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A la santé des environs
C?est une passionnée à l?excès. Priya Ramluggun-Essoo en sait long sur l?économie en général et sur celle de l?environnement et du développement en particulier. Mais s?il y a bien un domaine dans lequel elle est incapable d?être économe, c?est celui de la parole ! En effet, quand cette jeune femme qui possède l?assurance de celles à qui tout réussit, évoque son parcours et sa filière de spécialisation, elle devient intarissable !
Tout ou presque a en effet réussi à cette benjamine, dont la mère était assistante maîtresse d?école et le père commerçant. Curieuse de nature, Priya cumule études primaires, chant carnatique et danse indienne. Ces activités ne l?empêchent pas de se classer parmi les 100 premières au Certificate of Primary Education. Résultat : les portes du Queen-Elizabeth College lui sont grandes ouvertes.
Avide de connaissances, Priya apprend les matières au programme d?études tout en bouquinant beaucoup. Elle fait du théâtre avec ses proches et elle présente régulièrement une pièce au festival d?art dramatique. Rôles pour lesquels elle obtient à deux reprises la palme de la meilleure actrice. Elle avoue qu?à l?époque, rien ne lui paraît insurmontable jusqu?à ce que la palme aille à une autre. «Cela m?a permis de connaître l?échec et surtout mes limites.»
Ses efforts se reflètent une fois de plus sur ses résultats scolaires. Ainsi, pour le School Certificate, elle est première en économie pour toute l?île. A l?éco- nomie comme matière d?études principales en Form VI, elle adjoint la comptabilité et les mathématiques. Si elle obtient trois A et se classe neuvième après les lauréats, elle est déçue de n?obtenir aucune bourse.
Vision étriquée
Priya se résigne alors à faire des études supérieures à l?université de Maurice (UoM), se faisant admettre pour un Bachelor in Sciences en économie. Elle est agréablement surprise de la qualité des cours et des interactions au sein de cette institution. C?est d?ailleurs là que se développe sa passion pour l?économie de l?environnement. L?environnement, explique-t-elle, est une ressource épuisable. A ce titre, il faut l?évaluer dans le but de définir des stratégies pour mieux le gérer et le préserver. Priya axe son mémoire sur le développement durable de l?environnement à Maurice et cela, malgré que la majorité de ses chargés de cours l?en dissuadent en raison d?une absence de chiffres pour quantifier l?environnement.
Adorant les défis, Priya persiste, signe et s?en sort honorablement avec un A. Ce qui lui permet de décrocher une bourse pour un Masters en économie à l?université de Warwick en Grande-Bretagne. Là-bas, elle approfondit ses connaissances en économie du développement, se familiarisant avec les techniques pour comptabiliser l?environnement dans le produit national brut et avec les programmes de la Banque mondiale et du fonds monétaire international, appliqués aux pays en voie de développement.
Son deuxième diplôme obtenu, elle regagne Maurice et enseigne pendant quatre ans l?économie à l?UoM. C?est durant ces années-là qu?elle coordonne une étude commanditée par le ministère de l?Environnement sur la perception des Mauriciens à propos de l?environnement. Elle est choquée par leur vision étriquée des choses. Pour la majorité de l?échantillonnage, l?environnement se limite à leur jardin et l?agent pollueur, c?est-à-dire les chiens errants ! Des résultats qui démontrent que des campagnes d?éducation nationales sont nécessaires pour mieux sensibiliser la population aux enjeux véritables. Priya prête aussi main-forte à un groupe britannique chargé de définir les stratégies nationales sur l?environnement.
Mariée à Nitin Essoo, actuel directeur de la Rushmore Business School, Priya qui déborde d?ambition, veut enrichir son parcours d?un doctorat en économie. Les deux universités anglaises où elle est intéressée à aller en tant qu?étudiante à mi-temps et chargée de cours en économie le reste du temps, sont celles de Manchester et de Nottingham. Entre les deux, elle préfère la seconde et se fixe comme objectif de compléter ses études en trois ans. Et elle l?accomplit, foi de Priya !
Sa thèse de fin d?études porte sur l?évaluation des plages selon les Mauriciens et les touristes. «Avant mon départ pour Nottingham, j?ai interrogé bon nombre de Mauriciens et de touristes sur la valeur qu?ils accordent aux plages de Maurice. L?évaluation des Mauriciens se chiffrait à Rs 5 milliards et celle des touristes à Rs 10 milliards et des poussières. Cela m?a permis de compléter ma thèse et de soutenir l?idée que pour préserver et entretenir les plages, il faut réclamer un tarif nominal pour leur accès.»
Une idée qui fera assurément tiquer. «Plusieurs pays l?ont fait. La Barbade et la Jamaïque font, par exemple, payer un tarif nominal pour l?accès à leurs parcs marins. Il faut comprendre que l?environnement rend service car il procure la détente. Toute détente se paie. On paie pour le cinéma ou la discothèque. Alors pourquoi pas pour la plage ? Quand les gens paient, ils attachent de la valeur à la chose pour laquelle ils déboursent et font attention à elle. Je crois que si on ne fait pas suffisamment pour l?environnement à Maurice, c?est par manque de fonds. On pourrait y remédier avec l?imposition de ce tarif nominal. Mais il faut savoir qu?elle est la priorité : ne pas épuiser cette ressource fragile ou être politiquement correct ?»
LE BUREAU NON MERCI !
A son retour au pays, Priya savoure les joies de la maternité ? elle est mère de deux garçons en bas âge ? avant d?enseigner l?économie à l?Université de technologie pendant deux ans. La bureaucratie la fait fuir. Depuis deux mois, elle est à son compte comme consultante dans sa spécialité. Elle se voit bien effectuer des études de marché pour les compagnies, faire des évaluations de l?impact de projets sur l?environnement mais aussi des recherches sur le genre car elle trouve que l?homme prédomine dans pratiquement tous les secteurs d?activité.
Elle n?est pas tentée de se joindre au secteur public. «La bureaucratie, j?ai donné, merci ! Et puis, dans le secteur public, l?environnement est réparti entre trop de ministères et la coordination est mauvaise. Ce qu?il faudrait, c?est une cellule économique basée au ministère de l?Environnement pour passer au crible tous les projets. A ce moment-là, on aurait une action concertée qui ne pourrait qu?être bénéfique à l?environnement?»
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