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La reconstruction à l?américaine

12 décembre 2003, 20:00

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Le président américain, George W. Bush, a rejeté les critiques européennes face à la décision américaine d?exclure des contrats de reconstruction les entreprises de pays n?ayant pas participé à la guerre en Irak.

«Les dépenses de dollars américains refléteront le fait que des troupes américaines et autres ont risqué leur vie, a déclaré le président, lors d?une conférence de presse à la Maison Blanche. C?est très simple : les nôtres ont risqué leur vie, ceux de la coalition amie ont risqué leur vie et, donc, les contrats refléteront cet état de fait, et c?est d?ailleurs ce à quoi les contribuables s?attendent», a-t-il expliqué.

Le président américain a toutefois souligné que la décision éventuelle des pays créanciers de l?Irak de réduire la dette de ce pays serait considérée comme une contribution qui devrait être prise en compte. Son envoyé spécial pour la dette irakienne, James Baker, doit se rendre à partir de lundi dans plusieurs pays européens pour discuter de la dette irakienne et des moyens de la réduire. M. Baker se rendra notamment en France, en Allemagne et en Russie, trois pays qui se sont opposés à la guerre et dont les entreprises sont par conséquent exclues des contrats pour la reconstruction.

A la question de savoir si la volonté qu?ont certains pays de réduire la dette serait considérée comme une contribution, M. Bush a répondu par l?affirmative. Et c?est par une boutade que le président a ignoré une remarque concernant la compatibilité de la décision américaine avec la législation internationale : M. Bush a indiqué qu?il devait appeler ses «avocats».

«ERREUR POLITIQUE»

Plusieurs voix se sont aussi élevées pour demander à Washington de revenir sur sa décision rendue publique mardi.

«Il s?agit d?une erreur politique. Nous regrettons vivement cette décision» qui est «difficile à accepter et injustifiée», a déclaré jeudi le porte-parole de la Commission européenne, Reijo Kemppinen.

Le commissaire européen aux Relations extérieures, le Britannique Chris Patten, a également dénoncé cette mesure qui, a-t-il dit, « n?apporte rien d?utile, compte tenu qu?en ce moment il y a une reconnaissance générale dans la communauté internationale de la nécessité de travailler ensemble en faveur de la prospérité et la démocratie en Irak ».

La Commission européenne lance un appel à l?administration américaine pour qu?elle «revoit elle-même la compatibilité » de sa décision « avec les règles » de l?Organisation mondiale du commerce (OMC), «avant d?envisager une action», a ajouté M. Kemmppinen. «Nous n?avons pas besoin d?un nouveau différend à l?OMC à l?heure actuelle», a-t-il souligné.

La reconstruction de l?Irak est du «devoir de tous» et dans cette affaire, «le droit international doit prévaloir», a affirmé le chancelier allemand Gerhard Schroeder.

Au terme d?une rencontre, jeudi, avec le chancelier allemand, Gerhard Schröder, le secrétaire général de l?ONU, Kofi Annan, a exhorté les Etats-Unis à revenir sur leur décison. M. Schröder a, de son côté, plaidé pour l?application du droit international dans les procédures d?attribution de contrats en Irak, dont la reconstruction incombe à toute la communauté internationale. La Commission européenne a également réagi en indiquant qu?elle examinait la compatibilité des restrictions américaines avec les règles de l?Organisation mondiale du commerce (OMC).

Des experts en droit commercial international à Genève ont estimé que cette question des contrats, dont Washington a décidé d?exclure certains pays, risquait de tomber dans un vide juridique à l?OMC. Pour sa part, le commissaire européen au Commerce Pascal Lamy a souligné jeudi à Buenos Aires que la décision des Etats-Unis constituait «a priori, une discrimination qui nécessite un examen juridique soigneux.»

La Commission européenne a « entrepris de regarder très précisément quelles sont les obligations des Etats-Unis en matière de marchés publics » au regard des règles de l?OMC, a-t-il souligné devant la presse. M. Lamy a relevé que les Etats-Unis étaient signataires d?accords comportant des engagements de non-discrimination. Ceux-ci comportent toutefois des excep- tions, notamment pour ce qui est de l?aide au développement et de la défense nationale, a-t-il concédé.

INCIDENTS VIOLENTS

Sur le terrain, la journée de jeudi a été émaillée d?incidents violents en Irak, dont un attentat suicide qui a fait un mort et 14 blessés chez les militaires américains près de Ramadi, suivi, dans la soirée, de plusieurs explosions au coeur de Bagdad, qui n?ont fait aucune victime.

La bombe qui a tué un militaire américain avait été cachée à bord d?un camion de livraison de meubles, qui a explosé devant une base de la 82e division aéroportée américaine, près de Ramadi, foyer de tension situé à l?ouest de Bagdad. Le véhicule, ont déclaré des responsables militaires, était conduit par un kamikaze mais l?on pense qu?il y avait également à bord deux autres Irakiens, tués comme le chauffeur dans l?explosion.

Un attentat suicide à la voiture piégée a été commis mardi contre une base militaire américaine du nord de l?Irak, blessant près de 80 soldats américains. Un kamikaze avait également fait sauter ses explosifs près d?une autre base mardi. Depuis le déclenchement de la guerre, 311 soldats américains ont péri dans les combats, dont 196 depuis le 1er mai, date à laquelle George Bush a annoncé l?arrêt du gros des opérations militaires.

HALLIBURTON DANS LE COLLIMATEUR

Dans la soirée de jeudi, le QG américain dans le centre de Bagdad a été la cible de plusieurs tirs. Des explosions ont ébranlé le complexe, situé dans la «zone verte». Un porte-parole militaire américain a assuré qu?il n?y avait pas de victimes et que les dégâts étaient mineurs. Deux journalistes de l?hebdomadaire américain Time ont été blessés, dont l?un grièvement, par l?explosion à Bagdad d?une grenade lancée sur des soldats américains qu?ils accompagnaient, a déclaré un responsable militaire américain.

Par ailleurs, un audit mené par le Pentagone auprès de Halliburton a établi que le groupe américain de services pétroliers naguère dirigé par le vice-président américain Dick Cheney aurait surfacturé de plus de 120 millions de dollars des contrats passés avec le gouvernement américain en Irak, ont déclaré jeudi des responsables américains de la Défense.

Kellogg Brown & Root, filiale du groupe Halliburton, nie toute malversation. Mais selon des responsables de la Défense, elle pourrait avoir surfacturé de 61 millions de dollars un sous-traitant koweïtien pour du carburant acheminé du Koweït en Irak, en vertu d?un accord signé en mars avec le Corps du génie de l?US Army pour remettre sur pied l?industrie pétrolière irakienne.

© Le Monde News Service

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