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La police n?est plus, en 1981, ce quelle était

17 février 2006, 00:00

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Mouchoir Rouge est formel : la police, en 1981, n?est plus ce qu?elle était. Que dire alors de celle de 2006 ? Mouchoir Rouge, pour les plus jeunes et les plus amnésiques d?entre nous, c?est l?ancien détective Seewoodat Banymadhoo, officier de police à la retraite, en février 1981, car déjà nonagénaire. Il est catégorique : ?Si j?étais commissaire de police, je commencerai par réinstaurer la discipline, telle que je l?ai connue, du temps des Anglais?.

Cette réflexion renvoie à une autre anecdote. Dans les années 1980, un journaliste est convoqué aux casernes centrales. Au nom d?Action civique, il s?est fait l?écho d?une requête, ô combien légitime, d?habitants de la Baie du Tombeau, réclamant que le poste de police de la localité devienne une station de police. Pour les non initiés, il faut préciser, qu?un poste de police n?est pas, à l?époque, ouvert en permanence mais seulement entre 6 et 18 heures, tandis que la station de police, comme Ghool, est ouverte 24 heures sur 24, du 1er janvier au 31 décembre, jours de cyclone compris. Or Baie du Tombeau est, alors, une localité des plus tranquilles pendant la journée pour devenir plus interlope et moins rassurante après le coucher du Soleil. Notre journaliste a droit d?abord à une engueulade en règle : la presse comme Action civique prennent leur pied à la critiquer au lieu de soutenir sa noble lutte contre la criminalité. Il échoue dans toute tentative de faire comprendre qu?il y a quelques brebis galeuses qui ternissent la réputation de la force policière. Diplomate, il laisse passer l?orage et oriente habilement la discussion sur les débuts de carrière de son interlocuteur et sur la discipline policière. Notre haut gradé bondit comme un guépard et l?apostrophe : ?Jeune homme, vous parlez de ce que vous ignorez. Les Anglais ne badinaient pas avec la discipline. Avec eux, le garde-à-vous voulait dire garde-à-vous. Chaussures et ceinturon devaient luire, l?uniforme impeccable, cangé, fraîchement repassé, coupe de cheveux réglementaire. La moindre indiscipline était sévèrement sanctionnée. Nul n?avait intérêt à être pris en faute. Aujourd?hui, les jeunes policiers font honte à la force policière. Ils déambulent en se déhanchant comme des « galants colonnes?. Ils fument en public et mangent leur dholl puree et pain fourré au vu et au su de tout le monde. Ils n?inspirent plus ni crainte, ni respect. Devoir affronter le public leur cause une frousse bleue et ainsi de suite ». (N.B. Nous venons d?avoir la preuve à Beau Bassin). Le journaliste n?a plus qu?à donner le coup de grâce : ?C?est ce qu?Action Civique veut faire comprendre aux Casernes centrales ». Beau joueur, le haut gradé concède le but : « Vous avez marqué un point?.

Pour en revenir à Mouchoir Rouge, alias Seewoodat Banymadhoo, l?express se fait l?écho de ses souvenirs constabulaires. Il inspire de la terreur aux malfaiteurs, pendant son temps de service comme officier au Criminal Investigation Branch. Sa première arrestation notoire est celle de Télémaque, voleur abonné à la poudre d?escampette. Rue Royale, Port Louis, Mouchoir Rouge se retrouve nez à nez avec Télémaque. Il passe à l?attaque sans réfléchir ni hésiter. Télémaque se défend comme diable en bénitier. Quelques coups de poing bien ajustés lui ramènent à de meilleurs sentiments. Vous avez dit ?brutalité policière? ! Télémaque n?est ni menotté, ni cagoulé. Il peut se défendre et ne s?en prive pas. Il donne autant de coups qu?il n?en reçoit pas. Il se rend à plus fort, ou plus exactement à plus déterminé, que lui.

Après Télémaque, c?est Ti Papa, la terreur de la Grande Rivière Noire, qui se retrouve face à face avec Mouchoir Rouge à la Plaine Verte. Ti Papa brandit un sabre. Il faut davantage pour faire reculer Mouchoir Rouge qui fonce sur lui. Il prend peur, lâche son sabre et prend les jambes à son cou. Mouchoir Rouge le poursuit jusqu?à Riche Terre où l?on retrouve les savates du fuyard. La peur donne des ailes et Ti-Papa parvient à échapper à la raclée que Mouchoir Rouge est déterminé à lui administrer. Pas d?arrestation mais tout Port Louis se raconte la courageuse chasse à l?homme, menée par Mouchoir Rouge.

Ce dernier ne tarit pas d?éloges sur ses collègues César et Ramdoyal. César est la terreur policière incarnée. Il suffit qu?il se pointe dans une des rues de la capitale pour que tous se tiennent à carreau même s?ils n?ont rien de particulier à se reprocher. Les malfrats ont alors intérêt à se rendre invisibles. Ramdoyal compte à son actif l?arrestation de Nanard sur le pont de la GRNO, le 26 avril 1927. La spécialité de Nanard : tirer à bout portant sur tout porteur d?uniforme policier.

L?express conclut : ?Si Mouchoir Rouge a la poitrine toute décorée c?est qu?il a plus d?une fois, mouillé son maillot, ou plus exactement son uniforme?. Des médailles de toutes les couleurs : bronze, argent, rose, médaille de bonne conduite, de guerre, de bons et loyaux services. Il se souvient de son temps de passage dans l?Intelligence Duty. Il n?hésitait pas à se déguiser en clochard ou en laboureur pour infiltrer les milieux suspects. Ses informations valaient de l?or.

Il se souvient avec émotion de son maître d?école de Beau-Bois, M. Moïse Issaac Johnson, dont l?extrême courtoisie fascine l?écolier qu?il était. Il se souvient du gouverneur Bruce qui le recommande à son aide de camp, M. Lightfoot, qui le recommande à Louis Lyndon Kerr, futur chef de police. Kerr enfourche tous les matins sa bicyclette pour se rendre de Beau Bassin à la caserne de la Gare Victoria (rue Decaen). Là il change de monture. Et c?est à cheval qu?il arrive au quartier général de la police, rue Pope-Hennessy, pile à l?heure pour la parade matinale. Ça c?était la police. Mouchoir Rouge conclut : ?Nommez-moi commissaire de police et vous verrez ki manière mo tire zotte difil, ça banne policiers zordi !?

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