Publicité

La vengeance : Oeil pour ?il, dent pour dent

9 avril 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il fait nuit noire. Roches-Brunes est plongée dans l?obscurité. Soudain, un homme grimpe sur un toit d?une maison en tôle, entre par une fenêtre, et pénètre au premier étage. Il frappe à une porte. Ramesh Ramiah, 63 ans, le maître des lieux, lui ouvre. Ramesh entrevoit un visage, croise un regard, celui de Linley Louis.

Pas le temps de réagir, Ramesh reçoit plusieurs coups de sabre. Ses doigts sont sectionnés, son visage, ses yeux et sa mâchoire sont lacérés? Il ne s?agit pas là d?un thriller hollywoodien sanglant, mais d?une vengeance, perpétrée le 28 mars dernier. Aux yeux de l?agresseur, sa victime est à l?origine de l?arrestation de sa petite amie pour racolage le soir même.

Récemment une autre affaire liée à la vengeance a bouleversé le pays ? The show. Dans sa déposition, la jeune protagoniste a indiqué qu?elle s?est prêtée aux ébats filmés pour se venger d?un garçon qui l?avait quittée.

En novembre 2005, c?était au tour de Benjamin Veerasamy d?agir par vengeance en assassinant Vinayagum Moothoosawmy, qui sortait avec son ex-petite amie.

Derrière ces faits divers, se cache une sombre vengeance. Mais ce sentiment est aussi palpable dans notre vie quotidienne. Qui n?a jamais voulu rendre la monnaie de sa pièce à celui qui lui a causé du tort ? Nous sommes tous aiguillés par le désir de vengeance.

Elle est également omniprésente dans les civilisations. « Dans certains pays, comme la Corse, par exemple, il y a la coutume de la vendetta, et dans certains pays, ce sentiment semble même institutionnalisé », affirme un historien. Dans certaines tribus, il était coutume de venger la mort d?un proche assassiné.

Se rabaisser au rang de bourreau

La loi du talion étaye aussi cet aspect de vengeance. Par exemple, dans l?Ancien Testament, le besoin de se faire justice soi-même est récurrent, avec la fameuse citation « ?il pour ?il, dent pour dent » ou encore « la vengeance m?appartient ». La justice elle-même est une claire illustration de la vengeance car elle inflige un châtiment à celui qui a commis un acte répréhensible !

Comment se définit la vengeance ? « C?est une tendance réactionnelle, un désir instinctif, impulsif et primitif, en riposte à une blessure provoquée par un acte ou une parole », déclare Emma Saddul, qui est conseillère en psychologie.

Un autre psychologue indique que la vengeance est un besoin de se dédommager moralement en châtiant l?autre : « Il y a d?abord une oppression, qui est lourdement ressentie et qui causera des dommages moraux. La conscience ne retrouvera la paix qu?après avoir retourné au moins ce qu?on a subi, voire même plus, à son oppresseur. »

De quoi découle ce sentiment ? « Ce comportement est généré par la complexité de ce qu?est une personne, de la façon dont elle a vécu son enfance, du type de relation d?amour et de dignité qu?elle a connue. Trois facteurs sont déterminants pour comprendre la vengeance : le type d?ego de l?individu, sa personnalité et sa moralité », indique notre interlocuteur. La psychanalyse attribue ce comportement à une personnalité narcissique, donc plus encline à agir par impulsion. « La notion de vengeance résulte d?une provocation où le sujet est amené à une situation de colère et subit une perte de contrôle », indique Rima Ramsaran, experte en criminologie. L?acte de vengeance se perpétue d?ailleurs dans l?inconscient, où ce désir inassouvi a une implication sur le Moi. Indirectement, le vengeur s?inflige une souffrance en essayant de faire souffrir l?autre.

Dans la majorité des cas, la vengeance se traduit par un foisonnement de rêveries et de fantasmes cruels. Ce faisant, les individus cherchent à en tirer un soulagement, une sensation de délivrance, voire de rédemption, pour ressentir sans doute « l?enivrante jouissance de la vengeance satisfaite », comme le disait Balzac. Mais ce sentiment entraîne souvent le mal. Peut-il alors avoir un impact positif ?

« Si l?individu se cantonne aux fantasmes sans passer à l?acte, cela l?aide à se libérer, ce qui peut être quelque chose de positif. Mais en général, la personne doit évacuer ce désir de revanche à travers le mal, et c?est alors que la vengeance devient négative », explique Emma Saddul.

Pour un psychologue, la vengeance a toujours une connotation négative : « C?est une façon de se faire justice soi-même et une négation de se soumettre à la justice civile. C?est aussi retourner le mal que l?on a subi, ce qui implique de faire aussi mal que celui qui vous a blessé. Il s?agit d?un sentiment humain qui peut tout aussi bien être normal ou sombrer dans la pathologie. On se dit qu?on aimerait châtier l?offenseur, simplement pour se consoler et se reprendre, oublier ou pardonner. Mais en fait, on ne le fera jamais. La vengeance devient pathologique quand on ne peut jamais accepter ou pardonner une offense et qu?on cherche à tout prix à se faire justice soi-même. » Ce phénomène est d?ailleurs reflété par le proverbe chinois ? « si la haine répond à la haine, quand finira la haine ? ». Et puis, vouloir faire du mal, cela revient à se mettre au niveau d?une personne à qui l?on n?a pas envie de ressembler, de se rabaisser au rang de bourreau !

Une maladie mentale grave

Y a-t-il des limites à la vengeance ? Aucune a priori. Les psychologues expliquent que la vengeance pathologique peut même dégénérer en maladie mentale grave. Dès lors, une personne qui a subi l?oppression aux moments importants de sa vie orientera sa vengeance vers les innocents qui se trouvent sur son chemin.

La soif de vengeance se concrétise dans certains cas par de simples menaces, du harcèlement ou d?autres actes plus graves et impulsifs, et dans d?autres, part des actions qui découlent de plans longuement échafaudés et mûris. Celui qui a élaboré la maxime « la vengeance est un plat qui se mange froid » en sait certainement quelque chose ! Pourquoi ? Parce qu?il existe des circonstances qui poussent à geler la vengeance pour des raisons extérieures, par exemple, si le vengeur est en position d?infériorité face à sa victime sur le moment.

Conduire un individu à sa ruine

Mais tôt ou tard, il se peut qu?il ne puisse plus résister et veuille étancher cette soif. Et dans ce cas, beau-coup en arrivent à commettre des actes de barbarie, mutilant leurs victimes pour assouvir leur colère. « La vengeance rend aveugle, on perd la raison, la logique d?intelligence, de la moralité et de l?humanité. Elle est aussi liée à différents états mentaux tels que la dépression, l?insensibilité humaine, la haine, la colère, l?agressivité qui se combinent pour faire apparaître des comportements irrationnels, une démarche et une dynamique stupéfiantes. Cela va initier une énergie destructrice chez la personne qui se venge, l?entraînant dans un engrenage où tout acte devient possible et légitime, et ce, en absence de tout raisonnement logique, social ou moral. »

Mais la vengeance entraîne inéluctablement un châtiment pour celui qui l?a commise. Cela peut conduire un individu à sa ruine. Il convient donc d?y réfléchir à deux fois avant de se laisser aveugler par ce sentiment. Et lorsque tout projet de vengeance s?ébauche, il vaut mieux le laisser passer au lieu de le cultiver et de faire monter les enchères.

COMMENT SE CONTROLER

Y a-t-il un moyen de gérer la vengeance ? Cela n?est pas une mission impossible. Bien que l?on sache que ce désir est tout à fait naturel, on peut le contrôler. Tout va dépendre du niveau de tolérance de chacun. Selon un psychologue, la qualité de l?éducation est indispensable, surtout pendant l?enfance et l?adolescence, et doit valoriser les comportements adéquats. Un bon encadrement social est aussi un facteur déterminant car si l?individu peut se confier à son entourage, il peut réussir à évacuer ce désir négatif sans se laisser aller à de mauvais penchants. La thérapie peut aussi être une solution. « Il faut que la société donne l?opportunité de s?engager dans des activités comme le sport, la thérapie du rire, etc. pour évacuer ce type de sentiment », conclut Rima Ramsaran.

QUAND VENGEANCE FAIT SON CINEMA

Un homme ou une femme qui a perdu un être cher ou a subi maintes souffrances. Et aujourd?hui, il (elle) est revenu(e) pour régler ses comptes. Voilà un scénario que l?on voit souvent au cinéma. Au temps des bons vieux westerns et autres drames psychologiques, la vengeance a inspiré bon nombre de réalisateurs. Un des premiers films date de 1958 ? Vengeance (La vendetta) avec Carmen Sevilla, suivi de La vengeance aux deux visages, excellent western avec Marlon Brando en 1961. Dans le cinéma français, dans les années 80 et 90, Coluche a crevé l?écran dans La vengeance du serpent à plumes, alors que Marie-Anne Chazel avait le rôle principal dans La vengeance d?une blonde.

Et dans les années 2000, le film illustrant par excellence la vengeance n?est autre que l??uvre de Quentin Tarantino ? Kill Bill vol 1 et 2. L??uvre de Shakespeare ? Hamlet ? adaptée au cinéma, est un autre exemple, de même que La revanche des Sith. En 2002, Lady vengeance est le troisième volet d?une trilogie lancée par Park Chan-Wook et achevée en 2005.

Publicité