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La vie après Armstrong

26 juillet 2005, 00:00

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Il a fallu attendre un siècle pour que le Tour de France, l?épreuve des surhommes, soit enfin dompté. Lance Armstrong a ainsi étrenné sur les Champs-Elysées, dimanche, le septième maillot jaune de sa magnifique carrière. Mais celui-là, il ne le remettra pas en jeu.

Invincible, le chef de file de la Discovery Channel l?était. Invincible, il le restera toute sa vie. Car Armstrong, au contraire de ceux qui l?ont précédé au panthéon du cyclisme, a choisi de ranger son vélo avant qu?il ne soit trop tard, avant que les jambes ne deviennent trop lourdes, avant que la fatalité ne le rattrape, avant que le Tour ne consomme ses prétentions. Inévitablement.

Comme l?Américain, Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et surtout Miguel Indurain avaient, en leur temps, bâti leur légende par-delà les Alpes et les Pyrénées, sur des cols les uns plus éprouvants que les autres : la Madeleine, le Portet d?Aspet, le Tourmalet, l?Alpe-d?Huez. Mais eux, au contraire d?Armstrong, n?avaient pas anticipé la fin, n?avaient pas senti que leur règne, fatalement, ne pouvait être qu?éphémère. Et puis, un jour, le Tour s?est chargé de leur rappeler l?humilité.

On ne dompte pas le Tour de France. On l?apprivoise un instant. Et puis on finit par craquer, par rentrer dans les rangs. Du moins, c?est comme ça qu?on voyait les choses jusqu?à ce que Lance Armstrong ne devienne l?exception qui confirme la règle en accrochant à son épatant CV un sept sur sept qui ne sera probablement jamais égalé.

Armstrong est fort. Tout le monde le sait, tout le monde l?admet. Mais on a tous du mal à comprendre comment le coureur texan a pu atteindre de tels sommets de manière si miraculeuse, lui le modeste rouleur que l?équipe Motorala avait simplement embauché pour préparer les sprints du défunt Fabio Casartelli, lui qui, il y a huit ans, était rongé par un cancer et qu?on donnait pour mort.

En réalité, et par-delà son talent et son courage, si Armstrong a pu dompter le Tour de France, c?est qu?il a modifié les données du cyclisme en cours de route. Le Tour, c?était sa seule course, sa priorité absolue. Et le métronome, au regard si froid, si cynique, si cruel, se donnait les moyens de préparer son rendez-vous méthodiquement, scientifiquement, en prenant le soin de ne négliger aucun détail et ne pas égarer ses forces sur les routes du Tour d?Italie ou du Tour d?Espagne, à qui il a systématiquement tourné le dos.

Il n?étonne personne que des suspicions de dopage entourent sa brillante carrière. Loin de nous l?idée d?entrer dans un débat qui nous échappe. Ce qui est certain, c?est que Lance Armstrong, comme Anquetil, Mercks, Hinault et Indurain avant lui, n?a remporté aucun de ces Tours à l?eau claire.

Pour le reste, une nouvelle page de l?histoire du cyclisme se tourne. La vie après Lance a commencé. Tant mieux. Car le Tour de France redeviendra à coup sûr une épreuve spectaculaire, humaine?

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