Publicité
La revanche de Pravind
La saga MSM-MMM promet un autre rebondissement. Le développement s?annonce de taille cette fois-ci. Il concerne l?acteur principal de l?opposition : Paul Bérenger. Celui-ci pourrait perdre son rôle de premier plan au Parlement. Et ce, suite à une combine de Pravind Jugnauth. Les querelles intestines de l?opposition, après l?escalade, arrivent à un tournant décisif, une phase de non-retour. La rupture serait cette fois-ci consommée.
Les temps changent, les rôles aussi. Paul Bérenger, alors qu?il était Premier ministre, affichait un certain mépris pour son jeune second d?alors. Il avait concocté sa « Winning Formula » seul, avant de l?imposer à Pravind Jugnauth, à qui il promettait toutefois un « avenir brillant ». La formule scientifique de Bérenger n?a pas « marsé ». Au lieu d?être Premier ministre, Paul Bérenger s?est retrouvé dans l?opposition, alors que Pravind Jugnauth a disparu de l?hémicycle.
Mais Pravind Jugnauth s?accroche à l?« avenir brillant » promis. Il réalise, de plus en plus, que pour briller en politique, il faut savoir mijoter des formules, tenir des dîners secrets, anticiper des man?uvres et attaquer au lieu de défendre. Le petit prince du Sun Trust a compris que s?il veut continuer à exister sur l?échiquier, il doit casser son image de second, reprendre ses troupes en main et surtout les éloigner des bras trop accueillants d?un Paul Bérenger en manque de soutien.
Depuis peu, on assiste à la métamorphose de Pravind Jugnauth. Il forge sa carapace (qui, contrairement au patronyme, n?est pas héréditaire) en croisant allègrement le fer avec Bérenger, ce qu?il n?avait jamais osé faire auparavant. Il provoque ce duel sur la place publique. Terminées les conversations en privé. D?abord il dit non à une plateforme commune pour le 1er Mai. Puis il se montre menaçant contre « toute ingérence au sein de son parti ». Finalement, ce mardi, il ordonne à ses lieutenants parlementaires de se dissocier de la conférence de presse impromptue de Bérenger après la « Private Notice Question ».
Pourtant Bérenger pensait protéger ses arrières en annoncant son éventuelle démission comme leader de l?opposition. Cette stratégie avait deux visées. Le leader du MMM, sentant un refroidissement des relations avec le MSM, voulait éviter une destitution de son poste constitutionnel, ce qui aurait été un véritable affront. Il a pris les devants et a obtenu une assurance qu?il y aurait statu quo au Parlement. En offrant sa démission, le leader du MMM savait que le MSM serait embarrassé pour désigner son successeur. Il a accentué la gêne, en flattant Ashock Jugnauth ? difficile alors de supputer qu?il est un anti-Jugnauth. Il a poussé le bouchon plus loin en rencontrant l?oncle de Pravind, à l?insu de celui-ci, chez l?ambitieux pouvoiriste mauve, Pradeep Jeeha.
Du coup Pravind Jugnauth a réalisé qu?il était coincé. Sa décision initiale de maintenir Bérenger comme leader de l?opposition, alors même que le MSM compte deux députés de plus, évite certes une division au sein de son parti, mais ce choix s?avère une menace directe à son ambition personnelle. Ce consensus forcé permet à Bérenger d?occuper toute la place et d?avoir une mainmise sur les élus orphelins du MSM.
En revanche, s?il destitue Paul Bérenger, Pravind Jugnauth a davantage à gagner. D?abord en témérité, une qualité qu?on ne lui reconnaissait pas, mais souvent attribuée à son père. Puis il diminue la visibilité du leader du MMM tout en portant atteinte à sa crédibilité : de Premier ministre à simple député de l?opposition, une jolie dégringolade.
Seul inconvénient au tableau, c?est un certain mécontentement au sein du MSM. Ils sont au moins trois à vouloir succéder à Paul Bérenger. Mais Pravind Jugnauth a déjà commencé à leur accorder des attentions adroites, par des promotions au sein des instances du parti. Il a consolidé ses structures internes pour resserrer les rangs. Quant à Ashock Jugnauth, il doit s?estimer heureux de n?avoir pas été expulsé après sa rencontre privée avec Bérenger. Pour moins que cela, Anil Gayan avait pris la porte.
Pravind Jugnauth, libéré du joug de Bérenger, peut s?atteler à reconquérir son réservoir électoral - miné par le PTr -, sans avoir à justifier la présence gênante du leader du MMM. Ainsi il aura désormais tout son temps pour affiner sa stratégie de retour.
Enfin, une éventuelle partielle, provoquée par le Sun Trust, pourrait le faire revenir par la grande porte aux devants de la scène bien avant 2010. Il pourrait alors occuper le poste de leader de l?opposition, que lui céderait volontiers son lieutenant Nando Bodha, qui a bien moins d?ambition premierministérielle qu?Ashock Jugnauth. Ce sera sa revanche sur Bérenger.
Un retour de manivelle.
Publicité
Publicité
Les plus récents