nouveau centre gouvernemental comprenant les bureaux des divers ministères et la salle de l?Assemblée législative fut posée en avril 1965. Il est, jusqu?à ce jour, situé à l?arrière de l?ancien hôtel Mahé de Labourdonnais.
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