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La Réunion face aux réformes
<B>Par Nad SIVARAMEN</B>
Nouvelle configuration politique à La Réunion. La gauche plurielle revient en force et reprend le contrôle des principales villes, dont St-Denis. Les préoccupations des Réunionnais face à la perte de leur pouvoir d?achat, dans une conjonture économique en mutation avancée, expliquent en grande partie le revers de la droite et de ses vieux ténors (Virapoullé, Victoria, Poudroux).
L?installation, il y a dix mois, de Nicolas Sarkozy comme président de la République française et les réformes qu?il a initiées n?ont pas convaincu les Réunionnais, même la minorité qui avait voté pour lui.
Pour beaucoup d?observateurs à l?île s?ur, la nette victoire de la gauche se nourrit principalement des considérations locales: cherté de la vie, menaces sur le Revenu minimum d?insertion (RMI), luttes pour l?emploi et l?environnement. Des problématiques identiques aux économies de la zone océan Indien, à laquelle La Réunion ne s?est pas suffisamment intégrée jusqu?ici. Avant, avec tous les privilèges accordés par la métropole, l?isolement était confortable. Tel n?est plus le cas aujourd?hui.
Outre ces nouvelles attentes qui ont joué en faveur de cette gauche, rassemblée par les « communistes », il y a aussi eu un avertissement direct à l?Union pour un mouvement populaire (UMP). Le taux d?abstention, particulièrement élevé à droite, valide ce sentiment de bouderie, sinon de déception chez les citadins réunionnais face aux conséquences des réformes enclenchées au niveau national et la réduction du budget local. Réagissant à l?issue du scrutin, le Premier ministre François Fillon a déclaré qu?il était «malvenu de tirer de ce scrutin des leçons nationales» mais a nÈanmoins reconnu que «la bataille pour l?emploi et le pouvoir d?achat doit s?accentuer» partout en France. Plus particulièrement à La Réunion, qui importe la plupart de ses denrées alimentaires de l?Europe. Le pétrole fera, qui plus est, encore grimper le fret.
En attendant le déclic, il s?avère intéressant d?écouter les différentes prises de position exprimées ces jours-ci à La Réunion, où les clivages idéologiques (gauche-droite) restent très marqués, contrairement aux îles voisines. «Les Réunionnais ont montré lors de ces élections, les 9 et 16 mars, qu?ils veulent plus de démocratie dans la gestion de leurs collectivités. Ils ont montré aussi qu?ils veulent faire respecter leur droit à un emploi, un logement, une formation, un pouvoir d?achat, un environnement agréable.
Les grandes victoires auxquelles a contribué le Parti Communiste Réunionnais pour l?union des Réunionnais et pour le développement du pays ouvrent de belles perspectives dans ce sens. «Ce sont des victoires pour La Réunion », exultait «Témoignages», journal proche du parti de Paul Vergès, en début de semaine.
En revanche, «le Journal de l?île de La Réunion», qui a une orientation politique diamétralement opposée, titrait quant à lui : «Journée noire pour la droite ». Son rédacteur en chef, Jacques Tiller, dont les Èditos-fleuve cassent toujours du communisme et qui a fait campagne contre la gauche plurielle, prend par ailleurs ses distances du journal : « (...) Cela ne sera sans doute pas simple de vous quitter comme ça, d?un trait de plume, tellement nous avons passé ensemble de bons et beaux moments. En attendant ce moment que je redoute tout de même un peu ? lorsqu?il me faudra après 17 ans de quai larguer les amarres ? faut que je vous cause de celle-là que l?on vient de me raconter et qui en dit long sur les éternelles bidouilleries et les alliances du Gilbert Annette (NdlR : l?élu gauche de St-Denis). Avant ça, pour que les choses soient claires, il n?est pas inutile que je vous précise pour ce qui me concerne bien évidemment que le cas politiquement faisandé de Gilbert Annette dépasse l?entendement, rarement le niveau du tract de caniveau dont il est un spécialiste, et va bien au-delà du PS, du combat droite contre gauche, de l?ouverture?»
Au delà des querelles idéologiques d?un autre temps, ce qui a ressuscité la gauche, à La Réunion comme en France, ce sont les ratés de l?économie mondiale, qui ont souffert de la crise des subprimes aux Etats-Unis, qui ont accentué l?impopularité de la droite au pouvoir national. Incapable de juguler la poussée de l?inflation, cette droite libérale n?a pu activer des leviers sociaux qu?il espérait pour ces municipales 2008 et a assisté impuissante a la poussée de l?inflation. Comme quoi c?est davantage une défaite de la droite qu?un succès de la gauche. Et cette gauche a aujourd?hui du pain sur la planche pour accompagner les Réunionnais face aux défis économiques qui bouleversent leur environnement régional.
Depuis les derniers Accords de partenariat économiques qui ont pris effet a partir de janvier 2008, le marché réunionnais, opéré jusqu?ici en quasi-isolation, dans un environnement dit protégé, est aujourd?hui ouvert aux pays de la zone. L?Europe pour rappel demande aux pays ACP, dont les îles de l?océan Indien, de se regrouper, en unions douanières afin de constituer des marchés régionaux plus intégrés, susceptibles de développer les échanges et de drainer des investissements extérieurs.
A défaut d?une stratégie de développement intégré, qui est largement tributaire d?un parcours de colonisation différent, les Réunionnais ne se sont pas vraiment préparés à commercer avec la région, encore moins à être en compétition avec les produits régionaux.
Si le potentiel régional de La Réunion a été trop longtemps sous-exploité, aujourd?hui, il lui est important de dégager un partenariat avec les autres îles, de définir une stratégie régionale, Economiquement ouverte. La Réunion, forte de ses ressources, a le potentiel de nouer des alliances stratégiques pour attaquer de nouveaux marchés. Pour cela, elle doit s?intégrer au bloc océan Indien. Les élus doivent accompagner leurs mandants dans cette entreprise d?ouverture sur la zone.
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