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La responsabilité
Il est difficile de trouver un équilibre entre l?affirmation d?une responsabilité totale de l?homme, qui, s?appuyant sur le caractère métaphysique non naturel de sa liberté, le rend coupable de tout ce dont il est l?auteur, et même le spectateur indifférent ou l?agent inconscient, et le souci rationnel et raisonnable de compréhension des multiples circonstances et raisons qui « expliquent » tel ou tel acte, et qui doivent entrer en ligne de compte dans une juste évaluation et dans une sanction proportionnée.
La notion de justice, comme le montrait déjà Platon dans La République, a ceci de particulier qu?elle participe à la fois de la perspective individuelle, propre à la morale et de préoccupations d?ordre social et de vie collective.
Or la justice consiste d?abord à déterminer ce dont l?homme est responsable en essayant de tenir compte à la fois des exigences de la morale individuelle et des normes de la société, ou même de l?humanité tout entière, et en soulignant à la fois la part (toujours insaisissable) de la liberté dans les actes et le poids fatal des circonstances. La morale tantôt exige que l?homme soit pleinement et métaphysiquement responsable de tout ce qui lui arrive dans un monde qu?il assume, et tantôt appelle une analyse fine et pour ainsi dire infinie des mobiles du comportement, au nom de l?équité et contre l?aveugle et archaïque mise en ?uvre des normes et des sanctions collectives. À l?inverse, la société tantôt postule la liberté de l?auteur des actes pour pouvoir le punir, tantôt ne semble se préoccuper que d?agir sur les comportements en fonction de la seule utilité sociale et sans jugement de valeur, ainsi quand elle fixe un délai de prescription pour les crimes.
Prenons un exemple aussi simple que celui de la conduite automobile. En cas d?accident, la personne sera à la fois civilement et pénalement responsable. Civilement dans la mesure où elle devra réparer les dommages qu?elle a causés (article 1146 du Code civil pour la responsabilité contractuelle et article 1382 pour la responsabilité civile délictuelle) et pénalement dans la mesure où elle devra répondre devant la société de l?infraction qu?elle a commise (non-respect des règles du code de la route, conduite en état d?ivresse, mauvais entretien de son véhicule, etc.). La société cherche d?abord à rétablir l?ordre public en assurant aux victimes la réparation au moins pécuniaire des dommages subis, sans faire intervenir prioritairement la faute, puisqu?aussi bien on peut être civilement responsable du dommage causé par un enfant, un animal (article 1384 du Code civil). En même temps, la société veut sanctionner des infractions qu?elle suppose commises librement, en pleine connaissance de cause.
C?est là que nous retrouvons la difficulté que nous esquissions au début. On peut toujours chercher à dissoudre la culpabilité en faisant intervenir différentes excuses : l?automobiliste a violé une règle (par exemple une limitation de vitesse) sans pouvoir prévoir les conséquences de cet excès, parce qu?il ne savait pas que la chaussée était glissante ou que la route tournait.
Il ne pouvait pas savoir que ses freins étaient en mauvais état, etc. Il est même possible de dire qu?en conduisant en état d?ivresse, l?automobiliste n?avait pas l?intention de tuer, qu?il ne faisait que faire ce que tous les autres font dans les mêmes circonstances, etc. D?où les différents degrés de la responsabilité que la justice humaine, sociale, cherche à déterminer en pesant les circonstances sur une fine balance.
Christophe Vallée donnera une conférence sur le thème Qu?est-ce qu?une femme au Sofitel de Wolmar le mardi 23 mars à 18h30.
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