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La récession attendue au Royaume-Uni fait plonger la livre sterling

5 septembre 2008, 00:00

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L?économie britannique va mal. Très mal. Le chancelier de l?Echiquier, Alister Darling, a déclaré à la presse, samedi 30 août, «que le pays faisait face à une situation économique qui était sans doute la pire depuis soixante ans». Pis, ce déclin sera «plus profond et plus long» que prévu, a insisté M. Darling. «Ce discours est un peu ?churchillien?, il y a aura du sang de la sueur et des larmes», commente Gilles Moëc, économiste chez Bank of America.

Les propos alarmistes de M. Darling se sont immédiatement traduits sur le marché des changes. La livre sterling a continué à perdre du terrain face à l?euro et face au dollar. Contre la monnaie unique, elle est même tombée jusqu?à 1,2291 euro, mercredi matin 3 septembre, le cours le plus bas de son histoire. Le pessimisme du chancelier incite les investisseurs à se détourner de la devise britannique. D?autant que la Banque d?Angleterre (BoE) pourrait vite entériner, elle aussi, la détérioration de la situation économique en abaissant ses taux directeurs - parmi les plus élevés des grands pays industrialisés - pour relancer l?économie. «Les taux d?intérêt sont à 5 %, ils n?ont rien à faire à ce niveau, c?est beaucoup trop cher», estime Jean-François Robin, stratégiste taux chez Natixis. Assortie d?un loyer de l?argent plus bas, la livre deviendra moins rémunératrice et donc moins attractive pour les gestionnaires.

Mais la Banque d?Angleterre, dont le crédit a déjà été entamé par sa gestion contestée de la déroute de la banque Northern Rock, se trouve dans une situation inconfortable.

Car l?inflation atteint 4,4 %, soit bien plus que l?objectif de 2 % que lui a fixé le gouvernement. Son gouverneur, Mervyn King, va devoir rendre des comptes au premier ministre Gordon Brown, pour justifier ce dérapage.

Dévaluation compétitive

La défiance des marchés à l?égard de la livre sterling est d?autant plus grande que M. Brown lui-même voit sa popularité plonger dans les sondages. Le plan du gouvernement annoncé mardi pour tenter d?enrayer la crise du marché immobilier a été fraîchement accueilli dans les milieux d?affaires.

De fait, le Royaume-Uni «n?évitera pas la récession», estime Alexis Garatti, économiste chez Natixis à Londres. Dans leurs prévisions, publiées mardi, les experts de l?Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prévoient que le pays connaîtra une récession au deuxième semestre 2008, alors que l?Allemagne, la France et l?Italie devraient y échapper.

La situation des finances publiques étant dégradée, Londres n?a guère les moyens d?opter pour une relance budgétaire massive. Elle peut en revanche espérer qu?une dépréciation de sa monnaie dope les exportations, comme aux Etats-Unis. Le discours anxiogène de M. Darling devrait contribuer à mettre en oeuvre cette stratégie de dévaluation compétitive.

Claire GATINOIS

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