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A la recherche de la boussole perdue

17 décembre 2005, 20:00

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Le secteur privé serait-il victime du syndrome Bérenger ? Ce trouble du comportement découvert récemment, qui se manifeste par une forte anxiété accompagnée d?une insondable tristesse quand le Premier ministre ne vous accorde pas un intérêt bienveillant. Il paraît que le secteur privé déprime, victime de ce syndrome. C?est ce que certains grands pontes confient. Navin Ramgoolam ne les aimerait pas. Pour preuve, il ne les a pas encore conviés à une de ces grandes, pompeuses et (souvent) stériles rencontres gouvernement ? secteur privé. Être ainsi répudié, ça vous brise un c?ur?

Fut-il celui d?un homme d?affaires. Oublié donc, le temps où l?on se voyait le samedi matin à Pailles. On y sirotait un jus d?ananas en dissertant sur les « platform issues » et la nécessité de changer cette « couillonnade d?administration-là ». Entre amis, on se comprenait? Mais voilà que le PM et son acolyte Sithanen décident de mettre un terme à ce doux ronronnement auquel beaucoup s?étaient habitués. Du coup, cette volte-face engendre quelques conséquences insoupçonnées, voire fâcheuses.

Toutes les occasions sont donc bonnes pour côtoyer le prince. Ainsi, passablement irrité (ou jaloux ?) que ce soit son second qui ait fait partie du voyage avec Ramgoolam lors d?un récent déplacement officiel, le capitaine d?un des vaisseaux amiraux du secteur privé aurait tancé vertement son collaborateur, en son absence. C?était lors d?un management meeting, il y a quelques semaines. Mais les critiques n?étaient sans doute pas toutes justifiées. Du coup, pour éviter une autre réunion directoriale qui se terminerait en session de remise à l?heure des pendules, les management meetings ne se font plus ! Voilà à quoi joue notre secteur privé pendant que le pays est au bord d?une grave crise économique et sociale !

Mais il ne faut pas généraliser. Il existe des courants au sein du secteur privé. Une frange vit dans l?attente permanente d?un coup de fil de l?hôtel du gouvernement. Semble-t-il, pour qu?enfin, on reçoive « la direction »

à suivre. Tandis qu?une autre a jeté l?éponge puisque, pense-t-elle, « Ramgoolam fine sorti pou nou ! » Il y a peut-être du vrai dans ce raisonnement?

Enfin, il y a une troisième catégorie plus silencieuse. Celle qui fonce et n?a rien à faire des gouvernements. Cette catégorie-là, investit en Tanzanie, à Madagascar ou en Inde sans aller systématiquement pleurnicher devant la Government House. Si un soutien tombe, ils sont les premiers à l?apprécier. Et s?il n?y en a pas, ils font sans. Ceux-là ont compris que ce n?est pas au gouvernement de mener le bal. Le vieux manuel « J?entreprends avec l?aide du gouvernement », semble être le livre de chevet de bon nombre de nos patrons. Sauf que ce grimoire est obsolète.

Revenons donc aux déboussolés qui sont à la recherche de la fameuse « direction ». Que veulent-ils exactement ? C?est vrai que Sithanen est avare de commentaires sur ce qu?il fera pour redresser les grands indicateurs macroéconomiques, presque tous au rouge. Est-ce cela que l?on cherche à découvrir ? Ou autre chose, comme des assurances plus particulières, des indications plus sectorielles, des règlements à changer ? On n?en sait rien. Simplement parce que Mauritius Inc n?a pas, jusqu?ici, daigné interroger clairement l?interlocuteur qu?il accuse de l?ignorer.

Que le secteur privé bombarde de questions Ramgoolam ou Sithanen ! Et quand nous parlons de questions, il est bien entendu que « combien l?argent ou capav donn nou ? » est exclu de la liste. Que le secteur privé accouche d?un document synthétique où il dirait comment il compte participer à la démocratisation de l?économie, par exemple. Qu?il suggère des nouveaux créneaux à développer, sur lesquels le gouvernement demanderait ensuite au BOI ou à Enterprise Mauritius de travailler. Les exemples sont légion.

Néanmoins, on peut parier que Mauritius Inc va encore une fois se borner à demander toutes sortes d?avantages. Les tamagotchi, comme les surnomme un ancien ministre, ne savent pas s?occuper d?eux-mêmes. Il revient toujours au gouvernement de leur offrir une quelconque protection, sous une forme ou une autre. Au lieu de se lancer dans les créneaux porteurs qui s?offrent à eux, ils s?acharnent à prouver que les préférences accordées par nos partenaires commerciaux sont indispensables à leur survie.

On se demande combien de temps ce cirque durera. Jusqu?à quand le secteur privé attendra sa rencontre avec le gouvernement ? Personne ne semble leur avoir expliqué qu?on peut encore éviter le naufrage.

Mais pour cela, il faudra que tous nos capitaines d?industrie apprennent à naviguer, sans boussole et seuls sur les mers démontées de l?économie.

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