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La télé-réalité : la phobie islamiste
Après l?adaptation de « Star Academy » par la chaîne libanaise LBC, des programmes concurrents ont rapidement suivi. Mais « Al-Raïs » le « Loft Story » bahreïnien, a été arrêté au bout d?une semaine.
Les manifestants ont obtenu gain de cause. D?un genre inédit, leur défilé avait parcouru les rues d?Al Manama, la capitale de Bahreïn. Des centaines d?hommes, la plupart barbus, et quelques dizaines de femmes en hidjab, le voile islamique, exigeaient l?arrêt d?une émission de télévision, « Al-Raïs », le « Loft Story » arabe, adaptée et diffusée par la chaîne de télévision satellitaire MBC.
Aux autorités de leur pays, les manifestants ne demandaient rien de moins que le renvoi immédiat des douze candidats arabes de l?émission, qui séjournaient dans une villa d?Amwaj, une petite île du royaume. Le gagnant de l?émission devait remporter 100 000 dollars.
Des filles et des garçons célibataires cohabitant sous un même toit ? Les islamistes et les conservateurs ne pouvaient le tolérer, même si toutes les précautions avaient été prises par les producteurs. Les candidats parlaient de tout, de religion et de politique, sauf de sexe.
<B>Une manne financière inespérée</B>
De grands imams et des parlementaires islamistes ont pris la tête du mouvement de protestation. Une semaine après son lancement, MBC a décidé d?arrêter le programme. « Nous ne serons jamais la cause d?une discorde interarabe », a expliqué le porte-parole de MBC, en précisant que les deux chaînes du groupe respectent « les valeurs et les constantes de la famille arabe musulmane ».
Dès l?annonce de l?arrêt de l?émission, les forums de discussions sur Internet consacrés aux émissions de télé-réalité sur les chaînes arabes sont pris d?assaut. Des internautes affichent leur satisfaction : « Nous avons gagné une bataille, mais pas la guerre contre l?invasion des programmes de débauche occidentaux. Il reste d?autres programmes à interdire », souligne Abou Salah. Abdelkrim, d?Arabie saoudite, propose aux responsables saoudiens des satellites arabes d?interdire de diffusion les chaînes arabes LBC, ART et MBC jusqu?à l?arrêt de leurs programmes de télé-réalité.
Ces violentes réactions témoignent, d?abord, de l?extraordinaire popularité des programmes de télé-réalité, arrivés en force cette année sur les chaînes satellitaires arabes. Première à se lancer, la chaîne libanaise LBC a réussi son adaptation panarabe de « Star Academy ». Aujourd?hui, de Tanger à Médine, tout le monde connaît les participants du programme. Cynthia, Khalawi, Sofia, Bashar, Bruno et Mohamed Attya font désormais les couvertures des magazines pour jeunes. Selon le quotidien Al-Hayat, la télé-réalité est une manne financière inespérée pour les chaînes arabes. à l?occasion de « Star Academy », LBC aurait enregistré près de 70 millions d?appels (surtaxés) provenant des 22 pays arabes.
Le succès phénoménal de la chaîne libanaise a poussé ses concurrentes à adapter tous les formats de la télé-réalité. ART, groupe saoudien de chaînes thématiques, a décidé de lancer « Ala Hawa Sawa », un canal consacré à la vie d?un « harem de jeunes filles à la recherche d?un mari ». Le principe est de filmer, 24 heures sur 24, des candidates au mariage venant de différents pays arabes. MBC, elle, avait proposé « Al-Raïs ».
L?arrivée de la télé-réalité dans les foyers arabes, avec ses émissions certes contrôlées, permet de mieux voir une part de la réalité arabe. « La télé-réalité pourrait réaliser ce que les dirigeants arabes ont unanimement raté : une union arabe, où les citoyens apprennent à se connaître », faisait remarquer Hayder, une égyptienne, déçue après l?arrêt de son programme favori.
<B>2 004 Le Monde ? Tewfik Hakem</B> Distribué par The New York Times Syndicate
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