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La victoire des fonctionnaires

4 septembre 2004, 20:00

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«Pas de reculade? mais nous avons fait d?énormes concessions. » Plus langue de bois que ça tu meurs. C?est pourtant la thèse avancée vendredi après-midi par le Premier ministre pour résumer l?accord intervenu à la suite d?un intense bras de fer avec les syndicats concernés par la création de la Mauritius Revenue Authority (MRA).

Paul Bérenger s?est gardé de l?avouer mais, ce qui saute aux yeux, c?est que le gouvernement a préféré céder plutôt que d?avoir à affronter la grogne des fonctionnaires à l?approche des élections générales. Car un entêtement de sa part risquait d?avoir d?énormes conséquences, d?autant que les remous suscités par son projet de réforme de la pension de vieillesse continuent à faire les délices de l?opposition.

Il suffisait, vendredi, de voir la mine déconfite de certains ministres, notamment ceux du Mouvement socialiste militant (MSM), pour comprendre combien la pilule a été dure à avaler. Cela se comprend, puisque ce coup de force réalisé par la classe syndicale est également perçu comme un pli au blason du vice-Premier ministre et ministre des Finances, qui s?était pourtant taillé une image d?homme de dialogue lors des consultations pré-budgétaires.

Il convient aussi de rappeler que, le samedi 28 août, Pravind Jugnauth paraissait intransigeant sur la question. En effet, lors d?un point de presse entre une réunion de son bureau politique et celle de son comité central, le leader du MSM a affirmé que « gouvernement ine fer tou sé ki nou kapav et nou bien déterminé pou alle de lavan ».

C?était cependant compter sans la détermination des syndicalistes et l?astuce du leader de l?opposition. En effet, tout bascule dans la soirée de lundi. Une veillée aux flambeaux organisée par les syndicats devant l?immeuble Emmanuel Anquetil réunit des centaines de fonctionnaires. Forts de ce résultat, les syndicalistes lançent le lendemain un ordre de grève dans les départements concernés. L?action fut particulièrement suivie au port et à l?aéroport.

Maître du jeu

Face à cette grogne, Navin Ramgoolam comprit bien vite qu?il avait intérêt à caresser les fonctionnaires dans le sens du poil, sans pour autant mettre le pays en péril. Aussi, mardi, au moment où Pravind Jugnauth se lève pour présenter le MRA Bill en deuxième lecture, le leader de l?opposition se signale. Il prend pour prétexte les différents amendements au texte initial qui venaient d?être circulés et réclame un ajournement des débats sur ce projet de loi.

En fin renard, le Premier ministre sent que la démarche de l?opposition risque de lui coûter cher. Il fait alors d?une pierre deux coups. Pour couper l?herbe sous les pieds de Navin Ramgoolam, il accède à sa requête de renvoi. Ensuite, pour atténuer l?ardeur des syndicalistes, il accepte de leur accorder rendez-vous.

C?est en maître du jeu, qu?il se présente mercredi à la table de négociations. Il présidera ainsi quatre réunions en trois jours. Le chef du gouvernement commence d?abord par sermonner les syndicalistes pour avoir donné l?ordre de grève qui a perturbé, la veille, les opérations au port et à l?aéroport. Il jettera toutefois du lest au fil des négociations.

Vendredi après-midi, c?est un Paul Bérenger sifflotant qui se pointe à l?Assemblée nationale. Il sait alors que la bombe a été désamorcée.

Chez les syndicats, c?est la satisfaction. « Je pense que nous nous acheminons vers un accord », confiait Toolsiraj Benydin quelques heures plus tôt. A son arrivée au bureau du Premier ministre pour la réunion finale, son collègue, Radakrishna Sadien, président de la Government Servants? Association, abonde dans le même sens. « Mo kroir nou pou al korek. »

Aussi, même si le chef du gouvernement a horreur de parler de reculade, il est évident que la classe syndicale à réussi, en une dizaine de jours de mobilisation, à faire reculer le gouvernement. Elle est ainsi parvenue à soustraire 90 % des fonctionnaires actuellement employés par les cinq départements concernés de tout exercice de sélection, au cas où ils désirent intégrer la MRA.

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