Publicité
La révolution verte est-elle en marche ?
Dans le cadre du sommet de l?Organisation de l?ONU pour l?alimentaion et l?agriculture (FAO) sur la crise mondiale de l?alimentation, les pays riches ont été incités à favoriser une révolution agricole en Afrique et les nations en développement à produire plus de nourriture pour le milliard d?êtres humains souffrant de la faim.
«La crise alimentaire mondiale est un signal d?alarme pour que l?Afrique se lance dans une ?révolution verte? qui n?a que trop tardé», a dit le ministre nigérian de l?Agriculture, Sayyadi Abba Ruma lors de cette conférence. «Chaque seconde, un enfant meurt de faim, a-t-il ajouté. C?est maintenant qu?il faut agir. Assez de réthorique et plus d?action !»
«Ouvrir le potentiel de l?agriculture en Afrique est un grand défi, mais il peut être accompli.»
Dans cet optique, l?Alliance pour la Révolution verte en Afrique (AGRA), dirigée par l?ancien chef de l?ONU Kofi Annan, a formé un nouveau partenariat avec des agences de l?ONU pour promouvoir la production alimentaire dans les régions africaines et soutenir les petits propriétaires des fermes.
Le nouveau partenariat se concentrera sur l?augmentation de la production alimentaire dans les «bonnes régions», régions d?Afrique où les pluies, les terres, les infrastructures et les marchés sont relativement viables.
Cet accord appelle au partage des innovations du développement de l?agriculture et à une surveillance soigneuse de l?environnement.
«Ouvrir le potentiel de l?agriculture en Afrique est un grand défi, mais il peut être accompli», a indiqué le directeur général de la FAO Jacques Diouf dans un communiqué. «L?initiative constitue une contribution importante à la réduction du nombre de personnes, plus de 200 millions actuellement, souffrant de la faim en Afrique sub-saharienne, en soutenant la production alimentaire et la productivité et en améliorant les moyens d?existence des millions de personnes dans les régions rurales», a ajouté le communiqué.
L?accord a ainsi été signé avant-hier par la FAO, le Fonds international de l?ONU pour le développement agricole, le Programme alimentaire mondial et l?AGRA , selon un communiqué reçu hier à Nairobi.
«Nous espérons favoriser en Afrique une révolution verte qui respecte la biodiversité et les régions distinctes du continent», a dit Annan.
«La faim dégrade tout ce pour quoi nous avons lutté ces dernières années (?) Nous avons le devoir d?agir maintenant et d?agir ensemble»
Ruma, le ministre nigérian de l?Agriculrure, a quant à lui déclaré que son pays avait «la capacité de devenir le ?panier alimentaire?» de l?Afrique tout en reconnaissant que ses exploitations agricoles dépendaient à 90 % des précipitations, ce qui les rend vulnérables au changement climatique, et que ses 14 millions de petits propriétaires recouraient encore à des techniques «rudimentaires».
Le secrétaire général de l?ONU, Ban Ki-moon, a par ailleurs reçu une pétition en ce sens signée par plus de 300 000 personnes qui souligne qu?il n?y a pas de temps à perdre. Dans un projet de déclaration, les 151 pays participants se sont aussi engagés «à éliminer la faim et à garantir de la nourriture à tous».
La FAO a mis sur pied la conférence dans un contexte de flambée des prix des produits de base qui a provoqué des émeutes en divers points du monde et menace d?ajouter 100 millions de personnes aux 850 millions déjà en proie à la faim.
Le coût des principales denrées a doublé ces deux dernières années et les prix du riz, du maïs ou du blé atteignent des records. L?Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) s?attend à ce que les prix restent élevés durant la prochaine décennie, bien qu?inférieurs aux sommets actuels.
Ban Ki-moon a estimé que le sommet de Rome constituait d?ores et déjà un succès : «Il y a de toute évidence chez les Etats membres une détermination, un sentiment de responsabilité partagée et un engagement politique visant à opérer les bons choix et à investir dans l?agriculture au cours des années qui viennent.»
«La faim dégrade tout ce pour quoi nous avons lutté ces dernières années et décennies», a-t-il déclaré aux journalistes. «Nous avons le devoir d?agir maintenant et d?agir ensemble.»
Les désaccords sur le rôle imputable au développement des biocarburants dans la hausse des prix ont cependant privé la conférence d?une déclaration finale empreinte de fermeté.
Les Etats-Unis, fief de l?éthanol à base de maïs, et le Brésil, premier producteur mondial d?éthanol à base de canne à sucre, ont insisté sur la nécessité de diversifier les sources d?énergie à un moment où les prix pétroliers atteignent des sommets et où l?on milite pour des combustibles «propres».
La conférence de la FAO a toutefois donné le ton, en matière d?aide alimentaire et de subventions, à un sommet du G8 prévu en juillet au Japon ainsi qu?au cycle de Doha qui, dans le cadre de l?Organisation mondiale du commerce , vise notamment à corriger les manquements aux règles de libre-échange.
Le président zimbabwéen Robert Mugabe, qui a soutenu à Rome que le chaos économique où a basculé son pays était imputable en grande partie à la Grande-Bretagne, son ex-puissance de tutelle, a été pris pour cible par une organisation humanitaire.
Human Rights Watch (HRW) a accusé le gouvernement de Mugabe d?utiliser l?alimentation comme une arme en prévision du second tour de l?élection présidentielle, fixé au 27 juin. Selon HRW, les autorités de Harare empêchent des livraisons alimentaires de parvenir aux partisans de l?opposant Morgan Tsvangirai.
«LA REVOLUTION DU RIZ» LAISSE SCEPTIQUES LES PAYSANS SENEGALAIS
Le Sénégal veut faire de la vallée de Richard-Toll, dans le nord du pays, un grenier à riz pour l?Afrique, mais les paysans qui peinent à cultiver le sol à la houe sont très sceptiques.
Confronté à l?inflation des cours mondiaux du riz, que le Sénégal importe en quantité, le président Abdoulaye Wade a récemment dévoilé un plan visant à multiplier par cinq la production rizicole nationale en un an. «La terre ici est très bonne, mais nous manquons de ressources», dit Abdoulaye Bâ, qui entamera la récolte de ses plants de riz dans une quinzaine de jours. Richard-Toll, sur la rive sud du fleuve Sénégal, est un des fronts de la «Grande offensive agricole pour la nourriture et l?abondance» (GOANA) que Wade a lancée il y a quelques mois devant un parterre de ministres, de gouverneurs et de préfets venus de tout le pays. L?annonce a laissé Abdoulaye Ba plutôt de marbre. «J?ai entendu parler de la GOANA à la radio et à la télévision, mais cela fait longtemps que nous sommes engagés dans cette offensive», dit-il. «Le gouvernement, ajoute-t-il, n?encourage pas les paysans, il devrait les aider. Moi, je suis abattu.» A Richard-Toll, la combinaison idéale du soleil, de l?irrigation, de la qualité des moyens agronomes et le soutien des services de l?Etat y permet à certains paysans de récolter neuf tonnes de riz par hectare, parfois davantage, soit un des rendements les plus élevés de la planète. Pourtant, la plupart des terres irrigables sont en jachère, ou sous-exploitées. Quant aux familles de paysans qui s?en occupent à la main, elles confient leurs difficultés à obtenir les crédits nécessaires pour acheter les semences, les pesticides, les désherbants ou les engrais nécessaires à leur exploitation. Très loin donc d?envisager de mettre des terres supplémentaires en culture. Les structures du crédit réduisent également les pouvoirs de négociations des paysans, qui achètent à crédit les semences et les engrais à des fournisseurs à condition de revendre leur production à ces mêmes intermédiaires.
Publicité
Publicité
Les plus récents