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La vie amputée d?Ameena

5 novembre 2006, 00:00

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Ameena Mohungoo, 48 ans, ne se promène plus dans le jardin avec ses petits-enfants à Bel-Air-Rivière-Sèche. Elle, dont la vie était réglée comme du papier à musique, reste désormais cloîtrée dans sa chambre à longueur de journée. La pauvre a perdu le goût de vivre depuis qu?elle a été amputée des deux jambes, le 30 août, à l?hôpital de Flacq.

Son époux, Saherab, employé comme laboureur sur la propriété sucrière de FUEL, ne comprend toujours pas ce qui s?est passé. D?ailleurs, il n?est pas prêt à avoir des réponses à ses questions.

« Je ne souhaite pas faire de commentaires à ce sujet », lâche, quant à lui, le directeur de l?hôpital, le Dr Bissoondoyal qui indique toutefois qu?un rapport a été soumis au ministère de la Santé à la suite des plaintes consignées par l?époux d?Ameena. La Santé ne veut pas non plus s?exprimer sur cette affaire, estimant qu?il faut attendre le rapport de l?enquête qu?elle a initiée afin de situer les responsabilités.

Si cette histoire s?apparente à un sac de n?uds, Saherab, inlassable, raconte dans quelles circonstances son épouse est devenue infirme. Par ses mouvements saccadés, le ton de sa voix, on se rend compte que l?homme est dévasté par la tragédie qui a frappé sa femme de plein fouet.

« Se enn krim ki zot inn fer », lâche-t-il avec virulence. Il en a après l?hôpital, les médecins qui, dit-il, auraient commis une erreur de diagnostic. Il déplore le manque de communication de l?établissement hospitalier et s?indigne de la façon cavalière dont il allègue avoir été traité. « Sak foi mo al dimann renseignman zot finn reponn mwa brit. »

Comment une femme qui, à l?origine, souffrait de diarrhée et de vomissements, a-t-elle été amputée des jambes après un traitement d?un mois à l?hôpital ? Mis à part ce récent problème de santé, Ameena affirme qu?elle ne souffrait d?aucune autre maladie non transmissible.

Et les analyses sanguines effectuées par un laboratoire privé à sa sortie de l?hôpital ont confirmé qu?elle n?est pas diabétique, souligne son mari.

Mais ce n?est pas l?avis d?un médecin qui la suit à l?hôpital depuis son admission le 6 août. Le taux de sucre dans son sang avait atteint un pic très élevé, lui avait-t-on expliqué le lendemain. « Mo finn dimann dokter eksplikasion, li finn réponnn moi enn maner fichan, ki enn dimounn kapav gaignn diabet enn kout koumsa. » Trois injections d?un médicament dont Saherab ne connaît pas le nom sont alors faites à Ameena à intervalle de trois jours.

<B>Des membres inférieurs atteints de gangrène</B>

« Cela l?a rendue comme folle. Ses jambes, des genoux à la plante des pieds, étaient devenues rouges », allègue son époux. Un jour, à l?heure des visites, Saherab la découvre en proie à une grande agitation. Sa femme est quasiment hystérique, arrachant ses vêtements et courant dans tous les sens. Les infirmiers décident alors de l?attacher à son lit.

Saherab ne sait plus à quel saint se vouer. Il fait le pied de grue tôt le lendemain matin pour tenter d?avoir une explication du médecin traitant. Ce dernier lui dresse une liste de maladies dont souffrirait son épouse : diabète, maladie cardiaque, urée et bien d?autres. « Kifer alor mo madam pa finn gaign oken medikaman pou trett sa bann maladi la kan li finn kit lopital ? Mo ti anvi tir li la me zot finn anpess moi. »

Sonné par ces révélations, Saherab rentre chez lui plus perturbé que jamais. Mais le pire reste à venir. L?hôpital l?appelle un beau matin et lui demande de venir immédiatement. Comble de l?horreur, les membres inférieurs d?Ameena ont été atteints de gangrène et? il faut les amputer s?il veut qu?elle vive ! « So lipie ti vinn noir kouma sarbon? » Éprouvé, Saherab prendra une semaine pour se décider à donner le feu vert aux médecins. Ameena sera opérée le 30 octobre. Un mois plus tard, il la ramène à la maison contre l?avis médical. « Elle n?en pouvait plus », dit-il.

Faute d?ambulance, c?est en taxi qu?ils rentrent chez eux. Le drame c?est qu?aucun suivi médical ne lui a été prescrit et le fauteuil roulant promis par l?hôpital se fait toujours attendre, allègue Saherab. Il se fait rabrouer une énième fois quand il va aux nouvelles. « Kifer zot inn donn li randevou pou so latet alor ki so lipie zot pa pe pran kont. En atandan, lipie la pe deforme kot inn koupe. Kouma eski li pou ressi mett enn protez enn zour ? »

Le couple fêtera un bien triste anniversaire de mariage en décembre. Cela fera en effet 31 ans qu?ils se sont unis, pour le meilleur et pour le pire?

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