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La quête de soi à travers la réincarnation

1 novembre 2006, 00:00

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Le principe de la réincarnation ne revêt pas seulement une portée religieuse. Il influe sur le mode de vie des êtres. Soumis au ?samsara? (les cycles de la vie), l?homme détermine à travers son karma (sa conduite et ses actions) la vie qu?il aura dans le cycle suivant. S?il remplit ses devoirs, il renaîtra sous une forme supérieure. ?La réincarnation, c?est le trépas du corps et la renaissance de l?âme dans un autre être vivant?, confirme Jayshree Mohabeer de l?Hindu Ekta Senna qui aspire à devenir une passerelle entre les hindous et la société.

Passerelle, c?est aussi la notion qui parcourt la réincarnation. Un karma négatif peut aboutir à une renaissance de l?âme dans un autre corps vivant avec des comportements dépréciatifs. Ce qui explique aussi le respect que les hindous portent à l?espèce animale.

Le concept de la réincarnation s?imbrique aussi dans le système de castes. Mis en place par l?homme, ce système permet aux individus de penser à la réincarnation comme un moyen de grimper d?une caste inférieure à une caste supérieure. ?Nous pensons tous à faire le bien. Mais en fin de compte, c?est le résultat de nos actions qui compte. Et, à ce titre, une action peut se révéler positive ou négative indépendamment de notre volonté?, explique Jayshree Mohabeer.

Mais plus important, la réincarnation renvoie à un principe cardinal de spiritualité. Elle présuppose que la spiritualité est d?abord en soi. C?est en recherchant dans son être intime que l?on parvient à résoudre les questions qui se posent à soi. Qu?on parvient à atteindre la lumière intérieure.

Cette introspection est aussi la voie pour identifier ses erreurs passées et pour ne plus en commettre les mêmes. L?autre épreuve consiste à équilibrer ses dettes karmiques sans en créer de nouvelles. L?existence devient une aventure spirituelle où l?humain est son propre ennemi dans le sens où il est le seul responsable de sa peine et de son bonheur.

?L?âme incarnée rejette les vieux corps et en revêt de nouveaux, comme un homme échange un vêtement usé contre un neuf?, lit-on dans le Bhagavad Gîtâ. Il y a donc une transmigration de l?âme car si la mort suit la naissance immanquablement, une nouvelle naissance attend celui qui est mort.

Il y a dans la réincarnation un élément central de la vie : la quête de soi. C?est, en effet, une obsession de l?humain. ?Nous le voyons tout le temps. Pourquoi on voyage pour retrouver ses racines? Pourquoi on cherche à remonter le temps et l?espace jusqu?à ses ancêtres? Tout cela raconte une volonté d?aboutir à la source originelle. C?est une caractéristique importante de l?humain?, fait ressortir Jayshree Mohabeer.

Si le monde est régi par le dharma chez l?hindou, soit les règles de la vertu, cela ne le déresponsabilise pas de la nécessité de se parfaire. Le destin est ce qu?on en fait. Il appartient à l?humain de nourrir l?intelligence cosmique. L?hindou prioritairement se soumet à cette intelligence. Il n?y a pas là une vérité doctrinale à laquelle il faut soumettre les hommes, mais avant tout un désir de parvenir à la source de l?être.

La réalisation de soi passe par sa capacité à se libérer du futile, à sa capacité à retrouver l?essence des êtres, de la nature et des choses. C?est aussi ce que communique la réincarnation. L?âme revient sans cesse sur terre jusqu?à ce qu?elle atteigne la perfection qui l?autorise à se fondre dans le souffle divin.

QUESTION A

<B>Maulana Haroon : ?Apprendre des autres et partager ce que nous sommes?</B>

● <B> La religion islamique parvient-elle à concilier traditions et modernité ? </B>

L?islam est une religion qui nous guide dans notre vie de tous les jours. Au niveau de la société, l?islam joue un rôle très important, que ce soit à l?égard de nos coreligionnaires, nos voisins ou des autres communautés. Cela dit, et c?est vrai pour tout le monde, nous nous devons d?agir en fonction de l?évolution de la société. On ne peut pas être indifférent au développement technologique et nous devons accompagner notre jeunesse.

● <B> Etes-vous satisfait du niveau du dialogue inter religieux à Maurice ? </B>

L?islam encourage énormément le dialogue inter religieux. Nous sommes là pour apprendre des autres et partager ce que nous sommes. La base est là pour ce dialogue, mais il nous faut préparer le public dans cette direction. Il y a de l?éducation et de la formation à faire.

● <B> Le problème de la drogue semble être récurrent auprès de la jeunesse musulmane. Partagez-vous cet avis ? </B>

Il y a effectivement une perception qui veut qu?on retrouve ce fléau principalement chez les musulmans. Mais ce n?est qu?une perception. C?est un problème national et international qui affecte tout le monde sans distinction de races, de communautés. Il faut savoir que la mafia de la drogue fonctionne comme une secte. C?est un business et c?est tout. Malheureusement à Maurice, on a tendance à trouver des connotations communales à chaque problème. Cela sert surtout les desseins des barons de la drogue.

● <B> Mais il est vrai que la jeunesse musulmane est très touchée par ce fléau. Est-ce à dire que les dignitaires religieux musulmans ont failli à leur tâche ? </B>

C?est l?occasion pour moi de défendre une idée que je mets en avant depuis longtemps. Nous avons quelque 186 mosquées et autant d?écoles coraniques et de centres islamiques et pourtant des jeunes continuent à dériver vers la drogue. Cela implique que ce sont les mosquées et les écoles coraniques qui ont échoué. L?objectif derrière la construction d?une mosquée, ce n?est pas seulement d?offrir un espace pour les cinq prières quotidiennes. L?objectif est de parvenir à l?unité et à la solidarité au sein de la communauté. Il s?agit, en même temps, de s?occuper des problèmes sociaux et d?agir en faveur d?une politique juste pour tout le monde. A ce chapitre, nous n?avons pas assumé nos responsabilités pleinement. L?autre dysfonctionnement de la mosquée a trait au fait que nous avons de nombreux chefs religieux musulmans qui sont des étrangers. Ils parlent des langues que la majorité des croyants ne comprennent pas. De surcroît, ils sont coupés de la réalité mauricienne.

● <B> Il y a une perception que l?islam encourage la violence. Est-ce seulement le résultat d?une propagande occidentale ? </B>

Après la fin de la guerre froide, c?est une guerre directe qui s?est installée entre l?occident et l?islam. L?idée d?associer l?islam à la violence est une man?uvre des médias occidentaux. Cette guerre n?a pas sa raison d?être. Chacun aurait dû faire l?effort de comprendre l?autre. Le dialogue dans le respect de l?autre est le moyen d?atténuer les conflits.

● <B> N?est-ce pas facile de tout mettre sur le compte des médias occidentaux ? </B>

Prenons seulement le cas du Timor oriental. Comment expliquer que cette population, qui lutte pour son indépendance, soit qualifiée de combattants de la liberté alors que pour la même cause la population de Cachemire est, elle, traitée de terroristes ?

● <B> Comment avez-vous accueilli un mouvement comme le Hizbullah à Maurice ? </B>

Je me suis toujours opposé au Hizbullah de Cehl Meeah. C?est un mouvement qui a fonctionné comme une secte et qui a utilisé la religion pour faire de la politique. Par frustration, certains au sein de la communauté se sont laissé tentés par ce groupe. Aujourd?hui, beaucoup ont réalisé la portée réelle des choses.

● <B> Il existe des pratiques, comme le droit à quatre épouses pour un musulman, qui intriguent... </B>

Il faut faire connaître le vrai visage de l?islam. C?est la seule manière de contrecarrer les préjugés. Il faut savoir quand il a été décrété qu?un homme pouvait prendre quatre épouses, que, déjà, à cette époque, un homme pouvait avoir jusqu?à 50, voire 100 épouses. Il est important de remettre les choses dans leur contexte.

● <B> Partagez-vous l?avis que les dignitaires religieux sont en déphasage avec la jeunesse ? </B>

Je dirais seulement que les chefs religieux doivent inspirer plus de confiance aux jeunes. C?est la meilleure façon de leur faire comprendre que la paix, le progrès et l?harmonie passent par la religion.

Propos recueillis par <B> Nazim ESOOF</B>

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