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La roupie dans le flou
Un mois après l?installation du nouveau régime, la politique monétaire et du taux de change est toujours marquée par une certaine ambiguïté. Le discours programme du président de la République ne fait qu?entretenir la confusion. Aura-t-on une roupie forte ou poursuivra-t-on dans la voie de la monnaie faible ?
?Une politique monétaire et du taux de change destinée à soutenir la compétitivité internationale (de l?économie) et à encourager l?épargne et l?investissement ainsi que la modernisation du marché des capitaux sera introduite?, soutient le discours-programme. Des objectifs ambitieux, mais conflictuels. Sauf un parfait exercice d?équilibriste?
Le gouvernement entend poursuivre une stratégie de la monnaie qui permettrait à nos exportateurs de vendre à des prix compétitifs sur le marché international. La devise nationale suivrait donc la tendance à la dépréciation comme cela a été le cas sous l?ancien gouvernement.
Pourtant, le régime actuel a été très critique envers la politique monétaire de son prédécesseur. Les consommateurs ont payé très cher cette stratégie. Ils ont vu leur pouvoir d?achat s?effriter à vue d??il notamment avec la hausse régulière des prix des produits importés.
Les consommateurs vont-ils continuer à ?subventionner ? les ?générosités? accordées aux exportateurs ? Cela finit par importer l?inflation et mettre en branle une spirale de prix et de salaires dans l?économie.
Aucune mention n?est faite non plus sur la stabilité des prix dont le maintien est une des missions premières de la politique monétaire, du moins celle se proclamant monétariste. Au fait, deux conceptions de cette politique s?affrontent. L?analyse monétariste postule que la politique monétaire doit seulement limiter la création de la monnaie pour qu?elle ne génère pas d?inflation.
Par contre, les keynésiens sont eux d?avis que l?outil monétaire peut servir à un remodelage conjoncturel de l?économie notamment à travers l?investissement et l?emploi. Le gouvernement peut stimuler la demande des ménages et celle des entreprises en rabaissant le loyer de l?argent. Dans les deux cas, il y a une incidence à la hausse sur l?emploi et la production, moyennant d?autres conditions de marché favorables.
Dans la conjoncture actuelle, le gouvernement serait tenté d?influencer les vecteurs de la création de la monnaie pour galvaniser une activité économique anémiée conformément à sa volonté d?encourager l?investissement.
Mais le gouvernement dit aussi vouloir encourager l?épargne à travers la politique monétaire. Ce souhait qui devra nécessairement se traduire par des taux d?intérêt élevés est a priori en contradiction avec celui qui consiste à proposer des capitaux aux meilleurs coûts aux entreprises. Le gouvernement prend un difficile engagement pour réconcilier les attentes des opérateurs à celles des épargnants.
Depuis le début de l?année dernière, le Lombard Rate, le taux directeur de la Banque de Maurice, est à la hausse après avoir connu un long mouvement à la baisse entamée vers fin 1999. Avec les signaux confus du discours-programme, il est difficile de prédire dans quel sens le taux va évoluer.
Les mesures spéciales que le ministre des Finances, Rama Sithanen, compte annoncer ce mois-ci devraient pouvoir éclaircir les choses. Les entreprises ont surtout besoin d?une bonne visibilité pour planifier leurs opérations et leurs investissements. Et des signaux peu clairs les forcent de gouverner à vue.
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