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?La vie filtrée?, Chazal expliqué par Chazal?
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?La vie filtrée?, Chazal expliqué par Chazal?
L?INTERVENTION personnelle de Jean-Marie G. Le Clézio auprès d?Antoine Gallimard nous aura valu la réédition du livre La vie filtrée, du peintre, poète et philosophe mauricien, Malcolm de Chazal, aux éditions Gallimard. La dernière datait de 1949. La présentation du livre a eu lieu vendredi dernier à la salle polyvalente du Centre Charles Baudelaire (CCB).
A cette occasion, la salle arborait une exposition de photographies de Malcolm de Chazal, signées Bernard Violet. Elles étaient soulignées d?aphorismes de l?auteur, tel : ?Ne pas s?élever/Ne pas s?abaisser ? rester homme.? Une table ronde devait, à l?initiative d?Issa Asgarally, de La Fondation Malcolm de Chazal, réunir Lilian Berthelot, présidente de la fondation, Issa Asgarally, Christophe Vallée, Hervé Lassémillante et Robert Furlong.
Lilian Berthelot raconte que ce qui l?a bouleversée à la lecture de La vie filtrée, c?était d?apprendre que Chazal avait découvert ?l?expression d?amour de la rose pour l?homme.Depuis, son regard sur les fleurs serait tout d?amour réciproque.
Elaborant sur ?La philosophie dans La vie filtrée?, Christophe Vallée livre son discours avec la limpidité qu?on lui connaît. Faisant ressortir que ?Malcolm de Chazal remet en cause la primauté de l?analogie dans la méthode philosophique.? Il s?efforce de l?atteindre par le biais des correspondances sensibles, seules susceptibles de saisir les perceptions ?au ras de la vie des choses?.
Alors que les philosophes traditionnels partent de l?idée pour aboutir à la sensation, comme Descartes, à l?inverse, Malcolm de Chazal part de la sensation pour aboutir à l?idée.?La connaissance conceptuelle est une illusion, car elle ne repose que sur des hypothèses, c?est-à-dire sur des constructions de l?esprit.?
Le philosophe cite Malcolm de Chazal : ?Nous ne connaissons véritablement rien. Il y a autant de profondeur dans un brin d?herbe que dans un astre, dans une feuille, que dans une planète interstellaire. L?erreur des philosophies a été de développer une conception localisée des sens. Or, la vue, l?ouïe, l?odorat, le goûter, sont des facultés en bloc dans le corps, c?est-à-dire qu?il y a une circulation entre tous ces sens qu?on appelle la vie : seul le langage filtre, en les nommant différemment. Mais c?est un artifice rhétorique. N?oublions pas que dans le mot de sens au sens de signification, il y a d?abord le sens au sens de la sensation.?
Issa Asgarally, linguiste, s?appesantit, lui, sur la stylistique (l?utilisation par un écrivain du lexique et de la syntaxe) et la sémiotique (la construction de l?ensemble d?un texte) pour étayer son discours. S?il précise l?absence de complaisance de son analyse, il se dit agréablement surpris par la connaissance de Malcolm de ces sujets en 1949, date à laquelle La vie filtrée fut éditée. Pour conclure qu?il s?agit d??un texte assez fort et très moderne, alors que beaucoup pensent que Malcolm était un rêveur. Je n?ai pas vu des articles de ce niveau.?
Introspections
Rappelons que Chazal rédigea ce texte, bien malgré lui, par peur de voir toute son ?uvre sombrer dans l?oubli, face à l?incompréhension quasi-générale du public à la sortie de Sens Plastique, et faute d?ouvrage critique à ce sujet. Il s?agit donc là d?une autocritique, l?auteur se faisant son propre exégète.
Au long de la confrontation des connaissances chazaliennes à l?état des connaissances actuelles, Asgarally trouve un lien évident entre ses deux axes choisis. ?Chazal rappelle que la littérature orale ? les mythes, la littérature vivante ? précédait l?écriture?, dit-il. En mentionnant que l?écriture était avant tout dessin, gestuelle, il s?étonne de découvrir que Chazal était parfaitement au courant de la naissance de l?écriture en Mésopotamie?
4 000 ans avant notre ère, et de lire sous sa plume que ?l?écriture est l?expression dernière, la fixation ultime, la forme la plus ralentie de tous nos gestes.? Etonnement encore devant ces mots, ?De l?article défini même je cherche à faire un personnage ? à lui donner visage de ?quelqu?un?( ?). Ainsi les mots-soleils dans ma prose ?lunéfient? les plus infimes terres des syllabes.? Chazal, finit-il par découvrir, ?n?écrit pas au hasard. Il conçoit, et pense à l?effet sur le lecteur.?
Etonnement toujours, quand il cite cette phrase du poète : ?Certains m?ont reproché le ?comique? de mon style et beaucoup se sont étonnés du style affirmatif de mes écrits?? ?Il donne en même temps la réponse?, commente Asgarally, ?L?homme rit de ce qu?il ne comprend pas? Sens Plastique est un ?maquis? d?idées, La vie filtrée, le jus.? ?Il était parfaitement au courant des effets de style de la production et de la réception du public. Et quand il parle de littérature, c?est de sa propre littérature?, ajoute-t-il.
Hervé Lassémillante, fidèle à sa véhémence propose une réflexion pointue, qui pourrait s?avérer hermétique au non-initié. Il introduit sa vision du ?Mysticisme chez Chazal?, par une citation de Sens Plastique : ?L?éclat c?est les hanches de la lumière et les scintillements les seins.? Selon lui, les gestes humains de la lumière, de l?éclat, des scintillements défient l?entendement commun. Il rappelle de façon savante, les différents niveaux de conscience, les introspections essentielles, et la contemplation de l?universel humain en soi, qui menèrent Chazal à l?humanisation, le fil conducteur de son expérience.
Il cite l?auteur : il faut à l?observateur ?ce regard vivant qui resculpte ,remodèle et plasticise le regard créateur en essence?. Il est ?un cerveau intermédiaire où plonge toute vision, sensation et expérience sensorielle extérieure. C?est l?écran où se marient selon lui, les lumières profanes et celle de l?âme (...) C?est la double vue du visionnaire.? Ce cerveau intermédiaire serait le lieu de naissance du sixième sens.
Avec Chazal il faut être prêt à nier la raison pour sentir la sensation qui souligne son oeuvre. Son écriture panthéiste, poursuit Hervé Lassémillante, se voulait être un fouet pour éveiller l?homme de sa torpeur et le remettre dans la vie. Il conclut que La vie filtrée, ce livre d?exégèse, aide le lecteur à cerner l?oeuvre et l?homme que fut Malcolm de Chazal car lui et son art sont inséparables.
Robert Furlong, avec son habituel appétit de la vie, sa verve, son humour, et, surtout, sa simplicité translucide, exprime les vérités les plus graves, les plus profondes, sur un ton presque de plaisanterie. Appréciée aussi, cette succulence du jeu de mots. Ainsi, pour parler de La vie filtrée, il intitule son intervention ?Philtre de Vie?. Rappelons le sens des mots-clés, philtre étant un breuvage, un élixir magique, et filtre, un dispositif pour épurer. Suit un point non négligeable mis en exergue par l?intervenant. ?Avec la présence en librairie de Sens Plastique, Petrusmok, et La vie filtrée, il n?y a plus aucune raison valable pour que Chazal ne figure pas aux programmes de la HSC et des premières années d?université.?
Il se félicite de la réédition de La vie filtrée. Mais ne commente aucune affirmation chazalienne. Sa démarche est rigoureuse mais simple. ?Les commenter c?est les compliquer?, assure-t-il. ?Cette réédition permet de mieux saisir les grands principes de son regard sur la Vie. Principes qui resteront les-mêmes à travers son ?uvre.?
Principes
Il y en a, en somme, presque 75, écrits en deux mois, dans un état de transe. ?Ils expliquent, poursuit Robert Furlong, ?éclairent, donnent une dimension nouvelle aux 2000 fulgurances de Sens Plastique. Ils éclairent également l??uvre ultérieure de Malcolm, Petrusmok, sa vision de l?île façonnée par les géants lémuriens, sa perception de l?Homme et de la Connaissance?? Clin d??il typique de l?intervenant à un des titres de Chazal. Il contamine l?auditeur qui serait venu chercher un apéritif pour mieux pénétrer Chazal. Ainsi, ne manque-t-il pas de souligner sa simplicité du langage, ?clair, limpide, sans ambiguïté ni équivoque. Il n?est de registres obscurs. Il ne joue pas dans les digressions. Il parle avec autant d?aisance de la volupté, du sexe, des espaces interstellaires. Il est le meilleur philosophe parce qu?il est compréhensible.? Robert Furlong encourage l?auditoire à lire La vie filtrée ?comme autant de conseils de Vie.? Et termine sur une évocation-boutade, sinon une invocation, qui a tout son pesant d?or. ?Pour Malcolm, l?homme possède toutes les potentialités. A lui d?aller jusqu?au bout ; parce qu?au bout se trouve Dieu, le Maître absolu. Ne sera-t-on pas amené un jour à dire Saint Malcolm, priez pour nous ??
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