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La seconde naissance d?un ex-condamné à vie
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La seconde naissance d?un ex-condamné à vie
«Kouma dir mo finn gaign enn nouvo nesans. » Le désespoir qui minait Dwarkanathsing Jeetun, il y a un mois, a laissé place à une joie indescriptible. « Lorsqu?on m?a libéré, j?étais si ému que je n?ai pas pu prononcer un mot. Je remercie mon avocat, Me Gavin Glover, du fond du c?ur. »
Condamné à la prison à vie pour meurtre en 1986, Jeetun était censé retrouver les siens le 13 février dernier. Mais le Senior Puisne Judge Bernard Sik Yuen et le juge Asraf Caunhye y avaient objecté, estimant que, selon une interprétation de la loi, il ne pouvait pas y avoir de libération pour un condamné à vie. Mais un revirement de situation survient le 15 mars, lorsque le Full bench de la Cour suprême prononce sa libération immédiate.
Jeetun avoue se sentir « inpe abriti » depuis qu?il a recouvré la liberté. « Azordi, (NdlR : vendredi) mo finn sey monte enn moto après sipa komie banane. Mo finn tombe », dit-il en riant. Ses égratignures à la jambe et aux coudes ne sont rien, comparées à l?enfer de la prison. D?ailleurs, il a couché ses souvenirs dans un manuscrit intitulé La réalité de la prison en 23 ans, qu?il aimerait publier. Il y raconte ce monde de perdition qui le poursuit jusque dans ses cauchemars.
« Je pense que j?ai payé ma dette à la société »
Il aura vécu les derniers événements ? la découverte du cadavre du détenu Jean-Pierre Ismaël à la prison de Beau-Bassin ? comme un autre exemple de l?enfer carcéral. Comme tous les prisonniers, il a sa petite idée sur ce qui s?est produit entre les quatre murs du pénitencier.
Quels sont ses projets ? Pas de quoi débuter une nouvelle vie avec les Rs 800 qui lui ont été remises comme Discharge Prisoners Aid. Mais il compte bien vivre de sa grande passion qu?est la sculpture sur bois. « J?ai envie de montrer au monde ce talent que j?ai acquis il y a 19 ans. » Et il ne se fait pas prier pour énumérer ses réalisations : les armoiries des bureaux de l?Icac et le Lecture Desk du Premier ministre à l?Assemblée nationale.
Il n?a pas peur des préjugés. « Je pense que j?ai payé ma dette à la société. Les gens peuvent dire ce qu?ils veulent. Mais jusqu?à présent, personne ne m?a traité de criminel. » Dans la rue à Lallmatie, où il a retrouvé les siens, on l?arrête pour lui faire un brin de causette. On lui demande comment il a fait pour tenir aussi longtemps, sans sombrer dans la folie. Et il répond : « C?est grâce à lafors bondie, lamour mo fami et led mo avoka Gavin Glover ki mo ankor an vi. »
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