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La rentrée sabordée

19 août 2007, 00:00

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Cela pourrait être résumé à un simple calcul mathématique : 3 000 nouveaux étudiants à l?université de Maurice, inscrits avec des frais de scolarité revus drastiquement à la hausse pour essayer de compenser les Rs 55 millions de moins que l?institution a reçu sur sa dotation budgétaire. Mais couplée à un assainissement de fonds encore plus rigide, la recette devient explosive.

Car au-delà, entre autres, du problème de manque de places rapporté durant la semaine, la rentrée universitaire ne s?annonce pas sous de meilleurs auspices cette année : sit-in des étudiants, mise en demeure du syndicat des chargés de cours servie à l?administration de l?université et possible manifestation du syndicat du corps non enseignant devant les locaux de la Tertiary Education Commission (TEC). Pendant ce temps, l?administration persiste à dire qu?il n?y a pas de crise.

Ces événements, loin d?être de sim-ples incidents isolés ou encore ponctuels, illustrent un malaise qui ronge l?institution tertiaire depuis plus d?un an. Car la situation financière précaire de l?UoM, mise en avant l?année dernière, pourrait être la seule source de tous les maux rongeant l?institution. Si à l?époque l?administration pensait avoir prévenu les instances ? le ministère de l?Éducation et la TEC ? sur cette situation alarmante, elle n?a reçu que Rs 270 millions des Rs 325 millions qu?elle avait demandées.

<B> Une situation grotesque</B>

Si l?UoM a évité un naufrage grâce à une rallonge de Rs 23 millions ? pour payer les salaires ou autres « urgences » financières ? de la TEC, à un mois de la rentrée cette année, la situation s?est corsée. Ainsi, le 23 juillet, une consigne de l?administration sème la panique parmi les facultés de l?université. Et l?excuse est un assainissement de fonds plus rigide que l?année précédente.

Ainsi, de nouvelles mesures sont préconisées : le regroupement d?étudiants en effectifs de 100 à 500, la possibilité de donner des cours dans l?auditorium Octave Wiehé et la rédaction de mémoires de fin d?études par groupes de trois étudiants. Si les premiers signes des contraintes apparaissent avec le manque de places, à ce jour, aucune faculté n?a réussi à soumettre un tableau final des cours proposés. La rentrée a ainsi été reportée d?une semaine. Et la situation ne s?est pas améliorée depuis.

« C?est le chaos, et aucune évolution ne se profile à l?horizon », déclare Dinesh Hurreeram, président de l?University of Mauritius Academic Staff Union. « Les étudiants sont encore dans le flou, malgré le point de presse du vice-chancelier. Nous n?avons pas trouvé de solution aux problè-mes dont nous avons fait part à l?administration. » Car les mesures proposées par celle-ci se font au détriment des étudiants, selon le chargé de cours.

À titre d?exemple, un des points préconisés est que le contenu de certains cours soit modulé de façon à fusionner les programmes d?études en groupes de 500 étudiants réunis dans une seule salle. « Une pratique courante à l?étranger », réplique le vice-chancelier. Mais force est de constater que la réalité de l?UoM est loin des standards européens. Et il ne s?agit ici que de regrouper pour économiser sur les heures d?enseignement, et pallier le manque de places pour les 3 000 nouveaux inscrits.

La solution de facilité était évidente : l?auditorium Octave Wiehé. Mais elle ne fait pas l?unanimité. « Cette salle n?est pas adaptée pour des besoins académiques, c?est une salle de spectacle. Les sièges ne sont pas équipés de pupitres pour écrire », commente un professeur de comptabilité.

« J?ai un cours avec 300 étudiants dans cette salle. Vous savez ce qu?a proposé l?administration ? De demander aux étudiants d?emmener avec eux un morceau de carton comme support? », poursuit-il.

Mais outre cette situation pour le moins grotesque, d?autres solutions proposées sont tout autant critiquées. Si la décision de délocaliser certains groupes d?étudiants vers les collèges d?État aux alentours de l?UoM n?a pas été bien reçue, la semaine dernière, une équipe a recensé les salles de classe de l?insti-tution. Car il s?agit de voir comment accommoder une soixantaine d?étudiants dans des locaux destinés à en accueillir? une trentaine.

<B> Le cri du corps enseignant</B>

Et ce sont sur ces arguments que s?appuie l?University of Mauritius Academic Staff Union dans son action en cour, pour que l?administration revienne sur ces décisions jugées « dérisoires ». Mais pour l?instant, elle aurait ignoré la mise en demeure que la Cour suprême lui a servie. « Il faudra voir comment les choses se présentent. Nous ne demandons pas un blocage de la rentrée, car nous allons pénaliser les étudiants. Mais nous réfléchissons dans l?intérêt de l?étudiant », déclare Dinesh Hurreeram.

Car le cri du corps enseignant porte sur le fait que ces mesures auront inévitablement un impact sur la qualité de l?enseignement. « Nous prévoyons une dégradation. Mais il faut être réaliste. Un Lecturer ne pourra pas assurer le suivi de 200 étudiants », s?insurge Dinesh Hurreeram. « C?est vrai qu?ailleurs cela se fait, mais les étudiants bénéficient du sou-tien d?un autre enseignant, un Teaching Assistant. Nous estimons qu?il nous faudra une cinquantaine pour que cela marche », affirme-t-il.

Si l?administration a assuré aux étudiants qu?elle leur fournirait ces Teaching Assistants, aucun aspect pratique n?a été abordé. Notamment, d?où viendraient ces assistants et comment ils procéderont. « L?administration nous a proposé des Teaching Assistants seulement pour corriger des copies. Ce n?est pas ce que nous demandons, mais une personne qualifiée capable d?assurer un suivi pédagogique de l?étudiant », poursuit le président du syndicat des enseignants.

De plus, ce genre de personnel qualifié se trouve difficilement à Maurice. Surtout depuis que l?administration a décidé de réduire les salaires des collaborateurs à l?UoM, passant de Rs 800 à Rs 300 par heure. Un problème qui résonne dans d?autres sphères, vu que le corps enseignant n?est pas le seul à avoir manifesté son appréhension. En effet, le syndicat du personnel non enseignant a aussi tenu à se faire entendre vendredi dernier, lors d?un point de presse.

<B> Un malaise rendu évident</B>

« L?an dernier, nous avons accepté de travailler dans des conditions difficiles : sans le paiement des heures supplémentaires. Il faut comprendre que le corps non enseignant à l?UoM ne travaille pas de 9 heures à 16 heures », explique Doorga Ujodha, président du syndicat.

« Certains cours, par exemple ceux en laboratoire, demandent des dispositions qui ne tombent pas dans le créneau horaire habituel. » Mais cette année, pas question de se laisser marcher sur les pieds. « S?il le faut, nous manifesterons devant les locaux de la TEC. Mais si la situation se débloque, tant mieux. »

Ainsi, si l?administration tente de li-miter la gravité de la situation, les signaux de fumée émanant de l?UoM té-moignent du mal-être qui ronge l?institution. Et la rentrée, décalée d?une semaine, n?a fait que rendre plus évident ce malaise. Mais devant tant de résistance, une réaction ne devrait plus tarder.

Car à l?image de la déclaration, vendredi, du ministre de l?Éducation, Dharam Gokhool, portant sur une con-sultation avec la TEC pour revoir l?allocation budgétaire, cette crise aura quand même un mérite. Celui d?avoir attiré l?attention des autorités sur la situation financière catastrophique de l?UoM. Osons espérer que cette fois-ci, les solutions proposées ne relèveront pas d?un bricolage.

LES ETUDIANTS SE MOBILISENT

Après une semaine à baigner dans l?incertitude, les représentants des étudiants se sont manifestés officiellement vendredi après-midi. Suite à la conférence de presse de l?administration de l?université de Maurice, le président de la Students? Union, Soobeersing Dhunoo, a décrété un sit-in pour la prochaine rentrée. « Ils ont reculé sur deux mesures déjà, notamment la rédaction du mémoire de fin d?études à trois, et la réintégration de 854 étudiants dont les cours ne répondaient pas aux critères de nombre minimum, a-t-il déclaré à la presse. Mais ils persistent à vouloir utiliser l?auditorium Octave Wiehé pour des cours. On ne peut accepter cela. »

Ainsi, c?est en se basant sur ce seul argument que les étudiants manifesteront lundi prochain et refuseront de reprendre les cours. Pour ce faire, leurs représentants ont déjà commencé à rallier les nouveaux inscrits de l?université à leur cause. Appels téléphoniques et SMS pour annoncer la nouvelle, ils font avec les moyens du bord.

Ils prévoient de rassembler environ 3 000 étudiants et parents sur les pelouses de l?université de Maurice. Mais force est de constater que cette intention de sit-in n?est guère partagée par tous les étudiants. Seules les rumeurs et les informations que l?administration veut bien laisser filtrer leur sont disponibles, et la méconnaissance de la situation pourrait être une entrave à un rassemblement comme l?imagine la Students? Union.

PAYANTE OU PAS? LA EST LA QUESTION

Une hausse importante des frais semble inévitable. L?université de Maurice est déjà payante. Mais les frais de scolarité sont minimes? du moins pour l?instant. La situation financière qui se dégrade aura pour résultat que tôt ou tard, l?UoM sera aussi coûteuse que les institutions étrangères. Cette mesure, énoncée une première fois l?année dernière, avait été accueillie avec beaucoup d?indignation par les étudiants. Si les représentants de ces derniers se vantent d?avoir repoussé la hausse des frais de scolarité proposée par l?administration, ils n?ont rien pu faire contre l?application de cette mesure aux nouveaux inscrits.

Aujourd?hui, alors que l?augmentation dite « normale » des frais pour un cours de génie mécanique ou civil est en moyenne de Rs 2 500 par an ? Rs 6 000 pour la première année, Rs 8 000 pour la deuxième et Rs 11 000 pour la troisième ? les nouveaux inscrits ont dû débourser Rs 14 000 pour la première année. Mais comment faire autrement ? Les statistiques donnent le tournis ! Car si un étudiant en première année débourse Rs 14 000 pour les frais de scolarité, il coûte environ Rs 90 000 à l?université annuellement en termes d?infrastructures, de matériel et autres équipements nécessaires pour ses cours. Dans la foulée, un étudiant de la faculté des sciences sociales revient à à peu près Rs 25 000 et celui de la faculté d?agriculture à? Rs 100 000.

Ainsi, alors que le gouvernement a persisté et a alloué seulement Rs 270 millions pour l?année financière 2007-2008, ignorant les appels à l?aide de l?administration, il n?est pas étonnant que l?université se retrouve dans une situation difficile aujourd?hui. Et augmenter de manière draconienne les frais de scolarité semble être la seule chance de survie de l?université. Sauf si le gouvernement se décide enfin à agir?

QUESTIONS A INDUR FAGOONEE, VICE-CHANCELIER DE L?UNIVERSITE DE MAURICE

<B> « Nous ne faisons que démocratiser l?éducation »

Les problèmes de manque de pla-ces à l?université de Maurice semblent bien cacher un plus grand malaise. Quelle est exactement la situation à l?UoM ? </B>

Il n?y a pas de manque de places à l?université. Il y aurait eu un problème sans la nouvelle planification, mais avec la fusion des cours et les autres dispositions que nous avons prises, la question de places ne se pose pas. Cela ne nous empêche pas d?accepter l?admission aux autres. On étudie plusieurs possibilités, dont celle de délocaliser les étudiants à temps partiel et les postgraduates vers les collèges ou State Secondary Schools. Avec les mesures que nous avons prises, ces dispositions ne valent pas la peine.

<B> Donc il n?y a pas de problèmes ? </B>

Non.

<B> Mais une certaine lecture de la si-tuation amènerait à conclure qu?avec plus d?étudiants, il faudrait une hausse des frais de scolarisation pour renflouer le manque de ressources de l?université, alors que les infrastructures ne le permettent pas?</B>

Ce n?est pas pour renflouer les caisses. C?est un faux argument. Nous sommes en train d?élargir l?accès aux études supérieures pour démocratiser l?éducation. C?est une philosophie énoncée par le gouvernement, et qui s?inscrit dans le développement d?une knowledge-based society, et nous voulons aider le gouvernement dans son programme.

Chaque année, nous faisons des efforts pour augmenter le nombre d?admissions à l?université de Maurice. Comme je l?ai dit, nous ne faisons que démocratiser l?éducation et cette année n?est en rien différente des autres.

<B> Une telle démocratisation de l?éducation, dans ce cas, n?apporte-t-elle pas inévitablement une baisse de qualité de l?enseignement, et donc du diplôme?</B>

Non, pas du tout. On veille à ce que la qualité soit maintenue. Nous avons tout un système de contrôle établi depuis plus de vingt ans. Nous sommes nous-mêmes sujets à un contrôle d?external examiners d?universités reconnues, telles que Cambridge, Oxford, etc. La qualité est donc notre souci primaire.

<B> En décembre 2005, vous aviez présenté les orientations stratégiques 2006-2015 de l?université de Maurice, amenant de grandes attentes et espoirs. À quel moment ce plan a-t-il failli ? </B>

Nous n?avons pas failli. Nous continuons à mettre en ?uvre le programme stratégique, peut-être pas à 100 %, mais au moins à 75 %. Tout dépend à qui vous parlez pour avoir une vision de ce que nous faisons. Dans tout échantillon, il y a les optimistes, les objectifs et, bien sûr, les pessimistes. Si vous interrogez uniquement ces derniers, vous aurez forcément une vision sombre.

Comme vous le savez, tout changement amène de la résistance. On ne peut blâmer les gens. Réunir les petites classes pour en faire de gran-des est une solution, pas un mal. Cela se fait ailleurs. Les étudiants rouspètent parce qu?ils ont l?habitude d?être spoon-fed.

<B> Certains disent qu?il y a un manque de cohérence dans la gestion globale de l?institution, accusant l?administration de s?attaquer au problème en bricolant ça et là. Que leur répondez-vous ? </B>

Je gère l?université comme une institution, une entreprise. Et dans les entreprises, il s?agit surtout de changer les mentalités. Face aux problèmes, il faut s?adapter aux circonstances dans les plus brefs délais. On ne peut attendre un an pour régler un problème qui survient maintenant.

<B> Mais vous venez de dire qu?il n?y a pas de problèmes?</B>

Nous avons des soucis de financement. Je ne blâme pas la Tertiary Edu-cation Commission, pas plus que l?État. Je reconnais qu?ils n?ont pas les moyens nécessaires. Le pays lui-même n?a pas les ressources ! Mais je me suis engagé dans la politique de knowledge hub, où l?université de Maurice joue son rôle, en réorientant ses cours et en démocratisant les études. Cela demande toutefois que chacun fasse un effort pour que les choses marchent.

Ceux qui en ont les moyens doivent donner un coup de pouce aux moins chanceux. On aurait aimé faire plus, mais les moyens manquent.

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