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La surpopulation mine la prison de Beau-Bassin

11 octobre 2003, 20:00

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On peut être certain d?une chose. La surpopulation rend les conditions de vie en détention très difficiles. Si les prisonniers doivent se battre pour préserver leur dignité et leur intimité, les gardiens sont quant à eux dépassés par le nombre de détenus. « C?est la racine du problème. En trente ans, la population carcérale a triplé à la prison de Beau-Bassin. De nouvelles ailes ont bien été construites, mais cela n?a pas résolu le problème. Il faut que les autorités décident une bonne fois pour toutes de décentraliser la prison ou de dégraisser la population qui s?y trouve », déclare un gardien de prison à la retraite.

Bien qu?il ait pris ses distances du monde carcéral, les événements qui se sont produits à la prison de Beau-Bassin le touchent au plus haut point. « Nous sommes assis sur un baril de poudre prêt à exploser à la moindre étincelle. Pendant longtemps, nous avons fait notre travail du mieux possible. Aujourd?hui, lorsque ce problème surgit, on nous vilipende. »

Sur le plan purement matériel, la surpopulation carcérale est à l?origine d?un nombre considérable de dysfonctionnements. Par exemple, les déplacements collectifs exigent plus de temps, le nombre de places dans les ateliers de travail est insuffisant et les espaces communs sont rapidement débordés. La surpopulation se traduit également par la présence de trois détenus en moyenne par cellule. La vie en commun dans des espaces aussi exigus devient parfois insupportable. Tout peut en effet devenir sujet de conflit dans ces vases clos : l?usage du tabac, les ronflements ou un bruit agaçant suffisent à provoquer des heurts. La vie en prison est une succession de tensions et la promiscuité peut donner lieu à tous les types d?abus. « Le problème des viols est bien présent. Mais les victimes, par crainte de représailles, ne portent presque jamais plainte. »

De plus, ceux qui sont condamnés à de courtes peines sont incarcérés avec des « vieux » avec lesquels ils apprennent les « ficelles du métier ». Ces derniers exercent une mauvaise influence. Ainsi, le taux de récidive des personnes incarcérées devient considérable. « La prison rate totalement son but, celui de la réinsertion. Saque coup ou trouve même figir. »

La surpopulation empêche aussi le personnel de surveillance de remplir correctement son rôle. La proportion, selon notre interlocuteur, est d?un surveillant pour 150 hommes. « Les gardiens travaillent dans des conditions extrêmement pénibles et le taux d?absentéisme élevé traduit un profond malaise. » Ils ont le sentiment qu?on les a oubliés, eux qui se débrouillent pour que la vie carcérale se passe le mieux possible. Mais leur rôle est réduit à gérer les rixes entre prisonniers, le racket, ou encore les agressions contre leurs collègues. Le trafic de drogue et sa consommation viennent augmenter les difficultés. Et maintenant, avec les détenus atteints par le sida, la psychose d?être contaminé est omniprésente. « Nous népli capave faire nous travail couma bisin. Par exemple, observe banne prisonniers ek surveille zot. Aster ou bisin gagne peur pou ou la vie », affirme-t-il.

Il déplore aussi le manque de leadership de l?administration pénitentiaire. « Il y a une démission de l?administration pénitentiaire face à sa mission d?observation. Certains qui en ont fait partie n?ont jamais travaillé dans les prisons. Résultat, il n?y a pas de communication, pas de direction. On ne sait plus ce qui se passe, on ne fait que gérer le flux. »

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