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La presse a-t-elle bonne presse ?

1 mai 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Elles vous apprennent beaucoup de choses, vous font rêver ou frémir. Les informations, qui circulent dans les médias sont nombreuses, diverses et de tout bord. Mais sont-elles justes et crédibles ? Les lecteurs peuvent-ils avoir confiance dans ce qu?ils lisent, ce qu?ils entendent et ce qu?ils voient ?

Que reproche-t-on à la presse en fait ? On la soupçonne souvent de manquer d?indépendance par rapport aux politiciens, on l?accuse de ne pas être neutre, de faire trop ou pas assez d?extrapolation. Et pourtant. On a beau pester contre la presse, les citoyens estiment, pour la plupart, être mieux informés aujourd?hui. La presse semble donc crédible dans son ensemble.

Une lectrice avisée confie pourtant qu?elle a appris à ne pas prendre tout ce qu?on raconte dans les médias pour argent comptant. « Ca m?est arrivé d?être interviewée et de ne pas reconnaître mes propos dans l?article. Depuis, quand je lis le journal, je me demande tout le temps si les faits rapportés ne sont pas erronés. » Cela ne l?empêche pas de continuer à lire les journaux sauf qu?aujourd?hui, elle prend du recul et fait le tri.

Sobharund Seeparsad, journaliste de longue date en congé sabbatique actuellement, estime que la presse est une plate-forme ouverte. « Je crois que le public considère que notre presse est sérieuse et que s?il n?est pas toujours d?accord avec les opinions énoncées, il les respecte et fait son propre jugement sur les événements. » Selon Gérard, conseiller financier, la presse est obligée d?être crédible car si elle rompt les liens de confiance, elle perd au niveau de la vente et de la rentrée publicitaire. « À Maurice, on a droit à une grande diversité d?informations et d?opinions. Il n?y a pas de pensée unique.

On peut trouver dans un journal une information brute. Dans un autre, on l?a extrapolée. Il suffit que le lecteur ait du discernement pour comparer et compléter l?information reçue. » Pour lui, le journaliste est un historien du moment qui a deux handicaps. « Il ne possède pas assez de recul pour analyser les faits et il est pressé par le temps. »

« Balzac a dit que si la presse n?existait pas, il ne faudrait surtout pas l?inventer. Aujourd?hui, on ne se pose plus de questions sur la légitimité de la presse ni sur la crédibilité de l?ensemble de la presse, compte tenu de la pluralité des titres, de la confrontation des arguments. Tous les faits dont la connaissance est légitime dans une société démocratique sont étalés dans nos journaux », estime Trilock Dwarka, ex-directeur de la MBC, qui insiste sur le juste équilibre à trouver entre le droit d?informer et les droits des citoyens. Selon lui, il faut rechercher un équilibre qui privilégie ce qui est plus utile à la société, plus conforme à l?équité, car en contrepartie de la liberté d?expression, la presse a des devoirs et des responsabilités.

Et quid de la fameuse objectivité tant réclamée dans le traitement de l?information ? « L?objectivité est un rêve inaccessible. Après tout, nous sommes tous humains, nous jugeons avec notre psychisme. L?important c?est d?être honnête », estime Michel Bédu, enseignant en journalisme à l?Alliance française.

« Si on prend le cas des faits divers, par exemple, le public adore ça. ça fait frémir, ça fait rêver. Il y a un côté ludique même quand ils sont dramatiques. Mais on ne doit pas exploiter la trouille ou la bêtise des gens », prévient-il.

Même son de cloche chez Michaëlla Séblin, journaliste à Cinq Plus : « Je préfère le mot « honnêteté » à celui d?objectivité. Au début de chaque article, il appartient au seul journaliste de choisir son angle. Cela dit, le journaliste doit rester en quête de la vérité, vérifier ses informations et refuser leur manipulation. »

« Balzac a dit que si la presse n?existait pas, il ne faudrait surtout pas l?inventer »

Le journal idéal selon les lecteurs

Certains lecteurs apprécient les rubriques polémiques lorsque le débat est bien orchestré. D?autres aiment trouver l?analyse des faits ou des événements.

En gros, un bon journal doit être le moins partisan possible, le moins sensationnaliste, le mieux informé. En un mot le plus complet.

C?est un journal qui surprend. C?est vrai que le lecteur « sérieux » veut être informé mais il cherche aussi à être étonné. Tout le monde a besoin d?une part de rêve. Le journal doit donc pouvoir aussi distraire.

C?est un journal qui soumet aux lecteurs plusieurs avenues de pensée, qui l?éclaire sur différents enjeux, qui ne présente pas une opinion comme étant absolue. Mais l?opinion publique est aussi manichéenne : elle veut trouver dans ses journaux, le bon et le méchant, la brute et la victime.

Il doit être proche du lecteur, qui aime qu?on lui parle de son vécu, faire le suivi des informations qu?il publie et rectifier quand il fait des erreurs.

Maurice étant une société complexe, il faut donc de la modération dans l?expression pour ne pas provoquer de frustrations.

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