Publicité

La science s?invite dans vos tubes de crème

10 juillet 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Quelles que soient vos origines, votre activité, gagnez rapidement jusqu?à Rs 2 000 en testant des produits cosmétiques de marque ! » cette annonce a dû en intriguer plus d?un. Si certains ont vu là une occasion de se faire un peu d?argent sans faire beaucoup d?efforts, d?autres se demandent s?il ne s?agit pas de recruter des cobayes. À d?autres niveaux on s?interroge même sur l?existence de la législation à Maurice sur ce sujet et on a peur d?avoir affaire à des charlatans. Qu?en est-il exactement ?

Jean-Louis Roule, directeur du Centre international de développement clinique (CIDC), lance un appel aux volontaires, et rassure : « Nous sommes une société biotechnologique et nous travaillons pour le compte de l?industrie pharmaceutique et cosmétique. » En d?autres mots, ce centre est chargé d?effectuer des tests cosmétiques sur des volontaires. Il s?agit d?examens d?efficacité, de stabilité, de photo toxicité (tolérance au soleil). Le CIDC fait ensuite part de ses observations à ses clients, des fabricants de produits de beauté.

Eh oui, on est bien loin de l?époque où l?on s?enduisait les cheveux de jaune d??uf en guise de shampooing, où l?on s?aspergeait le visage d?urine (beuh !) pour combattre l?acné. Aujourd?hui la science met son nez dans la cosmétologie. Les créateurs de produits de beauté investissent dans des laboratoires sophistiqués pour fabriquer ces produits, et dans des tests épidermiques et sensoriels. Ces examens sont la condition sine qua non pour s?assurer de la fiabilité d?un produit et pour faire son marketing.

Il faut en effet passer par là pour pouvoir préciser sur une notice : « le déodorant anti-transpirant vous assure 24 heures d?efficacité », ou « le masque estompe des taches brunes » ou encore « le shampooing agit dès la troisième application ».

Un comité d?éthique

Tout ça est bien beau mais la question qui fait tilt demeure : est-ce que ces tests effectués sur des volontaires ne comprennent pas de risques pour ces derniers ? Peut-on peut se permettre de s?abîmer la peau, simplement pour avoir essayé une crème qui n?est pas encore commercialisée ?

Jean-Louis Roule est affirmatif. « Je comprends qu?il peut y avoir des appréhensions de certaines personnes parce que c?est le premier centre de recherches de ce genre à Maurice, mais il faut savoir que ces laboratoires existent partout dans le monde et que tout un attirail juridico-scientifique encadre les recherches. » Le directeur explique qu?il a mis plus de deux ans avant de mettre en place ce centre à Maurice. « Nous avons proposé au gouvernement mauricien d?instaurer un cadre légal équivalent à celui qu?on trouve en Europe et aux États-Unis. Nous sommes régis par un comité d?éthique, des lois et des contrôles. »

Il explique par ailleurs pour qu?un centre de recherches puisse décrocher des contrats, il a intérêt à montrer patte blanche car il y va de la réputation des marques. Et qu?en est-il des volontaires ? « On leur demande de mettre une crème pendant une semaine ou pendant une journée. On leur donne des shampooings et on les fait revenir pour évaluer les changements qui ont eu lieu. Tout ce qu?ils risquent, ce sont des picotements ou des petites rougeurs, mais rien qui soit vraiment dangereux pour eux », soutient le directeur.

Ce dernier déclare par ailleurs qu?il a choisi de s?implanter à Maurice parce que l?île offre une base de données de volontaires plus variée. « On trouve tous les types ethniques : Asiatiques, Africains, Blancs. De plus, les conditions climatiques sont intéressantes, il y a le soleil et Maurice est bien positionné géographiquement. » Il faut savoir que le personnel d?un call centre a été formé pour enregistrer les volontaires, et que bientôt, il sera peut-être appelé à faire des enquêtes au téléphone. Le CIDC aurait reçu la proposition de faire le suivi d?un médicament auprès de 500 personnes en Europe. « Maurice a tous les atouts pour se positionner dans le domaine de la recherche biotechnologique », afirme Jean-Louis Roule.

Comment évalue-t-on concrètement un produit ? Il faut d?abord l?équipement nécessaire (voir encadré) et des volontaires. Ces derniers sont appelés à répondre à une série de questions sur leur âge, leur appartenance ethnique, la couleur de leur peau, les traitements médicaux qu?ils suivent. On leur demande s?ils fument, on les questionne sur leurs habitudes hygiéniques. On les informe sur l?objectif des tests et leur déroulement. « Nous ne recrutons que des personnes qui savent lire. Nous avons le devoir de leur expliquer tout le processus et avant qu?ils ne signent un contrat de consentement, on leur demande de bien le lire et de poser des questions s?ils en ont. »

L?anonymat des volontaires est garanti et ils sont couverts par une assurance. Le centre est également assisté par des médecins, des dermatologues, des gynécologues, en fonction des produits à tester. Chaque volontaire fait l?objet d?un cahier d?observation où tout est noté, et c?est ensuite au client d?évaluer ces résultats.

Jusqu?à présent, le CICD a mené 17 études. Les tests se font sur dix ou vingt-cinq volontaires sur un laps de temps de quinze minutes, six heures, ou un mois. Ce sont les entreprises qui commanditent les études qui envoient les protocoles pour préciser le type de volontaires qu?ils recherchent. Ces protocoles sont au préalable visés par le ministère de la Santé qui donne son aval pour le test et le dédouanement des échantillons « Par exemple, nous avons eu une demande pour chercher 25 enfants à peau blanche pour tester un produit solaire. On nous a demandé d?envoyer des photos de ces volontaires pour s?assurer que ces derniers correspondent bien au profil demandé. »

Le rasage pour femmes

Le CIDC a entrepris des études très variées : effet d?hydratation des soins nourrissants pour les pieds, bienfaits d?une crème pour la peau sèche au niveau de l?avant-bras, tests de rasage pour femmes? Il pourrait aussi effectuer des tests de tolérance oculaire d?un eyeliner, sur des produits qui enlèvent les plaques dentaires. S?il s?agit d?une crème amincissante, il faut dans ce cas travailler avec un radiologue pour faire des échographies avant et après le traitement.

Et comment procède-t-on pour évaluer un déodorant ? On pourrait, après vous avoir fait appliquer un déodorant, vous demander de rester trois heures dans une salle d?attente surchauffée, à regarder la télé ou à lire les journaux. Ensuite vous mettez vos aisselles au-dessus d?un trou muni d?une sorte d?entonnoir et au bout, des professionnels qui ne vous voient pas sentent l?odeur et l?évaluent. Il est intéressant de noter que souvent les études sont multicentriques. Dix personnes ne suffisent pas pour tester un produit. Les fabricants font alors appel à plusieurs centres d?études.

Une vraie révolution a lieu dans le domaine de cosmétologie. En effet, des marques telles que Dior, L?Oreal, et Chanel ne lésinent pas sur les frais pour mesurer l?efficacité de leurs produits. Maurice compte désormais son centre de recherches, et seul l?avenir nous dira s?il y existe de grandes possibilités pour que des recherches d?envergure soient effectuées dans notre pays.

Des équipements de pointe pour des mesures précises

Il faut savoir que le centre est doté d?équipements de pointe. Le dermal torque meter mesure l?élasticité de votre peau. C?est un appareil qui tord un peu votre épiderme pour calculer sa fermeté. Ensuite, on vous applique une crème raffermissante et on vérifie après quelques heures le résultat, mais aussi sa durabilité.

Le microscope électronique peut servir, quant à lui, à l?étude d?un produit qui fait repousser les cheveux. Il permet en effet de prélever avec exactitude des cheveux dans un espace d?un centimètre.

On vous arrache ces cheveux, on prend des repères et on vous demande d?utiliser un shampooing trois fois par semaine. Lorsque vous revenez, on vérifie si les cheveux ont repoussé.

Le corneomètre calcule le taux d?hydratation de l?épiderme. L?hygromètre mesure l?humidité dans l?air. Le sébumètre teste le taux de sébum dans votre peau, le chromamètre indique, selon une échelle, la couleur exacte de votre peau. Bref dans des salles stériles, une escouade d?équipements mesure tout.

Les tests à la loupe

L?étude des effets d?une molécule chez l?homme se fait dans des conditions strictes. Quand une molécule est découverte, on la teste d?abord sur des micro-organismes ou des cellules animales. Les choses se corsent souvent à ce stade, parce que ceux qui sont en faveur de la protection des animaux trouvent inacceptable qu?on teste des produits sur eux. Pour Jean-Louis Roule, il n?y a pas d?autre alternative : « On ne peut pas vous mettre une pile à la place du c?ur sans l?avoir testée sur un cochon par exemple. » Quoi qu?il en soit, le CIDC intervient à la phase clinique, lorsque le médicament a déjà été commercialisé. Il s?agit alors de faire le suivi, d?étudier comment la molécule agit sur l?organisme, de vérifier l?effet thérapeutique, de voir si la dose utilisée est appropriée, et quelle est la tolérance du produit etc. Si le centre n?en est pas encore là, il a déjà reçu des demandes dans ce sens. Jean-Louis Roule compte travailler avec le Mauritius Research Council et d?autres médecins pour mener à bien ces recherches.

Publicité