Publicité
?La réinsertion bute aussi sur une question de logement?
Par
Partager cet article
?La réinsertion bute aussi sur une question de logement?
● Vos efforts pour faciliter la réinsertion des toxicomanes réhabilitées ont du mal à aboutir. Pourquoi ?
C?est effectivement le cas car les filles qui sortent de chez nous ont aussi bien des difficultés à se loger qu?à trouver du travail. La société a du mal à accepter l?idée d?héberger une femme seule. Pour qu?une de nos filles avec un enfant parvienne à se faire accepter comme locataire, j?ai dû lui suggérer de dire qu?elle est veuve. Là, le propriétaire l?a immédiatement acceptée. Les portes sont fermées lorsqu?elles avouent qu?elles sont seules ou avec enfants.
● Et sans votre intervention, la situation ne s?améliore pas ?
C?est pire. Si je dis qu?elle sort d?un centre de réhabilitation, on ne croit pas qu?elle a changé. Et puis, trouver un logement à pas cher est difficile. Le seuil minimal est de Rs 3 000. Pour pouvoir le payer, ainsi que d?autres frais, les filles doivent gagner au moins Rs 6 000. Si elles n?ont pas terminé leurs études, elles ne trouveront pas de travail aussi rémunérateur.
L?âge compte également. Celles de plus de 40 ans ont encore moins de possibilités d?embauche. Une de nos filles dans ce cas n?a toujours rien trouvé. Elle a avoué regretter s?être sevrée, si c?est pour être ainsi rejetée. Une autre qui a étudié jusqu?en Form V, est rentrée chez ses parents mais à force de se heurter à des refus au niveau emploi, elle a rechuté. Et pourtant, nous regardons de près toutes les annonces de recrutement dans les journaux.
Il y a aussi la discrimination qui perdure. Une de nos filles venait de trouver un travail à l?usine. Elle était heureuse. Avant de commencer la réhabilitation chez nous, elle a séjourné à l?hôpital et sur sa charte médicale au pied du lit, un infirmier a inscrit son statut de séropositive. Ce qui n?est pas normal. Une personne qui travaille dans la même usine qu?elle et qui se trouvait incidemment à l?hôpital, l?a vu.
Dès qu?elle a reconnu la fille, elle a averti le directeur. Celui-ci nous a téléphoné et nous a demandé de faire passer un test de dépistage à notre fille. Nous avons refusé et lui avons conseillé de faire dépister tous ses employés d?abord. Dégoûtée, la fille a préféré chercher un autre emploi. Elle en a trouvé comme femme de ménage dans une banque mais n?a toujours pas trouvé à se loger. C?est un cercle vicieux. Le chômage touche certes les femmes peu qualifiées mais encore plus celles qui sortent d?une réhabilitation.
● Comment contourner ces obstacles ?
Tout d?abord, je cherche une bénévole pouvant examiner les vacances publiées et conseiller les filles à ce sujet, de même que les accompagner dans leurs quêtes de logement. Ensuite, pour celles qui n?ont pas de familles, il faut leur trouver un cercle d?amis positifs qui les accompagneraient dans leurs sorties et les soutiendraient par une proximité constante jusqu?à ce que la société soit prête à les accueillir. Nous faisons tout pour aider ces filles. Mais les rechutes sont inévitables tant que nous n?aurons pas la collaboration de la société.
Propos recueillis par M.-A.S.
Publicité
Publicité
Les plus récents