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La ruée vers la ferraille
Les trafiquants de ferraille se déchaînent. Pas un jour ne se passe sans que les voleurs ne découvrent de nouveaux objets à dérober. Ils ne reculent devant rien. Même le pillage des infrastructures publiques ne leur fait pas peur. En prenant d?assaut la charpente du pont historique de la Grande-Rivière-Nord-Ouest, les vandales ont démontré qu?il n?y a pas de borne à leurs actions infamantes. Pourtant, cette délinquance d?un nouveau type n?interpelle pas outre mesure les autorités.
Conscients de l?impunité de leurs actes, les malfaiteurs ont redoublé d?audace. Au début, ils s?intéressaient aux déchets métalliques se trouvant dans des dépotoirs ou dans la cour des particuliers. Puis ils sont passés à une étape supérieure, emportant des câbles téléphoniques et électriques, des plaques de signalisation et des couvercles de bouche d?égout. Ils ont profané des caveaux pour enlever du plomb des sépultures, arraché des pylônes et scié des portails ou des bancs se trouvant dans des lieux publics. La police a arrêté quelques voleurs bricoleurs mais, les réseaux organisés ne sont pas inquiétés car on peut constater que le phénomène se poursuit inlassablement.
Les industriels ont, eux aussi, tiré la sonnette d?alarme en vain. Le ?Chief executive officer? de Denim de l?île à Rivière-du-Rempart, Maurice Vigier de La Tour, parlait de ?sabotage économique? après que son entreprise eut été victime à plusieurs reprises de vols de câbles. Au responsable du cimetière de Pamplemousses venu rapporter un vol de plomb dans les cercueils, la police a simplement recommandé l?embauche de gardiens. Sont-elles à ce point désemparées, les autorités policières, devant les demandes de protection contre le vol des métaux?
Il n?y a pas que la police qui est pointée du doigt. Vu que la majeure partie des déchets métalliques est réexportée, il y a d?autres moyens de remonter la filière. Une meilleure vérification des conteneurs à la douane pourrait donner des résultats probants. Mais le scanner de la douane est en panne.
Si la police et la douane sont dépassées, il revient au gouvernement de réfléchir aux moyens de s?attaquer au fléau. Il faut réguler l?exportation des déchets métalliques. Seuls trois opérateurs détiennent un permis pour exporter la ferraille. En revanche, 150 petits marchands, dont une trentaine d?étrangers, sillonnent l?île pour trouver de la ferraille pour l?exportation. Peu scrupuleux, ces acheteurs clandestins exportent leurs conteneurs à travers des sociétés complices. Tandis que les opérateurs légaux achètent habituellement en gros des propriétés sucrières et des usines, les clandestins achètent la ferraille des personnes aux brouettes et sont peu regardants sur la provenance de la marchandise.
Pour l?instant, l?indifférence des autorités entretient l?appétit des voleurs de métaux. Faut-il qu?un jour le buste en bronze d?une célèbre personnalité soit déboulonné pour que le gouvernement se réveille ?
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