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La résistance sur deux fronts
La mobilisation contre la formule du ministre de l?Education, entérinée par le gouvernement vendredi, ne se fait pas attendre. Deux fronts se sont déjà ouverts. Le premier se place sur le plan légal alors que le second vise la mobilisation citoyenne.
Cette bataille qui conteste la mise en pratique du nouveau système de grading au Certificate of Primary Education (CPE) qui comprend le A+ indispensable pour entrer dans un des neuf collèges nationaux, est engagée à divers niveaux et dans divers milieux.
L?aspect légal ne sera pas uniquement l?apanage des partis de l?opposition. Des groupements comptent utiliser cette voie de contestation. Le Mouvement militant mauricien (MMM) et le Mouvement socialiste militant (MSM) ont déjà indiqué qu?ils comptent traîner cette décision gouvernementale devant les cours de justice. ?Nous examinons les aspects légaux en ce moment?, dit-on du côté MSM. ?Toutes les options restent ouvertes. Nous attendons la promulgation des nouveaux règlements pour aller de l?avant?, assure un dirigeant du parti des Mauves.
Les deux partis partagent l?avis du parquet à l?attention du gouvernement. Il indique que ce dernier s?y est pris trop tard, étant donné qu?il a pris la décision ferme d?aller de l?avant alors que l?année scolaire est déjà entamée depuis un mois et demi. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, n?a pas tenu compte de cet avis, pourtant présenté au cabinet par le ministre de la Justice, Rama Valayden.
Un groupe de huit hommes de loi, apolitiques et provenant de différentes communautés, s?est aussi proposé il y a une dizaine de jours pour examiner un éventuel recours en justice. Ils se sont d?ailleurs rencontrés vendredi après que le Conseil des ministres a indiqué sa volonté d?appliquer sa réforme éducative. Ils semblent être ?décidés? de concrétiser leur intention.
La Fédération des parents d?enfants des écoles primaires catholiques (Fapec) compte aussi emprunter cette voie. Elle se concentrera sur la comptabilisation des langues orientales au CPE. ?Selon nos hommes de loi, il est clair que les écoliers qui prendront part à l?examen en langues orientales ont un avantage sur les autres dans cet environnement compétitif, ce qui n?était pas le cas avant?, soutient Clifford Maniacara, président de la Fapec.
La Fapec a déjà démarré depuis la semaine dernière une série de réunions de conscientisation dans les quatre coins du pays.
La contestation de vive voie sera donc un autre mode de protestation. Ashik Junglee, conseiller techique de la General Purpose Teachers? Union, a affirmé dès vendredi que ?la solution finale est dans la rue?. Le Ralliement des démocrates, formé autour de Jugdish Lollbeeharry, ne compte pas non plus rester les bras croisés.
PRESENCE, un groupement de citoyens, est aussi en campagne. ?La population doit savoir ce qui se passe. Il faut mobiliser l?opinion publique. Cette décision gouvernementale témoigne d?une démission politique qui pousse vers la ségrégation. C?est devenu une question de classe et c?est inacceptable?, souligne Mario Jolicoeur, porte-parole.
En parallèle à leur probable action légale, le MMM et le MSM descendent également sur le terrain pour expliquer et conscientiser.
Dans différentes écoles, les associations de parents-enseignants se concertent pour décider de la voie à suivre. Certains ont même l?intention d?aller manifester leur desapprobation dans la rue. Des forces citoyennes, dans différents endroits, dont à Curepipe, ont aussi l?intention de faire entendre leur voix.
RENCONTRE AVEC RAMGOOLAM
Mgr Piat souhaite avoir des explications
■ L?éducation sera le point central de la rencontre entre le Premier ministre et l?évêque de Port-Louis, aujourd?hui. Après avoir exprimé sa ?profonde déception? à la suite de la décision du gouvernement d?appliquer la réforme Gokhool, Mgr Piat souhaiterait demander des explications lors de cette réunion sollicitée par Navin Ramgoolam. D?autres aspects, ayant trait aux zones d?éducation prioritaires et aux aptitudes mixtes dans les classes et les filières pré-professionnelles devraient également être au menu des discussions.
A l?évêché, la décision gouvernmentale a été mal appréciée, d?autant que le ministre de l?Education a affirmé, mercredi après sa rencontre avec Mgr Piat, qu?il ne fallait ?pas se précipiter. On doit prendre du temps pour arriver à des solutions qui vont dans l?intérêt global des enfants?. Dans une réaction vendredi, l?évêque a laissé entendre que ?cette décision va à l?encontre de l?intérêt fondamental des enfants mauriciens?. Il a ajouté que ?cette précipitation du gouvernement et cette surdité par rapport à la voix de citoyens concernés donne un très mauvais signal, surtout en début de mandat. Ce qui est triste, très triste, c?est que la cause des enfants maltraités par la compétition n?a pas été entendue?. Jean-Maurice Labour, vicaire général, constate que ?le lobby électoral est plus fort que les arguments pédagogiques. Quel bénéfice est-ce que le gouvernement espère tirer de ça ? C?est étonnant et décevant?.
CONSÉQUENCES
Les langues orientales payent le prix
■ A la suite de la décision d?admettre dans les collèges nationaux les écoliers ayant eu quatre A+ dans cinq ou six matières composées au CPE, des parents prennent les mesures qui s?imposent à leurs yeux. Dans différentes écoles, de nombreuses demandes ont été faites pour que des écoliers ne participent plus aux classes de langues orientales. Cette tendance est notamment constatée dans les écoles primaires les plus populaires. Par exemple, à l?école du gouvernement Raoul Rivet, Port-Louis, une quarantaine de lettres de parents ont été reçues. Ils demandent de permettre à leur enfant de ne plus suivre les cours de langues orientales. ?Les parents préfèrent que leurs enfants se concentrent sur l?essentiel sans aucune prise de risque. Permettre à leur enfant de composer dans une matière supplémentaire c?est diluer ses efforts. Ils préfèrent mettre le maximum sur quatre sujets?, explique un cadre de la zone 3 qui a fait le même constat dans sa zone. ?L?on commence à percevoir que ce sont les langues orientales qui sont les plus mises de côté.?
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