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La production alimentaire régresse

12 avril 2008, 00:00

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La dépendance de Maurice aux importations nettes de denrées alimentaires a tendance à s?accentuer en raison des faibles productions locales.

Si, généralement, la production de légumes tourne autour de 90 000 tonnes, elle a été de 79 000 tonnes en 2007, baisse attribuée en partie aux mauvaises conditions climatiques. On est encore loin de l?autosuffisance?

Au cours de ces dernières années le nombre de gros élevages de bétail et de vaches laitières, notamment de l?industrie sucrière, a considérablement diminué à cause de la hausse des coûts de production.

Ainsi, pour le lait, le pays ne produit que 2 % de la consommation, et pour la viande bovine, 3 %. Pour la viande de mouton et de cabri, la production n?est que de 7 % de la consommation.

Manque de terres pour l?elevage</B>

L?élevage de cerf est confronté à des contraintes comme le manque de terres pour l?élevage. Les terres pour les pâturages sont très limitées. D?où la difficulté d?augmenter le cheptel. La peste porcine a décimé la production locale.

Mais pour la production de poulets et d??ufs, on peut dire que c?est l?autosuffisance.

La production de maïs n?a cessé de régresser en raison du prix très faible en cours. Ces cinq dernières années, la production a été en moyenne de 350 tonnes.

De plus, les hausses de prix mondiaux se répercutent sur les importations. Uniquement entre 2006 et 2007, la valeur de ces importations a subi une hausse significative de 28 %, passant de Rs 10,2 milliards à Rs 13,1 milliards, alors que le volume importé a stagné.

«Pour un petit pays comme le nôtre, avec des ressources naturelles limitées, et qui dépend essentiellement des importations pour nourrir la population, la situation va davantage se corser. Une large frange des consommateurs aura de plus en plus de mal à s?alimenter convenablement en raison des escalades de prix», estime Jean Cyril Monty, responsable de la diversification à la Chambre d?agriculture. «La situation est grave et demande des actions urgentes et courageuses de nos décideurs.»

Tous les indicateurs font voir que dans le court à moyen terme, d?importants bouleversements sont à prévoir au niveau planétaire en matière de production de denrées alimentaires. Il est maintenant quasi-certain que les gros pays producteurs ne pourront faire face à la demande mondiale croissante.

En se basant sur les prévisions démographiques et sur les projections futures du nombre de touristes, les besoins alimentaires du pays avoisineraient les 730 000 tonnes d?ici 2015, soit une augmentation de 15 %. «Nous avons de quoi être inquiets si rien de substantiel n?est fait pour renverser notre dépendance accrue aux importations», estime encore Jean Cyril Monty.

■ <B>VILLAGES LAITIERS</B>

Le ministre de l?Agro-industrie a fixé pour objectif la production locale de lait à 15 millions de litres par an, d?ici 2015. Il a annoncé la mise sur pied de villages laitiers. En 2006, le projet-pilote d?un village à Nouvelle-Découverte a vu le jour. Il s?agissait, dans le long-terme, d?aboutir à la création de six villages laitiers. Pour l?instant, seul celui de Nouvelle-Découverte s?est concrétisé. Le ministre souhaite aussi encourager la production à grande échelle. Ensuite, le ministère avait identifié douze projets privés de fermes laitières. Parmi ceux-ci celui de SKC Surat qui ambitionne de mettre sur pied une ferme laitière sur 250 arpents. L?entreprise s?est dite prête à se lancer depuis novembre. Les représentants de SKC Surat ont visité un terrain appartenant à «Rose-Belle Sugar Estate» qui leur a convenu». «Nous avons été contactés hier par Rose-Belle Sugar Estate, et ils nous ont informés qu?ils sont dans l?attente de l?évaluation du terrain», explique Suren Surat, managing director. Le prix du terrain jouera un rôle important dans l?évolution du projet. L?entreprise prévient cependant : «Les coûts peuvent augmenter de 25 % à 30 %. Notre étude de faisabilité est valable aujourd?hui, mais quand on tarde trop, les données changent et un projet peut ne plus être viable.»

HYDROPONIQUE</B>

Le culture hydroponique a aussi été perçue à divers moments comme un moyen d?optimiser la culture vivrière. Celle-ci n?a cependant pas réellement décollé. Divers entrepreneurs privés la pratiquent mais l?échelle industrielle n?a pas été atteinte. Les légumes cultivés selon cette technique trouvent un marché sur la scène locale, notamment au niveau des hôtels et des restaurants. La mise sur pied d?un village hydroponique a été annoncé à Cluny sur 14 arpents en 2006.

Ce mois-ci, dans un document du ministère intitulé «Strategic Options in Crop & Livetsock» le ministère de l?Agro-industrie a confirmé que les travaux d?infrastructures sont en cours, et que 17 bénéficiaires ont été identifiés.

AQUACULTURE</B>

De pair avec les objectifs de positionnement de Maurice en tant que «seafood hub», se pose le développement de l?aquaculture. Si des fermes ont été créées à l?intérieur du pays notamment à Bambous, la mise sur pied de fermes d?aquaculture en eau salée est en attente. Un porte-parole du ministère de l?Agro-industrie explique que le ministère «attend que l??Aquatic Business Activities Bill? (ABAB) passe au Parlement». Ce projet de loi avait animé les passions en juin, et avait eu de nombreux opposants, entre autres au niveau du syndicat des pêcheurs. Une plate-forme, la plate-forme Kalipso avait été mise sur pied afin de militer contre ce texte sur des points de droit et de considérations environnementales et sociales. L?ABAB créera un cadre légal pour les activités économiques dans le lagon et en mer, par exemple, fermes marines, marinas, et industrie océanique. Selon les estimations initiales, le chiffre de Rs 750 millions était évoqué par rapport aux premiers investissements prévus dans la mise en place de projets aquacoles. Ceux-ci s?inspireraient du modèle de la ferme marine de Mahébourg, mise sur pied en 2002, qui a atteint sa vitesse de croisière.

<B>Des mesures contre la crise</B>

Afin de réduire notre dépendance à l?importation, le Conseil des ministres a arrêté les mesures suivantes hier :

(i) mettre en place un programme d?autosuffisance alimentaire pour certains produits tels la pomme de terre, les oignons, la tomate, le maïs, le lait, la viande et le poisson ;

(ii) mettre à profit toutes les opportunités qu?offrent les pays de la région pour la production de denrées alimentaires et pour faire de Maurice la plaque tournante de l?agro-business grâce à des initiatives transfrontalières ;

(iii) développer un secteur agricole et une industrie de la pêche modernes afin qu?ils suivent le même rythme de sophistication qu?ont connu d?autres secteurs économiques ;

(iv) augmenter la compétitivité du pays au niveau de l?exportation tant sur le plan qualitatif que pour la diversité des produits ;

(v) aider économiquement et techniquement la communauté agricole, plus particulièrement la nouvelle génération de planteurs, notamment en leur donnant la formation nécessaire, afin qu?ils émergent comme des entrepreneurs agricoles ;

(vi) développer une synergie entre le tourisme et l?agriculture en créant des chaînes de distribution de produits et de boissons des îles ;

(vii) encourager la pêche artisanale à se développer en dehors du lagon et soutenir les entrepreneurs qui veulent investir dans le secteur de la pêche et dans l?aquaculture.

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