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La politique du pire l?a emporté

8 septembre 2003, 20:00

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Samedi, vers 16 heures, un F-16 a largué une bombe de 250 kg sur l?appartement de Marwan Abou Ras, maître de conférences à l?université islamique de la ville, où se trouvait le cheikh Ahmed Yassine, chef spirituel du Hamas, Ismaïl Hanyé, son aide le plus proche, Abdelaziz Rantissi ainsi que d?autres responsables de son mouvement.

Le cheikh Yassine a subi une blessure légère à l?épaule et a pu être évacué, 15 autres personnes ont été blessées.

La direction du Hamas a aussitôt crié vengeance : ?Sharon, tu paieras le prix de ton crime?, a lancé le cheikh Yassine. ?Les portes de l?enfer se sont ouvertes et chaque Juif est désormais une cible?, ont juré ses partisans.

?C?est eux ou nous?, fait dire à Ariel Sharon le quotidien populaire Yédiot. Fort du feu vert accordé par les Américains à la traque de tous les responsables du Hamas, Israël entend mener une guerre inexpiable.

Malgré ?l?échec opérationnel? de cette attaque, selon leurs propres termes, les autorités sécuritaires se satisfont de la mise en alerte permanente du Hamas.

Et surtout du sentiment constant d?insécurité qu?elles veulent lui infliger grâce à la précision du renseignement sur cette réunion.

Israël a été mis en alerte générale. Des barrages ont été dressés dans le Nord, à proximité de la ?ligne verte?, et le bouclage des Territoires imposé.

Nul ne doute de la vengeance proclamée : ?La question n?est pas de savoir s?il y aura une riposte du Hamas, mais quand et où ??, a déclaré un haut responsable de la police.

A Ramallah, presque à la même heure, Mahmoud Abbas envoyait par un émissaire sa lettre de démission à Arafat. Celui que ce dernier raillait comme le ?Karzai? palestinien, à l?instar de son homologue afghan porté au pouvoir par les Américains, ne souhaitait pas rencontrer lui-même son rival, avec lequel il ne parle plus depuis des semaines.

Dans l?énoncé de sa décision, Abbas a successivement dénoncé Israël, ?qui ne veut pas vraiment appliquer la feuille de route?, les Américains et la communauté internationale, ?qui n?ont pas obligé Israël à mettre fin à ses opérations miliaires?. Et accusé ses pairs de ne pas lui avoir offert ?un soutien pour la politique du gouvernement? et d?avoir mené contre lui ?une campagne dure et dangereuse?.

Principal artisan, côté palestinien, des accords d?Oslo sur l?autonomie (1993), le président du parlement Ahmed Qoreï (dit Abou Ala), 66 ans, est en selle pour succéder à Mahmoud Abbas.

Le comité central du Fatah, principal mouvement palestinien, réuni sous la présidence de Yasser Arafat, s?est rangé unanimement à la proposition du leader de l?Autorité de le recommander pour succéder au Premier ministre démissionnaire. ?Sa nomination sera confirmée sous quarante-huit heures?, a ainsi affirmé un porte-parole du mouvement.

A quelques heures de la première visite d?Ariel Sharon en Inde, Israël bruit d?exigences de plus en plus fortes d?expulser le président de l?Autorité palestinienne, y compris dans la bouche de Silvan Shalom, ministre des Affaires étrangères. Même si les Américains considèrent Yasser Arafat comme un ?obstacle à la paix?, ils ont mis en garde Israël, lui intimant de prendre en considération ?l?image globale? de la situation, y compris dans les attaques contre de chefs politiques.

?Nous avons toujours été opposés à cette politique et nous avons prévenu nos amis israéliens de regarder les conséquences à long terme quand ils entreprennent ce genre d?activités d?autodéfense?, a déclaré le secrétaire d?Etat Colin Powell, tout en reprochant à Yasser Arafat de ne pas avoir donné à son ancien Premier ministre ?les ressources dont il avait besoin pour s?attaquer au Hamas?.

Pour l?heure, même s?il proclame qu?il ne traitera pas avec Arafat ou avec l?un de ses protégés, Ariel Sharon n?entend toujours pas donner son feu vert à son expulsion.

Jean-Luc ALLOUCHE Analyse

La feuille de route à l?agonie

Certains la jugeaient ?mort-née?. D?autres ?inefficace?, voire ?naïve?. Cependant, la ?feuille de route?, élaborée et adoptée par le Quartet composé des Etats-Unis, de l?Union européenne, des Nations unies et de la Russie, a offert, pour quelques semaines, un point d?ancrage afin de redémarrer un processus de paix, après bientôt trois années d?Intifada et des centaines de morts palestiniens et israéliens. Avec, à la clé, la formation d?un Etat palestinien indépendant à l?horizon de 2005.

Cette ?feuille de route? a connu, au début, de bons auspices : la nomination de Mahmoud Abbas comme Premier ministre palestinien, à l?ambition réformatrice et à la volonté de désarmer les organisations extrémistes ; le sommet d?Aqaba ; les rencontres de Mahmoud Abbas avec son homologue israélien, Ariel Sharon ; sa réception flatteuse à la Maison-Blanche... Puis une trêve bricolée avec le Hamas, le Jihad islamique et autres factions, qui aura tenu sept semaines, jusqu?à l?attentat de Jérusalem du 19 août, qui a fait 22 morts.

De son côté, si Israël a fait quelques ?gestes de bonne volonté?, il n?a pas été au-delà d?une stricte prudence. Cependant, la stratégie de dialogue avec les organisations extrémistes sans s?attaquer à elles, adoptée par Mahmoud Abbas et son ministre de la Sécurité intérieure, Mohamed Dahlan, n?a pas satisfait Israël, qui a décidé de s?en charger. Du coup, les incursions de son armée dans les villes palestiniennes et les ?assassinats ciblés? de dirigeants du Hamas ont aussi contribué à ce délitement. Au fond, cette ?feuille de route? n?a eu que peu de véritables partisans dans chacun des deux camps. Mahmoud Abbas a dû supporter les coups bas de Yasser Arafat et de ses opposants, Ariel Sharon, les criailleries de sa propre majorité et les mises en garde de certains de ses ministres.

Cependant demeure, avant l?agonie fatale, l?implication du parrain américain. George W. Bush connaît des difficultés chaque jour croissantes en Irak, sa popularité est au plus bas et les élections approchent. La ?feuille de route? proche-orientale pâtira-t-elle de l?engagement irakien ? Rien n?est moins sûr, car un succès, même précaire, à Jérusalem et à Ramallah peut faire oublier bien des déboires à Bagdad. Le président américain pourrait faire pression sur l?Autorité palestinienne et même sur Ariel Sharon.

Dans cette perspective, l?Europe peut avoir, elle aussi, son rôle à jouer. L?Union européenne entend désormais reprendre l?initiative pour redonner du dynamisme au processus engagé avec la ?feuille de route?. Une intervention internationale, rompant le tête-à-tête sanglant entre Israéliens et Palestiniens, n?a pas que des adversaires en Israël et encore moins chez les Palestiniens. Surtout si le tuteur américain venait, en fin de compte, à se dérober.

J.L.A. organisation terroriste

Le Hamas attaqué sur tous les fronts

En tentant d?éliminer Cheikh Ahmed Yassine, Israël a levé un tabou. Jusqu?à présent, l?Etat hébreu s?était abstenu de placer dans sa ligne de mire le fondateur et guide spirituel du Hamas. Vieil homme cloué sur un fauteuil roulant, paralysé des deux jambes, malade de surcroît, celui-ci est plus un symbole qu?un chef opérationnel. Le feu vert donné par Ariel Sharon à son assassinat témoigne bien de la radicalisation des dirigeants israéliens. Officiellement, c?est après l?attentat-suicide particulièrement sanglant du 19 août à Jérusalem ? 22 morts, dont 4 enfants ? perpétré par un kamikaze du Hamas, que le cabinet israélien de sécurité a décidé de liquider la direction du mouvement islamiste, sans faire la distinction entre sa branche politique et son aile militaire.

En fait, cela fait longtemps que l?Etat hébreu s?attaque à l?une et à l?autre, comme le prouve la tentative d?attentat à la seringue empoisonnée, le 25 septembre 1997, à Amman, contre Khaled Mechaal, le président du bureau politique du Hamas. A la suite de ce retentissant échec des services secrets israéliens, contraints de fournir l?antidote pour sauver le chef politique, Cheikh Yassine a été libéré des geôles israéliennes ? il a été échangé contre les deux agents du Mossad arrêtés par la police jordanienne.

En s?attaquant directement à Cheikh Yassine, Israël franchit une nouvelle étape dans la lutte pour anéantir le Hamas. Tous ses dirigeants sont désormais visés. Même ceux qui incarnaient un certain pragmatisme, comme Ismaïl Abou Chanab, partisan de maintenir coûte que coûte un dialogue avec l?Autorité palestinienne, et tué le 21 août à Gaza par un raid d?hélicoptères. «Ce sont des hommes morts. Nous ne leur laisserons aucun répit et nous les poursuivrons sans relâche, car ils n?ont qu?un objectif : détruire Israël», a lancé Ariel Sharon, cité par le quotidien «Yediot Aharonot».

Ironie de l?histoire, c?est Israël qui a favorisé au début des années 70 l?émergence des islamistes palestiniens dans l?espoir qu?ils feraient contrepoids aux nationalistes de l?OLP. Israël a ainsi aidé au développement des Frères musulmans ? dont le Hamas est l?émanation ? permettant à leur principale institution, le Centre islamique, de fonctionner dans la bande de Gaza. Plus tard, il lui donnera une reconnaissance officielle. De cette matrice des Frères musulmans naîtra, fin 1987, le Hamas, acronyme du Mouvement de la résistance islamique, dont le but est de faire participer les courants religieux à l?Intifada en cours.

Jean-Pierre PERRIN

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